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Gros surplus, grandes promesses : que réserve le premier budget Girard?

Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, s'est prêté mercredi à la traditionnelle séance de photos, à la veille du dépôt de son premier budget.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Véronique Prince

Alors que le Québec pourrait se diriger vers le plus important surplus budgétaire de son histoire, tout indique que le gouvernement Legault a l'embarras du choix pour concrétiser ses promesses électorales. Le surplus anticipé de 1,7 milliard de dollars pourrait être beaucoup plus important que prévu, mais les engagements électoraux de la CAQ, qui totalisent à terme 2,6 milliards de nouvelles dépenses par année, sont aussi très nombreux. Quels choix budgétaires François Legault et son ministre des Finances, Éric Girard, vont-ils privilégier?

Le gouvernement Legault avait été critiqué lors de la mise à jour économique de décembre au sujet d’une mesure pour les aînés, considérée plutôt modeste. Le nouveau crédit d’impôt pour le soutien aux aînés à faible revenu rapporte seulement 16 $ par mois par personne. Pour son premier budget, le ministre Éric Girard pourrait se rattraper. Le premier ministre a affirmé, il y a une semaine, qu’il mise davantage sur les « services pour nos aînés, entre autres dans les soins à domicile ».

En campagne électorale et une fois au pouvoir, François Legault a souvent répété que son gouvernement investirait 200 millions de dollars par année pour des soins et des services à domicile. L’appui pour les proches aidants d’aînés devrait aussi être augmenté, si l'on se fie au cadre financier électoral de la CAQ. En plus des 21 millions prévus cette année, il y est question de doubler le crédit d’impôt pour aidants naturels, jusqu’à concurrence de 2500 $.

Les proches aidants des enfants lourdement handicapés ne devraient pas non plus être négligés. En campagne électorale, la CAQ a souvent répété que le supplément pour enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels (SEHNSE) ne répond pas aux besoins exprimés par les parents. Il était question d’ajouter 22 millions de dollars dans ce programme d’aide financière.

Les familles, la clientèle cible

Impossible de passer sous silence la promesse d’offrir la maternelle 4 ans partout au Québec d’ici 4 ans. D’abord estimés à 249 millions de dollars par la CAQ en campagne électorale, les coûts ont été révisés par le gouvernement Legault, qui les situe entre 400 et 700 millions par année, à terme.

Pour cette année uniquement, 62 millions sont prévus. Cette somme n’inclut pas les coûts d’immobilisation qui devraient se retrouver dans le Plan québécois des infrastructures (PQI), déposé en même temps que le budget.

Le retour au tarif unique en CPE constitue l’autre promesse phare concernant les enfants d’âge préscolaire. Depuis le 1er janvier, le gouvernement Legault a cessé d’indexer la contribution additionnelle pour la garderie. Il annonçait dans la mise à jour économique qu’elle serait abolie progressivement à partir du budget de l’an 1, ce qui équivaudra à une dépense de 40 millions de dollars pour la première année.

« On va respecter toutes nos promesses. Entre autres, on va remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois, comme promis durant la campagne électorale », a réitéré le premier ministre la semaine dernière.

L’instauration d’un taux de taxe scolaire unique tient toujours, puisqu’un projet de loi a déjà été déposé en ce sens lors de la session parlementaire d’automne. Il prévoit la mise en place d’un régime transitoire dès l’année scolaire 2019. La mesure, d’abord évaluée à 700 millions annuellement, pourrait atteindre 900 millions à terme, avait admis le ministre Éric Girard. Dans les couloirs du parlement, la rumeur veut que la facture atteigne maintenant 1 milliard de dollars. Cette année, 175 millions devraient être prévus pour cette mesure.

Pour ce qui est des baisses d’impôt, les espoirs sont plutôt minces. Le gouvernement ne veut pas prendre d'engagements à long terme en ce sens. Même si les économistes de l’Institut du Québec (IDQ) évaluent que les surplus budgétaires pourraient atteindre 4 milliards de dollars plutôt que le 1,7 milliard anticipé, le ministre des Finances et le premier ministre ont tour à tour tenté de tempérer les attentes.

« Il y a des surplus pour 2018-2019, mais pas pour 2019-2020, donc il faut être très prudent avant d’annoncer de nouvelles [dépenses] récurrentes, parce qu’il n’y aura pas d’argent l’année prochaine pour les financer », affirmait François Legault dernièrement.

L’éducation, la priorité

Dans son discours d’ouverture, le 28 novembre dernier, le premier ministre répétait que l’éducation était la priorité qui lui tenait le plus à cœur, avant la santé et l’économie. « Le système d’éducation a manqué d’amour […]. L’heure du redressement national a sonné », disait-il.

Après que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, eut instauré deux récréations obligatoires par jour dans les écoles primaires, il garde le cap sur l’objectif d’ajouter une heure supplémentaire d’activités parascolaires dans les écoles secondaires. Il pourra s’agir d’activités sportives, artistiques ou d’aide aux devoirs. La mesure, évaluée à 124 millions de dollars par année d’ici 4 ans, doit se retrouver dans le budget pour se concrétiser.

En campagne électorale, la CAQ souhaitait aussi investir 30 millions de dollars annuellement pour mettre à niveau les bibliothèques scolaires, acheter des livres et assurer deux sorties culturelles par année pour chaque élève, de l’âge préscolaire à la fin du secondaire.

Pour ce qui est des infrastructures sportives, comme les gymnases et les arénas, il y a fort à parier que le gouvernement Legault prévoira un montant d’au moins 257 millions de dollars. Dans le plan fédéral des infrastructures, le gouvernement Trudeau a promis d’investir exactement la même somme, à condition que Québec l’inscrive aussi à son budget.

Des surplus importants, mais pour combien de temps? C’est la grande question que se pose le gouvernement, puisque le Québec n’est pas à l’abri d’un ralentissement économique. C’est d’ailleurs pourquoi le Conseil du Trésor a demandé à chaque ministre de dégager des marges de manœuvre pour financer tous ces engagements électoraux.

Véronique Prince est correspondante parlementaire de Radio-Canada à Québec

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