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Albertain, fermier et néo-démocrate

Un homme regarde au loin.
Cam Gardner, fermier depuis 30 ans, croit pouvoir convaincre le monde rural de voter NPD. Photo: Radio-Canada / Louise Moquin
Tiphanie Roquette

« Mets une bannière conservatrice sur un âne et il se fera élire en Alberta. » C'est le genre d'idée préconçue qui circule sur la province depuis des années. Il est vrai que, même quand la vague orange a déferlé sur les villes aux dernières élections, les circonscriptions rurales sont restées bleues. Mais cela signifie-t-il que les Albertains des campagnes sont des conservateurs purs et durs? La réponse est complexe.

À voir Cam Gardner, il serait ainsi facile de l’étiqueter conservateur. Le propriétaire de ranch arrive à notre entrevue dans une grosse camionnette, un chapeau de cowboy vissé sur la tête.

Un homme avec un grand chapeau de cowboy pose devant un paysage de montagnes enneigées. Cam Gardner est le candidat néo-démocrate de la circonscription de Livingstone-Macleod. Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Il possède un ranch à l’ouest de Nanton depuis des années et, par le passé, il a voté conservateur. Cette élection-ci est différente pour lui.

« Je regarde les valeurs des politiciens, et Rachel [Notley, la chef du Nouveau Parti démocratique] a les mêmes valeurs que moi », dit-il.

Le travail du gouvernement, ces quatre dernières années ,pour protéger les contreforts des Rocheuses est ce qui l’a convaincu de faire le saut en politique et de se présenter sous la bannière néo-démocrate dans la circonscription de Livingstone-Macleod.

Deux taureaux marchent sur une route enneigée devant un paysage de montagne. La circonscription de Livingstone-Macleod est surtout composée de ranchs et de terres agricoles. Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Contrairement à ce à quoi il s’attendait, sa candidature a été bien accueillie dans cette circonscription majoritairement agricole. « La circonscription est traditionnellement fortement conservatrice, mais je pense que les gens pensent aux enjeux cette fois », affirme-t-il.

Les gens me le disent sans cesse, c’est un dilemme. Je fais confiance à Rachel, j’aime Rachel, je ne fais pas confiance à Jason [Kenney] et ce sont des conservateurs purs et durs.

Cam Gardner, candidat néo-démocrate dans Livingstone-Macleod

Une Alberta pas si conservatrice

Convaincre les électeurs de sauter le pas vers un autre parti sera un gros défi, selon la politologue de l’Université de Calgary Melanee Thomas.

Certes, les habitants des milieux ruraux ne sont en fait pas plus conservateurs que le reste de la province et pas plus que le reste du Canada, explique-t-elle. Les études en opinion publique prouvent qu’il y a peu de différences sur des thèmes comme l’avortement, le mariage homosexuel et les droits des minorités.

C’est une erreur de croire que, parce que les Albertains votent conservateur, ils ont des valeurs conservatrices sur de nombreuses questions.

Melanee Thomas, politologue à l'Université de Calgary

Comment expliquer alors l’emprise des partis de droite sur les campagnes, une élection après l'autre? Selon Melanee Thomas, la clé est le sentiment d’identification à un parti. Dans les bastions conservateurs, les gens s’identifient plus fortement avec les partis et sont plus loyaux envers eux.

« Mon hypothèse, c’est qu’en partie ils n’envisagent pas d’autres options. »

Une tête de vache entre un drapeau albertain et un autre drapeau qui n'est pas identifiable. Contrairement aux croyances, les Albertains en milieu rural n'adhèrent pas à des valeurs plus conservatrices que le reste de la population de la province. Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Le poids de la tradition

À un encan de bétail d'Olds, dans le centre de l’Alberta, les conversations témoignent de cette complexité.

Certains des hommes attablés, surtout des fermiers, saluent quelques politiques néo-démocrates comme l’augmentation du salaire minimum.

Un homme portant une veste et une casquette regarde du côté gauche. Dennis Krauss admire certaines qualités de la chef du NPD, mais il ne votera jamais pour son parti. Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Plusieurs citent les infrastructures comme le problème numéro un des campagnes. Ils souhaitent des routes en meilleur état, des écoles rénovées et des services de santé accrus pour assurer la vitalité de leur communauté. En somme, des dépenses budgétaires.

La chef du parti est même complimentée. « C’est une femme intelligente, mais elle est dans le mauvais parti. Je ne crois pas en la philosophie du NPD », répète plusieurs fois Dennis Krauss.

Le Nouveau Parti démocratique est toutefois une pilule difficile à avaler. Les termes « socialiste » et « communiste » volent.

Des hommes âgés sont assis à une table autour d'une tasse de café. Dans ce café d'un encan de bétail, les hommes attablés n'ont plus confiance dans les politiciens. Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Plusieurs pensent qu’il faut retourner à la base pour résoudre les problèmes de la province : moins d’impôts et moins d’intervention gouvernementale.

Le trappeur et fermier Sy Newsham aimerait voir l’arrivée d’un politicien comme Ralph Klein, « un homme proche du peuple ».

Surtout, beaucoup de personnes manquent de confiance dans les politiciens, quel que soit le parti. « Tous corrompus » lance Carl Stahle.

Un homme avec une moustache en guidon de vélo sourit. Arnold Lachman ne fait plus confiance au Parti conservateur uni, mais il ne sait pas pour quel parti voter. Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Arnold Lachman, un fermier, ne sait plus vers quel parti se tourner pour amener cet équilibre de dépenses en infrastructures sans plonger le budget dans le déficit.

Dans ce climat de manque de confiance général en la politique, les hommes attablés avouent qu’ils demeureront sûrement loyaux à leurs racines.

« Pourquoi votent-ils libéral dans l’est? La tradition. Et c’est la même chose ici », résume Dennis Krauss.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

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