•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des entreprises canadiennes qui investissent au Royaume-Uni sont inquiètes du flou autour du Brexit

L'usine Bombardier à Belfast

Bombardier emploie près de 8000 personnes au Royaume-Uni, dont près de la moitié à Belfast, en Irlande du Nord.

Photo : Reuters / Clodagh Kilcoyne

Romain Schué

L'incertitude entourant le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne inquiète de nombreuses entreprises canadiennes qui entretiennent des relations commerciales avec celui-ci. Les dernières péripéties qu'a connues le Parlement britannique ne les rassurent pas.

« Le statut du Brexit est en constante évolution au Parlement britannique, et l’incertitude qui en résulte ne nous aide pas à planifier nos activités », explique Simon Letendre, porte-parole de Bombardier.

L’entreprise canadienne emploie plus de 8000 personnes au Royaume-Uni, réparties dans plusieurs installations. À Belfast, en Irlande du Nord, près de 3700 employés sont notamment chargés de la production des ailes des nouveaux avions A220. Ces appareils sont par la suite assemblés au Canada.

À Derby, à environ deux heures au sud-est de Manchester, Bombardier Transport travaille essentiellement pour le marché britannique et collabore à la modernisation du métro de Londres.

L’avenir du Brexit et la négociation d’un accord de sortie qui patine, impliquant le retour ou non de tarifs douaniers, pourraient directement toucher les affaires et le rendement de Bombardier.

« Les usines de Bombardier dépendent des chaînes d’approvisionnement européennes », assure Hubert Rioux, chercheur à l’École nationale d’administration publique. « Après le Brexit, ça va être difficile d’importer des matériaux pour la production. »

L’entreprise ne cache d’ailleurs pas ses craintes et sa volonté de « faire entendre [ses] préoccupations » auprès « des parties prenantes clés au sein du gouvernement », pour « [s']assurer que [sa] position soit connue et comprise ».

Son souhait? « Une sortie ordonnée de l’Union européenne qui aurait une incidence minimale sur [ses] activités au Royaume-Uni », soutient Simon Letendre.

Il est impératif que le Parlement trouve une solution qui fonctionne pour les entreprises du Royaume-Uni, et qu’il prévoie une période de transition appropriée.

Simon Letendre, porte-parole de Bombardier

Les entreprises canadiennes en attente

Bombardier n’est pas la seule entreprise canadienne qui pourrait être directement touchée par le Brexit. De nombreux investisseurs se sont installés au Royaume-Uni ces dernières années dans l’objectif de conquérir par la suite le marché européen.

Par exemple, depuis quelques mois, Element AI, spécialiste de l'intelligence artificielle, et le Groupe CGI ont désormais une antenne à Londres.

« L’idée, pour ces entreprises, c’était de profiter de la proximité culturelle et linguistique, de l’économie libérale, pour avoir un accès plus libre aux autres pays européens », détaille Hubert Rioux.

Ces entreprises « se posent des questions », confirme Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Le commissaire commercial britannique en Amérique du Nord, Antony Phillipson, est d’ailleurs venu à la rencontre des entrepreneurs montréalais à la fin février pour tenter de les rassurer.

« Ils s’interrogent sur leurs investissements à venir », dit Michel Leblanc, tout en étant persuadés qu’une entente bilatérale pourrait prochainement voir le jour.

À Londres, dans les bureaux d’Exportation et développement Canada (EDC), on tente également d’aiguiller ces entreprises. « Elles sont inquiètes et elles continuent d’attendre », reconnaît Stephen Wilhelm, vice-président de cet organisme fédéral pour la région de l'Europe, de l'Afrique et du Moyen-Orient.

« On ne connaît pas la décision finale, alors la période d'incertitude continue pour les entreprises qui exportent ou qui investissent. C'est donc très difficile pour les compagnies canadiennes de planifier », ajoute-t-il.

Une « approche défensive » pour WSP Global

Spécialisée dans le génie-conseil, l’entreprise québécoise WSP Global dispose d’une filiale à Londres depuis 2012. Ces dernières années, elle a décidé d’adopter « une approche défensive » dans l’optique d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Anticipant un ralentissement économique, l’entreprise, qui évolue notamment dans le domaine ferroviaire, a misé sur une majorité de revenus provenant du secteur public, au détriment du privé.

« Il était important d’inverser la balance pour réduire les risques », affirme Isabelle Adjahi, vice-présidente de WSP Global.

On reste très prudent [avec le Brexit] et on est conservateur. On s’est dit que lorsqu’il y a un risque de ralentissement économique, les gouvernements interviennent pour supporter l’économie locale.

Isabelle Adjahi, porte-parole de WSP Global

Un déplacement vers d’autres pays européens?

Le Brexit pourrait pousser les entreprises canadiennes à un repositionnement stratégique et géographique, avancent des experts.

« Elles peuvent reconsidérer la place en Europe où s’installer », note Michel Leblanc.

« La France, la Belgique et les Pays-Bas font les yeux doux [aux entreprises étrangères]. C’est un grand jeu qui a déjà commencé », estime Charles-Emmanuel Côté, codirecteur du Centre de droit international à l’Université Laval.

Ces pays, tout comme l'Allemagne, « ont des arguments de stabilité », souligne Stephen Wilhelm.

Une des conséquences inéluctables du Brexit va être qu’on va déplacer notre tête de pont européenne sur le continent.

Charles-Emmanuel Côté, professeur à l’Université Laval

Cette idée est néanmoins écartée par Bombardier. « On a beaucoup investi ces dernières années, avec des installations de haute technologie. On n’a pas l’intention de laisser tout ça », réagit Simon Letendre, le porte-parole de l’entreprise.

Selon lui, même avec le Brexit, le Royaume-Uni représente « un marché stratégique » pour Bombardier.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Accords commerciaux

Économie