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Le retour de jeunes innocents prisonniers en Syrie

Lydie Maninchedda Photo: Radio-Canada
Sylvain Desjardins

Le président français Emmanuel Macron a autorisé la semaine dernière l'exfiltration d'enfants dans un camp de prisonniers en Syrie. Une opération secrète menée avec la collaboration des combattants kurdes qui détiennent les familles des djihadistes étrangers membres de Daech. Parmi les cinq enfants qui sont rentrés en France, il y a trois frères : les petits-fils de Lydie Maninchedda, une habitante de la région de Lille que nous avons rencontrée.

Depuis presque trois ans, Lydie Maninchedda fait des pieds et des mains pour retrouver sa fille et ses petits-enfants, partis en Syrie avec un islamiste radicalisé. Elle a tenté de convaincre les autorités françaises de ramener sa famille au pays.

Avec les avancées militaires des forces de la coalition contre les combattants du groupe armé État islamique (EI), son niveau d’inquiétude a fortement augmenté au cours des derniers mois. Et puis, il y a quelques semaines, une terrible nouvelle lui est parvenue.

« Ce qu’on redoutait est arrivé : on a appris la mort de Julie. On ne connaît pas les circonstances de son décès », nous confie Lydie, le visage tordu de douleur.

Sa fille Julie avait quitté l’Europe en secret avec son mari, un Allemand converti à l’Islam, et leur premier bébé, à l’automne 2014. Elle avait 22 ans. Lydie et son mari, un couple de Français catholiques sans histoire de Libercourt, près de Lille, dans le nord de la France, venaient alors de perdre le contact avec leur fille unique.

Assise, Julie joue du violon.Julie, la fille de Lydie Maninchedda est morte en Syrie. Photo : Courtoisie

Avec le temps, Lydie a réussi à joindre sa fille par téléphone. Elle vivait à Raqqa, le bastion syrien de Daech, où elle avait eu deux autres enfants avec son Allemand devenu combattant islamiste.

Grandir dans un camp

Récemment, la jeune grand-mère a appris, en même temps que la mort de Julie, que ses trois petits-fils avaient été repérés dans un camp du nord-est de la Syrie sans supervision médicale, où les conditions de vie sont très dures.

Le plus jeune des trois, qui a moins de deux ans, a été blessé par des éclats d’obus au visage et à la jambe. Celui qui est âgé de trois ans a des problèmes de croissance. Et le plus vieux, celui de 5 ans qui est né en Europe, ne parle pratiquement pas. « Ils sont innocents, ils n’ont rien demandé », nous lance Lydie avec émotion.

Trois jeunes garçons.Les trois petits-fils de Lydie Maninchedda Photo : Courtoisie

Lydie Maninchedda a donc décidé avec ses avocats de mettre de la pression sur le gouvernement français et de multiplier les appels dans les médias pour obtenir le rapatriement de ses petits-enfants apatrides, puisqu’ils sont désormais orphelins de mère et que leur père est en prison.

Selon les témoignages de journalistes et de militants pour les droits de la personne qui se sont rendus dans le camp Al Hol où vivaient les enfants, les conditions sanitaires étaient alarmantes et la réponse humanitaire internationale très faible.

C’est précisément à cause de l’urgence humanitaire que la France a finalement décidé d’envoyer ses soldats en Syrie. Une opération menée dans le plus grand secret, pour sauver les enfants les plus mal en point, dont les trois petits-enfants de Lydie et deux autres fillettes.

Ces jeunes Français en Syrie

Pourtant, le gouvernement avait déjà affirmé que les djihadistes français et leurs familles n’allaient pas être secourus. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, avait rejeté les requêtes de Lydie Maninchedda sur un plateau télévision, il y a une semaine. « Ces enfants ne sont pas sous l’autorité du gouvernement français, des soldats français. Il ne m’appartient pas de dire tel enfant est Français, je vais aller le chercher, ce n’est juste pas possible », avait-il déclaré.

Il y aurait une soixantaine d’enfants d’origine française toujours détenus dans les camps en Syrie.

Le président Macron a rappelé ces derniers jours que son gouvernement n’a pas adopté de politique officielle de rapatriement pour les familles de djihadistes. Il veut procéder au cas par cas pour déterminer s’il va les ramener ou pas.

« Une attitude inhumaine », dit l’avocate Marie Dosé, qui représente d’autres familles de djihadistes français, décédés ou emprisonnés. « Emmanuel Macron ne peut pas dire : je rapatrie celui-là, mais pas celui-là », souligne Me Dosé. Elle insiste : « Maintenant que ces enfants sont rapatriés, tous doivent l’être! »

De récents sondages démontrent que 7 Français sur 10 souhaitent que les enfants de djihadistes français restent en Irak et en Syrie.

Lydie Maninchedda a gagné une première manche, ses petits-enfants ont été rapatriés. « C’est un bonheur, mais un bonheur amer, parce qu’on sait qu’on n’a plus notre fille... C’est un nouveau départ. »

Mais la bataille est loin d’être terminée. Les enfants sont hospitalisés, ils seront soumis à une batterie de tests, physiques et psychologiques, et confiés aux services sociaux de l’État.

« Bien sûr, ce que je souhaite, c’est qu’ils puissent venir vivre ici dans cette maison où a vécu leur mère, nous dit Lydie. Qu’on puisse leur apporter tout l’amour qu’on n'a pas pu encore leur apporter parce qu'on ne les a jamais... » Elle craque. On devine qu’elle nous aurait dit qu’elle ne les connaît pas, qu’elle n’a jamais pu rencontrer ses trois petits-fils. Et qu’elle pourra sans doute les voir bientôt.

Lydie est épuisée. L’interview est terminée. La route de ces enfants vers la réadaptation, sans parents, mais sans bombardements, sera certainement très longue.

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