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Quelles sont les conséquences du Brexit pour le Canada?

Le drapeau de l'union européenne et le drapeau britannique brandis devant la tour Big Ben.

Le Brexit pourrait avoir un impact au Canada, qui entretient d'importantes relations commerciales avec le Royaume-Uni.

Photo : Reuters / Tom Jacobs

Romain Schué

Les prix des produits britanniques seront-ils revus à la hausse? Alors que les députés du palais de Westminster tentent, depuis plusieurs mois, de s'entendre sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'impact devrait être plutôt faible au Canada. Explications en cinq points.

« Les conséquences seront limitées et possiblement minimisées à moyen terme », selon Hubert Rioux, chercheur à l’École nationale d’administration publique.

Tout comme de nombreux économistes interrogés par Radio-Canada, l'expert montréalais montre peu d’inquiétude pour l’économie canadienne, au moment où les élus britanniques semblent incapables de trouver une entente pour négocier un accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE).

« Le Royaume-Uni est un partenaire commercial très important, mais à l’échelle internationale, il reste relativement secondaire. Il faut garder cela en tête », analyse-t-il.

1- Le Royaume-Uni, premier partenaire commercial européen

Le pays dirigé par Theresa May, dont le divorce avec l’UE était programmé le 29 mars avant que la première ministre ne demande un report au 30 juin, est le partenaire commercial le plus important du Canada en Europe.

Il est le troisième marché d’exportation pour le Canada, largement devancé, cependant, par les États-Unis, puis la Chine.

En 2016, les exportations de biens et services se chiffraient à 22,7 milliards de dollars, soit 3,9 % des exportations canadiennes dans le monde. Les minéraux et les métaux sont les produits les plus exportés.

En contrepartie, en 2016, le Canada a réalisé 2,2 % de ses importations au Royaume-Uni, pour un total de 15,2 milliards.

L’île britannique est également la première destination européenne pour les investissements directs du Canada vers l’Europe.

Des manifestants pro et anti-Brexit à LondresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'approche de la date limite pour le Brexit alimente la ferveur des manifestants des deux camps.

Photo : Reuters / Hannah Mckay

2- Un possible retour des tarifs douaniers

Le principal impact de la sortie du Royaume-Uni de l’UE? Son départ, inévitable, de l'Accord économique et commercial global (AECG), un accord de libre-échange adopté entre le gouvernement Trudeau et l’UE en 2017.

Ce texte facilite les échanges commerciaux entre le Canada et les pays membres de l’UE, avec l’élimination, quasi totale, des droits de douane. Cette mesure permet ainsi la vente de produits canadiens à des tarifs plus compétitifs en Europe, tout comme l’arrivée, au Canada, de marchandises européennes.

Si aucun accord n’est trouvé d’ici le Brexit, « on peut s’attendre à une hausse de 3 % à 5 % sur la plupart des produits » circulant entre le Canada et l’île britannique, estime Hubert Rioux, rappelant que le Royaume-Uni sera assujetti aux règles fixées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

« Cette différence peut affecter le commerce de certains produits », ajoute Charles-Emmanuel Côté, codirecteur du Centre de droit international à l’Université Laval.

Concrètement, le prix du whisky anglais, mais aussi des voitures de luxe provenant du Royaume-Uni, pourrait être revu à la hausse dans les magasins canadiens, reprend Hubert Rioux, en citant les marques Jaguar, Aston Martin, Land Rover ou encore Mini.

Il pourrait y avoir une légère hausse des prix de certains produits. Mais cela n'aura pas beaucoup d'impact sur les prix à la consommation.

Hubert Rioux, chercheur à l'ENAP

À quel moment ce retour des tarifs douaniers se ferait-il? Le flou persiste, selon les experts. Tout dépend, expliquent-ils, d’une éventuelle entente de sortie de l’UE.

Seule certitude : « le gouvernement britannique a annoncé que 87 % des importations en Grande-Bretagne ne seront pas taxées dans l’année suivant le Brexit », souligne Stephen Wilhelm, vice-président d’Exportation et développement Canada (EDC) pour les régions d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient.

Une bonne nouvelle, donc, pour les entreprises canadiennes qui exportent au Royaume-Uni, résume l’économiste.

Des conséquences lourdes pour les Anglais

Les conséquences d’un Brexit sans accord pourraient être lourdes pour la population anglaise. On parle notamment d’une forte augmentation des frais téléphoniques et bancaires à l’international, une hausse des tarifs de nombreux produits de consommation fabriqués à l’étranger ou encore de longs contrôles d’identité pour se rendre sur le continent européen. Une hausse de l’inflation et des pertes d’emploi sont également évoquées.

3- Un nouvel accord de libre-échange en préparation

Un tel dispositif, qui reprendrait les grandes lignes de l’AECG, permettrait, à terme, de lever ces barrières douanières qui pourraient être à nouveau introduites. Ce dispositif a déjà été évoqué par les gouvernements Trudeau et May depuis le résultat du référendum britannique, en 2016.

M. Trudeau et Mme May se serrent la main en souriant. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre canadien Justin Trudeau accueille son homologue britannique Theresa May au sommet du G7.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Cette idée reste toujours d’actualité, certifie le cabinet du premier ministre Trudeau. Ottawa souhaite « assurer une transition sans heurts » avec « un ami et allié proche », détaille John Babcock, porte-parole d’Affaires mondiales Canada.

Le Canada et le R.-U. poursuivent des discussions de nature technique sur les moyens de maintenir l'accès préférentiel au marché au cas où les négociations sur le Brexit échoueraient. Nous sommes conscients que le R.-U. n’a pas les pouvoirs voulus pour négocier un accord de libre-échange tant et aussi longtemps qu'il reste membre de l'UE.

John Babcock, porte-parole d’Affaires mondiales Canada.

La suite des négociations pour « un accord commercial sur mesure qui répondra aux besoins des deux pays » se fera ainsi « après le Brexit », reprend le porte-parole.

« Il s’agit d’une option à moyen terme. Je serai surpris de voir un tel accord dans les cinq prochaines années », temporise Hubert Rioux, en évoquant la difficulté d’être en adéquation avec les accords commerciaux déjà existants « qui sont très détaillés ».

Stephen Wilhelm est quant à lui plus optimiste. En quelques mois, dit-il, un « accord intermédiaire » pourrait être conclu. Ce qui « aiderait beaucoup les compagnies canadiennes », juge-t-il.

Le gouvernement du Québec, de son côté, reste vigilant et espère avoir son mot à dire.

Dans le cas où le gouvernement fédéral doit conclure un nouvel accord de libre-échange, il sera impératif qu’il consulte le Québec dans les questions qui nous concernent.

Nadine Girault, ministre des Relations internationales et de la Francophonie

4- Un avantage pour les touristes

Le Brexit pourrait avoir des conséquences avantageuses pour les Canadiens qui souhaitent visiter Londres ou le reste du pays.

« Le cours de la livre sterling devrait vraisemblablement chuter, surtout si le Royaume-Uni sort de l’UE sans accord, croit Hubert Rioux. On l’a vu déjà lorsque les parlementaires ont refusé l’accord de sortie [négocié par Theresa May]. Les marchés financiers réagiraient mal. Pour le touriste canadien, ce serait une bonne chose. »

« Aller en Angleterre pourrait revenir moins cher pour les Canadiens. Ça pourrait vraiment être intéressant », confirme Stephen Wilhelm.

Des passants sur la rue Oxford au coeur de Londres. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des passants sur la rue Oxford au coeur de Londres.

Photo : Reuters / Henry Nicholls

Autre point positif identifié : la possibilité, pour des entreprises canadiennes, d’avoir à l’avenir un avantage concurrentiel sur leurs homologues européens.

« Si des tarifs douaniers rendent plus chère l’arrivée de matières premières venant de l’UE, peut-être que le Royaume-Uni pourrait se tourner vers le Canada, pour le bois par exemple. Le Canada aurait un avantage », imagine Charles-Emmanuel Côté.

5- Des relations géopolitiques incertaines

Professeur de droit à l’Université Laval, Charles-Emmanuel Côté observe également la manière dont le Royaume-Uni arrive, juridiquement, à sortir de l’UE, puisque le Canada possède des institutions politiques similaires, rappelle-t-il.

Tous les problèmes juridiques qui se posent avec le Brexit sont intéressants à observer. Le Royaume-Uni devient un laboratoire pour voir si un gouvernement peut se retirer d’un accord de libre-échange.

Charles-Emmanuel Côté, professeur à l’Université Laval

Par ailleurs, ajoute-t-il, le gouvernement canadien pourrait être « dans une position quand même délicate s’il y a un regain de tension en Irlande du Nord », en évoquant la vaste communauté de Canadiens d’origine irlandaise.

« Ça va amener le Canada à prendre position s’il y a des tensions. Ce n’est pas nécessairement simple », avance-t-il, tout en précisant qu’« une poussée séparatiste » en Écosse pourrait également mettre Ottawa dans l’embarras.

« Si l’Écosse organise un deuxième référendum, ce qui n’est pas à exclure, la question serait délicate pour le gouvernement fédéral, soutient Hubert Rioux. Avec une victoire des souverainistes, Ottawa serait dans une position difficile. En reconnaissant l’Écosse comme un pays, il pousserait les indépendantistes du Québec. »

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