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La petite cassette qui ne voulait pas mourir

Une cassette audio.
Une cassette audio Photo: iStock
Agence France-Presse

On pensait qu'elle connaîtrait le même sort que le Minitel, les VHS ou la cabine téléphonique, mais la cassette audio au parfum d'antan est à nouveau produite depuis novembre par une petite entreprise d'Avranches, en France, qui en exporte dans une trentaine de pays.

Début 2017, plusieurs professionnels du son ont cogné à la porte de Mulann, cette PME située proche du Mont-Saint-Michel, spécialisée dans la fabrication de bandes magnétiques. Un fait indéniable : les stocks mondiaux de bandes pour cassette s'amenuisaient.

Face au CD, puis à l’écoute en ligne, la cassette a d'abord décliné avant de disparaître presque complètement, en gardant toutefois quelques audiophiles amoureux des faces A et B.

On s'est dit : "Là, il y a un truc qui se passe, qu'on n'avait pas du tout vu venir", reconnaît Jean-Luc Renou, président-directeur général de Mulann, qui affiche un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros (environ 7,6 millions de dollars canadiens).

Habituée à vendre des bandes magnétiques servant à fabriquer les billets de métro, de péages ou des bandes audio pour les studios d'enregistrement et l'industrie militaire (sous-marins), l'entreprise d'une quarantaine de salariés a décidé de saisir la balle au bond : elle a détaché cinq personnes au développement des bandes pour cassette – un produit qu'elle n'avait jamais fabriqué auparavant.

Après un an de recherche, la cassette a été commercialisée en novembre dernier alors qu'elle n'était plus produite en France depuis une vingtaine d'années.

On est partis d'une formule chimique qu'on avait déjà sur la bande audio haut de gamme et il a fallu résoudre des problèmes techniques de l'enduction – le positionnement de l'enduit sur un support plastique – et de la découpe, note M. Renou, rappelant que le degré de précision se mesurait en microns.

Au milieu des machines, dont certaines évoquent des métiers à tisser, Laurent, opérateur de découpe, vérifie minutieusement la qualité des bandes.

On en met 89 mètres dans une cassette de 60 minutes! s'exclame-t-il.

Les cassettes au design orange et noir volontairement rétro, vendues 3,49 € chacune (environ 6 $CA), sont produites par milliers chaque mois tandis que les bandes audio sont, elles, exportées à des « réplicateurs », des professionnels du son qui enregistrent l'album sur un support pour une maison de disques.

Exportation en Ouzbékistan

S'il s'agit d'un marché de niche, la PME exporte 95 % de ses cassettes vers des pays comme les États-Unis, l'Angleterre, l'Allemagne, mais aussi Malte, la Suède, Israël, l'Ouzbékistan ou encore le Kazakhstan, explique Théo Gardin, directeur commercial de l'entreprise. Celui-ci confie d'un œil amusé n'avoir pas connu dans sa jeunesse les joies (et désagréments) du baladeur (et de la bande qui s'emmêle et qu'il faut rembobiner avec un stylo).

Pour expliquer ce regain d'intérêt, Ronan Gallou, directeur général de Mulann, croit au besoin de « posséder des objets » à une époque « où tout se dématérialise ».

Quand vous écoutez de la musique sur Spotify ou Deezer, c'est souvent rare d'écouter une chanson entière, on zappe facilement. Là, avec une cassette, on écoute l'ensemble d'une œuvre musicale, tout un album.

Ronan Gallou

Il souligne que la bande sonore du film Bohemian Rhapsody et qu'un album d'Indochine sont récemment sortis sur ce support.

Pour Jean-Luc Renou, une petite place existe toujours pour le son analogique dans l'univers actuel de la musique. Prenez l'exemple du chauffage. Vous avez des radiateurs à la maison, c'est confortable : c'est le numérique. Mais à côté de cela, vous pouvez faire un bon feu de cheminée. On est plus dans le plaisir : c'est la cassette ou le vinyle, illustre-t-il sur un ton philosophe.

À Rennes, dans une grande surface spécialisée dans le divertissement, aucune cassette n'est visible. On a bien eu quelques ventes, mais les demandes sont rarissimes, ça n'a rien à voir avec le phénomène du vinyle, reconnaît un vendeur qui préfère rester anonyme.

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