•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La nuit aux Communes, les députés votent

Brenda Shannahan, Randeep Sarai, Ramesh Sagha et Darrell Samson se lèvent pour un vote aux Communes. Photo: La Presse canadienne / Justin Tang
Radio-Canada

Le marathon de votes imposé par le Parti conservateur pour protester contre le sort réservé à l'ex-ministre fédérale de la Justice Jody Wilson-Raybould se poursuit sans relâche à la Chambre des communes. Après une nuit blanche, les députés fédéraux s'apprêtent à faire les frais de la manoeuvre obstructionniste pour de nombreuses heures encore.

À 7 h (HAE) jeudi, les députés présents continuent de se lever toutes les 10 minutes environ pour voter sur l'une ou l'autre des 257 motions déposées par les conservateurs. Toutes ces motions sont liées aux subsides du budget de l'an dernier, de sorte que chaque vote met en cause la confiance du Parlement envers le gouvernement.

Si les libéraux devaient perdre un seul de ces votes, le gouvernement pourrait tomber, ce qui oblige le Parti libéral à s'assurer d'avoir en tout temps un nombre de députés suffisant pour l'emporter. Les députés ont donc installé des lits de camp dans l'antichambre des Communes pour pouvoir se relayer.

Avant que le soleil ne se lève sur le parlement, de nombreux ministres du gouvernement, dont MM. Lametti et Sajjan et Mmes Joly, Petitpas-Taylor, Qualtrough et Murray, faisaient partie d'un contingent d'environ 150 députés présents pour participer aux votes.

Considérant le nombre de motions déposées et le fait qu'il faut en moyenne huit minutes pour procéder à chaque vote, le manège risque de se poursuivre jusqu'à vendredi.

Par cette manoeuvre, le Parti conservateur cherche à garder les projecteurs sur l'affaire SNC-Lavalin. Ils exigent que le secret professionnel de l’avocat et le privilège relatif aux renseignements confidentiels du Cabinet auxquels est assujettie Mme Wilson-Raybould soient complètement levés afin qu'elle puisse continuer de s'exprimer à ce sujet.

La majorité libérale au comité de la justice a plutôt décidé de ne pas réinviter Mme Wilson-Raybould à témoigner une seconde fois et a tiré un trait sur ses travaux à ce sujet mardi, jour de présentation du budget fédéral.

Les conservateurs ont subséquemment retardé le discours du budget du ministre des Finances Bill Morneau, avant de le chahuter et de quitter l'enceinte parlementaire en guise de protestation.

Le parti d'Andrew Scheer, qui a lancé une campagne intitulée « Laissez-la parler » pour marteler son message, compte maintenant tenter d'inviter Mme Wilson-Raybould devant le comité de l'éthique des communes.

Le chef de l’opposition officielle Andrew Scheer a ouvert la porte de son caucus aux médias mercredi en martelant que le budget Morneau constitue une opération de camouflage de l’affaire SNC-Lavalin.

Mme Wilson-Raybould a soutenu, devant le comité de la justice, avoir subi des pressions de la part du premier ministre Trudeau et de son entourage pour qu’elle révise sa position et consente un accord de réparation à la firme SNC-Lavalin. Des pressions que réfutent M.Trudeau et sa garde rapprochée.

« Rien de clownesque là-dedans », dit Deltell

En entrevue à Gravel le matin, le député conservateur Gérard Deltell a balayé du revers de la main tout argument selon lequel la manoeuvre de son parti aux Communes pourrait ultimement se retourner contre lui. « Ce n’est pas une question de perturber [les travaux de la Chambre], c’est une question de voter », a-t-il plaidé.

« On fait ça parce que le gouvernement libéral a décidé d’empêcher l’ancienne procureure générale – une députée libérale – de parler […] de témoigner dans un comité parlementaire. C’est assez révoltant, merci », a-t-il ajouté du même souffle.

Que le Parti libéral empêche l’ex-procureure générale libérale de parler, pour nous, il n’y a rien de clownesque là-dedans. […] C’est scandaleux! C’est pour ça qu’on met de la pression et qu’on va continuer de mettre de la pression.

Gérard Deltell, député conservateur

Loin d’être surprise, la leader du gouvernement en Chambre, Bardish Chagger, avait précédemment indiqué qu'il s'agissait là du comportement habituel de la députation conservatrice. « Ça fait trois ans et demi qu'ils disent qu'ils vont faire de l'obstruction. Alors, pour moi, rien n'a changé », a-t-elle déclaré au cours d’une mêlée de presse.

De son côté, le ministre Pablo Rodriguez estime que l’opposition officielle compte dans son but avec ces manœuvres. « Ce qu'ils sont en train de faire en ce moment, moi, je pense que ça va faire vraiment mal », a-t-il prédit à son arrivée à la rencontre.

Quand les Canadiens voient une gang de personnes qui se mettent à crier et à taper sur leurs bureaux pendant de longues minutes sans arrêter, je ne vois pas en quoi ça contribue au débat démocratique.

Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoire canadien et du Multiculturalisme

L'affaire SNC-Lavalin refait surface

M. Rodriguez faisait ainsi référence au chaos provoqué par les conservateurs lors de la lecture du discours du budget de M. Morneau. Ils ont crié des slogans et bruyamment frappé sur les bureaux pour étouffer la voix du ministre des Finances. Parvenus à leurs fins, ils ont quitté la Chambre et boycotté l’exercice.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a fustigé cette attitude. « Ils ont dû se faire des ampoules à force de taper sur leurs bureaux », a-t-il imagé. « Et je n'ai parlé à personne [...] qui a trouvé que le comportement des conservateurs était le moindrement élégant », a ajouté le leader bloquiste en mêlée de presse.

Chez les libéraux, c’est le sort réservé aux deux ministres démissionnaires – Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott – qui retenait l'attention. Les deux élues ont décidé de demeurer au caucus libéral après avoir claqué la porte du Cabinet.

Mme Wilson-Raybould a assisté à la première réunion du caucus après son témoignage au comité de la justice pendant lequel elle a accusé M. Trudeau et son entourage d’avoir exercé des pressions politiques à son endroit. Quant à Mme Philpott, elle brillait par son absence.

Le premier ministre Justin Trudeau s'est dit à l'aise avec la situation. « Elles [Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott] ont toutes les deux parlé du fait qu'elles veulent se représenter pour le Parti libéral, qu'elles croient en ce que nous faisons dans les grandes lignes, et je suis très content de pouvoir continuer à travailler avec elles », a-t-il déclaré en mêlée de presse.

« Aujourd'hui, on est un caucus uni. On va continuer à parler de notre budget [...] », a-t-il dit.

Mais en après-midi, une nouvelle tuile s’abattait sur la tête du premier ministre et venait contrecarrer ses plans. M. Trudeau a appris que la députée Celina Caesar-Chavannes se retirait du caucus libéral pour siéger à titre d’indépendante.

Bien qu’elle souligne que sa défection n’a rien à voir avec les démissions des ministres Wilson-Raybould et Philpott, les départs chez les libéraux à sept mois des prochaines élections générales embarrassent le parti et apportent de l’eau au moulin des conservateurs.

Avec des informations de La Presse canadienne

Politique fédérale

Politique