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Génocide en Bosnie : la prison à vie pour Radovan Karadzic

Radovan Karadzic, ancien dirigeant des Serbes de Bosnie, est debout au Tribunal international et écoute la lecture du verdict.
Radovan Karadzic était jugé pour sa responsabilité dans le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica en 1995. Condamné à la prison à vie, l'accusé a écouté, impassible, la lecture du verdict, le 20 mars 2019. Photo: Reuters / POOL New
Agence France-Presse

La justice internationale a condamné mercredi en appel l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à la prison à vie pour « l'étendue et la cruauté systématique » de ses crimes pendant la guerre de Bosnie (1992-95), durcissant sa peine initiale de 40 ans de prison.

Radovan Karadzic, 73 ans, avait été condamné en première instance en 2016 par le Tribunal pénal international de l'ONU, à La Haye, à 40 ans de prison pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui a pris le relais du TPIY après la fermeture de celui-ci en 2017, a rejeté mercredi l'appel de Karadzic, le condamnant « à la prison à vie ». L'accusé à la chevelure blanche a écouté, impassible, la lecture du verdict.

En première instance, les juges « ont sous-estimé l'extrême gravité de la responsabilité de Karadzic dans les pires crimes commis » durant le conflit en Bosnie, a déclaré le juge, Vagn Joensen, soulignant « l'étendue » et la « cruauté systématique » de ces crimes.

M. Karadzic était jugé pour sa responsabilité dans le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica en 1995, le pire perpétré en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Il est également mis en cause dans le déplacement de populations sur des bases ethniques dans plusieurs autres villes du pays.

Toujours considéré comme un « héros » par beaucoup des siens, Karadzic avait fait appel sur 50 points de sa condamnation, dénonçant un « procès politique ». L'accusation, qui demandait la prison à vie, avait elle aussi fait appel du jugement de première instance, jugé trop clément.

« Ce verdict est historique pour la justice. Si Karadzic ne reçoit pas ce qu'il mérite, alors cela signifiera qu'il n'y a pas de justice dans ce monde et qu'il est possible de commettre des crimes sans risquer de sanctions », a déclaré avant le verdict Munira Subasic, présidente de l'association « Les mères de Srebrenica », qui a elle-même perdu son époux et son fils de 16 ans.

Les gens attendent le verdict des juges dans le centre du mémorial Potocari près de Srebrenica.Les gens attendent le verdict des juges concernant l'appel interjeté par l'ancien dirigeant politique serbe de Bosnie Radovan Karadzic de sa peine de 40 ans de prison pour crimes de guerre, dans le centre du mémorial Potocari près de Srebrenica. Photo : Reuters / Dado Ruvic

Applaudissements des veuves de Srebrenica

Elles ont suivi depuis le mémorial la longue lecture du verdict en appel contre Radovan Karadzic, à quelques mètres des tombes de leurs proches : à l'annonce de la peine à perpétuité, les veuves de Srebrenica ont applaudi et prié.

Une vingtaine de ces femmes, parfois accompagnées de proches, n'attendaient rien d'autre qu'une confirmation que l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie durant la guerre intercommunautaire (1992-95) ne recouvrerait jamais la liberté.

« Mon espoir et ma seule pensée, c'est que [Karadzic] soit condamné à perpétuité pour avoir ordonné et fait tout cela avec Mladic et [Slobodan] Milosevic », l'homme fort de Belgrade, disait avant le verdict Hajrija Oric, 63 ans.

« Ce verdict arrive très tard, mais c'est un jour très important pour nous à cause du déni qui prend de l'ampleur », dit Nedzad Avdic, un survivant âgé de 40 ans, dont le père a été tué dans le massacre.

Une femme réagit à l'issue du verdict prononcé contre Radovan Karadzic, au centre du mémorial Potocari, près de Srebrenica.Une femme réagit à l'issue du verdict prononcé contre Radovan Karadzic, au centre du mémorial Potocari, près de Srebrenica. Photo : Reuters / Dado Ruvic

100 000 morts

La décision sur Radovan Karadzic est l'une des dernières de la justice internationale dans le cadre de la dislocation conflictuelle de l'ex-Yougoslavie après la chute du communisme en 1991.

Karadzic, ex-président de l'entité des Serbes de Bosnie, la Republika Srpska, a été condamné pour des persécutions, meurtres, viols, traitements inhumains ou transferts forcés, notamment lors du siège de près de quatre ans de la capitale bosniaque Sarajevo, au cours duquel plus de 10 000 personnes sont mortes.

Après la mort pendant son procès de l'ancien président serbe Slobodan Milosevic en 2006, Karadzic est le plus haut responsable à avoir dû rendre des comptes pour la guerre de Bosnie.

En 2017, le TPIY avait condamné à perpétuité pour des chefs d'inculpation similaires l'alter ego militaire de Karadzic, le général Ratko Mladic. L'ancien commandant de l'armée des Serbes de Bosnie, surnommé le « boucher des Balkans », a également fait appel.

Environ 100 000 personnes sont mortes et 2,2 millions de personnes se sont trouvées sans abri lors des combats qui se sont déroulés en Bosnie entre 1992 et 1995, opposant musulmans, Serbes et Croates.

Poète et psychiatre devenu un leader politique impitoyable, Karadzic a été reconnu coupable de 10 chefs d'accusation, dont le génocide de Srebrenica, où plus de 8000 hommes et garçons musulmans ont été tués.

Des survivants de ce massacre avaient appelé la justice internationale à condamner M. Karadzic à la perpétuité.

Déni de Belgrade

Quel que soit le verdict, Belgrade pourrait ne pas « l'accepter », avait prévenu Izabela Kisic, directrice générale du Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme en Serbie.

« La Serbie a nié les crimes de guerre depuis longtemps et son rapport à la guerre en Bosnie n'a pas changé du tout », a-t-elle déclaré à l'AFP, estimant que la situation s'était même « considérablement détériorée ».

« Il n'y a aucune approche rationnelle de ce qui s'est passé ni aucune acceptation des verdicts émanant du TPIY », a-t-elle ajouté.

En Bosnie, le gouvernement de la Republika Srpska a annulé l'année dernière un rapport de 2004 sur les meurtres et a mis sur pied une commission pour mener une nouvelle enquête sur les crimes.

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