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Montréal retirera le crucifix de la salle du conseil

Les explications de Valérie-Micaela Bain
Julien McEvoy

Alors que le crucifix ne cesse d'enflammer les débats à Québec, le fameux symbole disparaîtra de la salle du conseil de l'hôtel de ville de Montréal, a annoncé l'administration Plante, mercredi.

« Nous allons déménager, et avec ce déménagement, on devait réfléchir à la place du crucifix dans la salle du conseil. On a pris la décision de le retirer », a laissé tomber Laurence Lavigne Lalonde, responsable de la transparence, de la démocratie, de la gouvernance et de la vie citoyenne, pendant la réunion du comité exécutif.

Le crucifix sera également retiré de la salle Peter-McGill, où se tiennent les réunions du comité exécutif.

En raison de travaux de rénovation à l’hôtel de ville, les conseillers déménageront en avril, et ce, pour environ trois ans. À leur retour, a donc annoncé l’élue de Projet Montréal, le crucifix aura disparu.

« On vit dans une société qui a énormément évolué et qui est représentée par des institutions qui sont démocratiques et qui se doivent d’être laïques, neutres et ouvertes à l’ensemble des citoyens. C’est pour cette raison que le crucifix va être enlevé et qu’il ne sera pas réinstallé à notre retour », a indiqué Mme Lavigne Lalonde.

Il s'agit toutefois d'un symbole « très important » pour l’histoire de Montréal, a-t-elle insisté, et l’objectif n’est pas de faire du déni par rapport à l'histoire. À la fin des travaux à l'hôtel de ville, dans trois ans, un espace muséal sera donc aménagé de façon à mettre le passé en valeur, a aussi annoncé la conseillère de ville du district Maisonneuve–Longue-Pointe.

« Les collections de la Ville de Montréal, soit ses archives, les cadeaux protocolaires reçus ainsi que d’autres éléments importants de son patrimoine pourront être mis en valeur, on va pouvoir les contextualiser et ils seront accessibles à l’ensemble des Montréalais et des visiteurs », a expliqué Laurence Lavigne Lalonde. Ces éléments de l'histoire de la ville incluent bien sûr le crucifix de la salle du conseil, installé à la demande de l’échevin Joseph-Émile Dubreuil en 1937 et jamais remplacé depuis.

La Ville a pourtant déjà tenté de le décrocher, sans succès. En 1987, la prière a d'abord été remplacé par un moment de silence au début de la séance du conseil. En 1992, le crucifix devait être enlevé à la suite de travaux dans l'hôtel de ville, ce qui ne fut pas fait. En 2002, enfin, une commission devait se pencher sur le sujet, mais ce rendez-vous avec les Montréalais n’a pas eu lieu.

On vient clore ce chapitre de notre histoire, mais avec l’objectif de mettre en valeur cette partie de notre histoire et de réaffirmer le caractère laïque de notre institution.

Laurence Lavigne Lalonde

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a été laconique sur le sujet lors la réunion du comité exécutif, mercredi matin.. « Je pense que ma collègue a fait un très bon portrait de la situation. Je ne sens pas le besoin d’ajouter quelque chose, sinon que dire qu’on vient boucler la boucle de la décision prise en 1992 », a-t-elle dit.

En point de presse un peu plus tard, elle a insisté sur le fait que la préservation de l'histoire, des symboles et du patrimoine culturel et religieux « qui fait partie de l’histoire de Montréal » est « très, très importante » pour elle. « Avec l’espace muséal, on va pouvoir créer un dialogue entre le passé, le présent et le futur », a-t-elle ajouté.

Mais elle a tenu à être claire sur le caractère laïque de l'institution qu'elle représente. « Comme le crucifix avait été installé pour guider les décisions, c’est tout à fait pertinent de séparer la salle du conseil et le crucifix », a-t-elle tranché.

Entrevue avec la mairesse Valérie Plante.

Ouverture à Québec?

Quelques minutes après l'annonce de la conseillère Lavigne Lalonde, le premier ministre François Legault, en route vers une réunion du caucus caquiste à l'Assemblée nationale, a été apostrophé par les journalistes à ce sujet. Compte-t-il faire comme Montréal? « Je respecte la décision de la Ville de Montréal concernant le crucifix. Vous savez très bien qu’on va déposer un projet de loi sur la laïcité dans quelques semaines. Je vous demande d’être un peu patient », a-t-il d'abord offert.

Tout sourire, bombardé de questions, le premier ministre du Québec n'a pas voulu se mouiller, mais a semblé ouvrir la porte à un retrait du crucifix de l'Assemblée nationale, lui qui a toujours été fermement opposé à la chose : « Il faut que tout le monde fasse des compromis, on va regarder les positions des différentes personnes au caucus, et on va vous revenir. »

Son ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, lui aussi questionné mercredi matin, a semblé moins ouvert au compromis. « Montréal prend ses propres décisions, nous on prendra nos propres décisions », a lâché le ministre. Le crucifix est là, a-t-il répété, et « pour nous, ça a toujours été un symbole patrimonial, un symbole historique, comme les autres symboles religieux qui sont dans le salon bleu ».

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