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L’accent québécois décortiqué

Le français québécois présente plusieurs traits qui lui sont propres. Photo: getty images/istockphoto / Rawpixel
Mireille Chayer

S'il y a plus d'un accent au Québec, certains traits phonétiques se retrouvent de manière quasi systématique partout dans la province, peu importe la région d'origine des gens ou leur appartenance sociale.

L’affrication : « dzire », « tsuer »

Quand les Québécois prononcent les consonnes /t/ et /d/ et qu'elles sont suivies d'un /i/ ou d'un /y/ [son « u »], ils ont tendance à produire un petit bruit qui ressemble à un /s/ ou à un /z/ après /t/ et /d/, explique le phonéticien Vincent Arnaud, qui est professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Ainsi, dans un mot comme « dire », on entendra un léger bruit de friction : « dzire ». Même chose avec le verbe « tuer » qui ressemblera à l’oral à « tsuer ».

La diphtongaison : deux voyelles en une

La diphtongaison des voyelles est un autre trait distinctif des Québécois.

C'est quand on perçoit quasiment deux voyelles en une. Donc dans le cas de mon père ("paère"), si je surarticule le processus, bien je vais passer de [a] (son "a") à [ɛ] (son "è" ou "ais").

Vincent Arnaud, phonéticien, UQAC

Canada ou Canadâââ?

Il existe au Québec différents /a/. Il y a le /a/ que l’on retrouve dans le mot « papa », mais il y a aussi un /ɑ/, dit postérieur, qui sera produit plutôt vers l’arrière de la bouche.

On le retrouve souvent en finale d’énoncé, dans « Canadâââ », dans « chââât » ou encore dans « drâââp ».

Vincent Arnaud en entrevueLe phonéticien Vincent Arnaud étudie notamment l'accent du Saguenay. Photo : Radio-Canada

Des voyelles nasales différentes

Le timbre des voyelles nasales, c’est-à-dire de /ɛ̃/, /ɔ̃/, /ɑ̃/, /œ̃/ (« in », « on », « an », « un »), est très particulier au Québec si on le compare à celui qu’on retrouve généralement ailleurs dans la francophonie.

La distinction serait d'ordre physiologique.

Il y a des différences notoires au niveau articulatoire, placement des organes de la parole, au moment de la production de ces voyelles nasales.

Vincent Arnaud, phonéticien, UQAC

Des voyelles fermées relâchées

Les Québécois ont tendance à ouvrir légèrement plus la bouche lorsqu’ils produisent des voyelles fermées, soit /i/, /y/ et /u/ (les sons « i », « u » et « ou »), dans certains contextes bien précis.

On dira alors que ces voyelles se relâchent.

C'est un terme technique qui n'a rien à voir avec une propension à relâcher une articulation, simplement, c'est lié au positionnement des organes de la parole lors de la production de ces sons, précise Vincent Arnaud.

« Un minisss en direccc » : réduction de certains mots

Au Québec, il arrive fréquemment que les locuteurs laissent tomber certaines consonnes à la fin des mots, qu’ils réduisent les groupes consonantiques finaux.

Ce phénomène est très fréquent, notamment à l’Assemblée nationale où les élus s’interpellent souvent en disant : « M. le minissss ».

Mais, il n’y a pas qu’à Québec et Ottawa que l’on entend cette particularité. À la télévision, les « journalisss sont souvent en direccc » et dans les salles de spectacles, les chefs « d’orchesss » sont très importants.

Faut-il s’inquiéter de son accent?

Quand on entend des éditorialistes ou des chroniqueurs ou même le public dire : "Ah! Je parle très mal le français parce que l'accent québécois, c'est un accent relâché", [je réponds] non, non, c'est juste un accent parmi tant d'autres, soutient le phonéticien Vincent Arnaud.

Bonne Journée internationale de la Francophonie!

Saguenay–Lac-St-Jean

Francophonie