•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'opposition dénonce un budget illégitime et électoraliste

Les députés conservateurs sont serrés autour d'Andrew Scheer. À l'avant-plan, quelqu'un prend une photo de la scène.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, s'adresse à la presse entouré de son caucus, après être sorti de la Chambre afin de boycotter le discours du budget.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Sophie-Hélène Lebeuf
Joëlle Girard

Les chefs des partis d'opposition ont tour à tour décrié le budget présenté par le gouvernement libéral. Le conservateur Andrew Scheer a eu les mots les plus durs, estimant l'exercice illégitime dans le contexte de l'affaire SNC-Lavalin.

Le chef du Parti conservateur a très peu commenté les mesures spécifiques contenues dans le budget. Entouré de ses députés, il a préféré dénoncer la fin des travaux du comité de la justice concernant le scandale SNC-Lavalin.

« Justin Trudeau cache sa corruption reliée à SNC-Lavalin sous 41 milliards de dollars de nouvelles dépenses financées par des hausses d’impôts s’il est réélu », a affirmé Andrew Scheer.

C’est le camouflage le plus cher de l’histoire des camouflages.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

« Ce sont des déficits budgétaires pour cacher le scandale avant l’élection et les hausses d’impôts pour les payer après les élections », a-t-il ajouté.

Pour protester contre ce « camouflage », les conservateurs ont d’abord retardé la présentation du budget en forçant la tenue d’un vote. Ils ont ensuite chahuté le discours du ministre des Finances, Bill Morneau, puis ils sont sortis de la Chambre des communes.

« Ce budget n’a aucune légitimité et nous ne pouvions pas lui en accorder en restant présents à la Chambre », a expliqué le chef conservateur.

M. Scheer a mentionné que son parti n’hésitera pas à perturber les activités parlementaires au cours des prochains jours. « Comme vous venez de le voir, nous allons utiliser tous les outils à notre disposition pour demander des comptes à Justin Trudeau. Rien n’est exclu. Nous sommes prêts à tout », a-t-il déclaré.

Une tactique critiquée

Invité à commenter la stratégie des conservateurs, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a affiché son scepticisme.

« Je ne pense pas que ce soit la bonne façon d’exprimer ses préoccupations face au gouvernement », a-t-il soutenu, réitérant sa demande pour une enquête publique sur la gestion du dossier SNC-Lavalin.

La nomination d’une ancienne ministre libérale comme conseillère du premier ministre chargée d’étudier la relation entre le gouvernement et le procureur général du Canada ne suffira pas à restaurer la confiance de la population, a-t-il affirmé.

« Rien de cela ne satisfait les Canadiens, qui veulent la vérité », a ajouté le chef néo-démocrate.

Le chef du Parti populaire du Canada n'a pas davantage été impressionné par le chahut des conservateurs visant à perturber le dépôt du budget, qu'il a qualifié d'« exercice important de la vie démocratique ».

« Je trouve que c’est une procédure ridicule qu’ils ont faite. […] Il y a d’autres moyens. La démocratie existe dans ce pays », a lancé Maxime Bernier.

Réclamant une deuxième comparution de l'ex-procureure générale Jody Wilson-Raybould devant le comité parlementaire de la justice, la chef du Parti vert, Elizabeth May, a de son côté dit sympathiser avec les conservateurs sur cette question.

Un budget qui cible les mauvaises priorités, déplore le NPD

Jagmeet Singh parle à la presse dans le foyer de la Chambre des communes.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, commente le budget des libéraux.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Logement abordable, services de garde, assurance médicaments universelle, protection des pensions : Jagmeet Singh a surtout dénoncé ce que le budget ne comportait pas, accusant le gouvernement de ne pas définir les bonnes priorités.

« On voit un gouvernement qui continue de donner des grands cadeaux aux entreprises et aux plus riches, mais des miettes à monsieur, madame Tout-le-monde », a soutenu le chef néo-démocrate, qui se livrait pour la première fois à l’exercice depuis qu’il est député.

Combien de millénariaux ont assez d’argent dans leur REER pour acheter une maison? Cela montre à quel point M. Trudeau est déconnecté par rapport à ce que traversent les Canadiens.

Jagmeet Singh, chef du NPD

Acheter des votes en vue des élections

Elizabeth May a salué l’inclusion de mesures environnementales, qu'elle jugeait cependant insuffisantes, notamment pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le milliard prévu en 2018-2019 pour accroître l’efficacité énergétique des immeubles résidentiels – aucune somme supplémentaire n'est prévue pour les autres années – est modeste en comparaison de la somme investie par Ottawa pour l'achat du pipeline Trans Mountain, a-t-elle fait valoir.

« Le 31 août 2018, l’an dernier, Bill Morneau a signé un chèque de 4,5 milliards pour un pipeline vieux de 65 ans qui fuit », a-t-elle rappelé.

« Compte tenu du calendrier législatif, il n’y a aucune chance que la majorité de ces choses puissent être faites avant la prochaine élection », a-t-elle prédit. Le budget inclut une trentaine de mesures qui devront faire l’objet de modifications législatives pour entrer en vigueur, a souligné Mme May.

Elle a en outre qualifié le budget d'« électoraliste ».

C’est un gros cadeau emballé avec du papier et du ruban qui ne pourra être ouvert que si [les libéraux] sont réélus et qu’ils parviennent à faire adopter ces 35 mesures.

Elizabeth May, chef du Parti vert

Se disant « très déçu », Maxime Bernier est allé dans le même sens. Selon lui, il s'agit d'un budget préélectoraliste qui vise à acheter des votes avec l'argent des contribuables.

« Si on avait voulu aider les Canadiens, on aurait baissé les impôts », a critiqué le chef du Parti populaire, déplorant une augmentation des dépenses de 20 milliards.

« Les déficits d’aujourd’hui sont les taxes de demain, a-t-il avancé. Les gens vont devoir payer pour la réélection des libéraux. [...] M. Trudeau veut être réélu avec les payes futures de nos enfants et de nos petits-enfants. »

Fidèle à lui-même, M. Bernier a aussi solidement critiqué l’octroi de près de 4 milliards aux producteurs dans le cadre du système de gestion de l’offre. « C’est honteux. Chaque année, ce cartel coûte 800 $ à chaque Canadien, qui doit ensuite payer deux fois le prix pour son lait, ses produits laitiers et ses œufs. »

Les demandes du Québec ignorées, déplore le Bloc

Yves-François Blanchet évoque également un budget électoral, mais se demande tout haut si le gouvernement Trudeau a oublié les Québécois dans l’équation.

Le nouveau chef du Bloc québécois a ainsi décrié le fait qu’aucune des demandes qu’avait formulées le premier ministre québécois, François Legault, n’ait été considérée par le fédéral lors de l’élaboration de ce budget.

Yves-François Blanchet parle devant les journalistes.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Je me demande pourquoi est-ce que le gouvernement fédéral manque à ce point-là de considération et de respect pour l'Assemblée nationale du Québec, pour le gouvernement du Québec.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il fait référence à plusieurs dossiers, notamment à une enveloppe de 300 millions de dollars pour l’accueil des réfugiés du chemin Roxham, à la hausse des transferts en santé, à des correctifs demandés relativement à l’assurance-emploi et au soutien du système de gestion de l’offre.

« Il n’y a rien d’engagé, il n’y a rien de budgété dans la réalité pour les producteurs laitiers du Québec, que des chiffres théoriques pelletés sur plus tard. »

« Faire un budget, c'est censé avoir un sens précis [...] et c'est supposé de permettre aux gens de comprendre quels sont les intentions et les engagements réels d'un gouvernement dans le mandat en cours », a-t-il rappelé, estimant qu'il serait donc surprenant que Justin Trudeau sorte de sa manche des enveloppes imprévues pour le Québec en pleine campagne électorale.

Politique fédérale

Politique