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Démission en trompe-l'oeil du président du Kazakhstan

Noursoultan Nazarbaïev, président démissionnaire de la République du Kazakhstan
Noursoultan Nazarbaïev, président démissionnaire de la République du Kazakhstan Photo: Reuters / Shamil Zhumatov
Agence France-Presse

Après trois décennies à la tête du Kazakhstan, la démission de Noursoultan Nazarbaïev a pu surprendre dans une région habituée aux dirigeants à vie, mais les experts estiment qu'il continuera de tirer les ficelles du pouvoir.

Arrivé aux commandes du pays à l'époque soviétique en qualité de premier secrétaire du Parti communiste en 1989, élu président en 1991 et réélu quatre fois, la dernière fois en 2015 avec près de 98 % des voix lors d'un scrutin dénoncé par les défenseurs des droits de la personne et les observateurs internationaux, M. Nazarbaïev semblait solidement accroché à son poste.

Ces derniers mois, sur fond de grogne sociale provoquée par la crise économique, celui qui dirigeait le Kazakhstan depuis l'époque soviétique a multiplié les gestes, limogeant son gouvernement et son premier ministre et annonçant, en février, plusieurs milliards de dollars d'aides sociales.

Si l'annonce de sa démission mardi en a surpris plus d'un, elle était « attendue » par certains spécialistes de ce pays d'Asie centrale, qui y voient un stratagème visant à conserver une influence importante sur la vie politique du pays, sans rester en première ligne.

« Nazarbaïev ne part pas, il sera en charge du pays aussi longtemps que sa santé le lui permettra », résume Andreï Grozine, directeur des études pour l'Asie centrale à l'institut CIS de Moscou.

Le dirigeant de 78 ans conserve ainsi la présidence du parti au pouvoir et du Conseil de sécurité, instance dotée d'un statut constitutionnel par une loi votée en 2018, en plus de son titre de « Père de la Nation » qui lui garantit l'immunité judiciaire.

Il [le président Nazarbaïev] a trouvé un très bon plan : il va continuer à diriger le pays, simplement avec un titre différent. Il aura tous les pouvoirs, mais tout cet agenda présidentiel chargé avec réunions gouvernementales, visites diplomatiques et cérémonies, ce sera pour quelqu'un d'autre.

L'analyste indépendant Sergueï Douvanov

Reste que le président kazakh a réalisé une « manoeuvre impressionnante », estime Andreï Souzdaltsev, professeur à la Haute École d'économie à Moscou : « Il a créé une tradition du transfert de pouvoir en partant volontairement. C'est quelque chose de prodigieux pour l'Asie centrale ».

Pour cet analyste, c'est le nouveau premier ministre, Askar Mamine, 53 ans, plutôt que le président du Sénat, Kassym-Jomart Tokaïev, chargé d'occuper l'intérim, qui est appelé à prendre la succession de M. Nazarbaïev.

« Je pense qu'ils l'ont activement préparé » pour prendre la succession, explique M. Souzdaltsev.

Une démission « en accord avec la Russie »

Selon lui, la décision de M. Nazarbaïev de démissionner a été prise « en accord avec la Russie », proche alliée du Kazakhstan. Les deux chefs d'État se sont d'ailleurs entretenus par téléphone mardi, avant l'allocution télévisée de Noursoultan Nazarbaïev annonçant la nouvelle.

D'autres analystes ont estimé que M. Nazarbaïev avait été influencé par la crise politique en Algérie, où ont eu lieu ces dernières semaines des manifestations monstres contre le maintien au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika, à la tête de l'État depuis presque 20 ans.

« Une nouvelle époque commence », estime le politologue kazakh Edouard Poletaïev, directeur de l'ONG Univers eurasiatique. Mais, ajoute-t-il, « la répartition des forces ne change pas » dans ce pays de 18 millions d'habitants.

Nazarbaïev a dit clairement : "je reste avec vous jusqu'à la fin". Il a abandonné seulement les fonctions représentatives, techniques, et a gardé pour lui les fonctions stratégiques importantes. Donc, il ne faut pas attendre de changements.

Le politologue kazakh Edouard Poletaïev, directeur de l'ONG Univers eurasiatique

Pour de nombreux politologues, la démission de M. Nazarbaïev pose la question de l'avenir d'un autre dirigeant emblématique de la région qui pourrait bientôt quitter le pouvoir : le président russe Vladimir Poutine aura 71 ans en 2024, à la fin de son quatrième mandat à l'issue duquel il ne pourra pas se représenter, selon la Constitution.

« La sortie de M. Nazarbaïev peut servir d'exemple pour Poutine, si les intérêts de son pays sont pour lui supérieurs à son souhait de rester au pouvoir », assure ainsi l'expert indépendant russe Konstantin Kalatchev.

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