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Le discours sur le budget noyé par le chahut des conservateurs

La première portion du discours sur le budget de Bill Morneau a été occultée par le chahut des conservateurs à la Chambre des communes, mardi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Les conservateurs d'Andrew Scheer ont usé de toutes sortes de procédures pour perturber le dépôt du budget fédéral mardi, une stratégie qui visait à dénoncer la décision libérale de mettre fin aux travaux du comité de la justice des Communes sur l'affaire SNC-Lavalin.

Le budget devait être déposé à 16 h, à la fermeture des marchés, mais c'est avec une heure de retard que le ministre des Finances Bill Morneau a fini par prononcer son discours, les conservateurs ayant forcé la tenue d'un vote.

Pendant cette procédure, ils ont notamment multiplié les manoeuvres dilatoires, les députés se levant les uns après les autres pour faire des rappels au règlement et s'excuser d'avoir « accidentellement » voté deux fois.

Et lorsque M. Morneau a enfin pris la parole, vers 17 h, les députés conservateurs ont décidé de le museler en faisant tout un boucan.

« Rappel au règlement », « Laissez-la parler » (en référence à Mme Wilson-Raybould), ont-ils notamment lancé, des cris accompagnés de tapage qui ont rendu le discours du ministre pratiquement inaudible. Les conservateurs ont ensuite quitté en bloc la Chambre des communes, en signe de protestation.

Andrew Scheer marche en dehors des Communes. Derrière lui, des députés ramassent leur effets personnels pour le suivre.

Le chef conservateur Andrew Scheer quitte la Chambre des communes pour protester contre la fin des travaux du comité de la justice sur l'affaire SNC-Lavalin.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Accompagné d'une dizaine de ses députés dans le foyer des Communes, Andrew Scheer a alors expliqué que lui et son caucus ne souhaitaient pas demeurer à l'intérieur de la Chambre pour éviter d'accorder toute légitimité à un budget qui n'en a aucune à leurs yeux.

Il estime que ce budget est une tentative de « camouflage » pour détourner l'attention du scandale SNC-Lavalin à quelques mois des élections. « Le camouflage le plus cher de l'histoire des camouflages », a-t-il dit, évoquant des dépenses de 41 milliards de dollars.

Les scènes surréalistes provoquées aux Communes par les conservateurs n'ont toutefois pas impressionné le premier ministre, pas plus qu'elles ont rallié les autres partis d'opposition, qui, pour la plupart, ont estimé ce boucan inutile. M. Scheer a tout de même promis que son parti récidiverait.

Comme vous venez de le voir, nous allons utiliser tous les outils à notre disposition pour demander des comptes à Justin Trudeau. Rien n’est exclu. Nous sommes prêts à tout.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Justin Trudeau se moque des Canadiens, dit Scheer

Plus tôt dans la journée, Andrew Scheer avait averti que son parti ne resterait pas coi devant la décision du comité sur la justice, à majorité libérale, de mettre fin à ce que M. Scheer appelle « l'enquête sur l'ingérence de Justin Trudeau dans le scandale de corruption de SNC-Lavalin », écartant du même coup la possibilité d'un deuxième témoignage de Jody Wilson-Raybould.

En mettant fin aux travaux du comité, Andrew Scheer estime que Justin Trudeau « se moque » de tous les Canadiens, qui espéraient plus de transparence dans ce dossier, en leur disant : « vous ne méritez pas de connaître la vérité ». M. Scheer allègue en outre que tout le gouvernement est maintenant « occupé à se protéger de toute responsabilité en matière de corruption ».

La décision du comité, dit-il, est « un abus de pouvoir, un affront à la démocratie et une attaque contre le Parlement ».

Du côté Nouveau Parti démocratique, on dénonce également la fin des travaux du comité. « Hier encore, le premier ministre disait : "laissez le comité de la justice faire son travail". Aujourd'hui, on a vu ce que ça voulait dire », a raillé le député néo-démocrate Murray Rankin, qui est membre du comité de la justice.

Les libéraux disent maintenant qu'il faut s'en remettre au commissaire à l'éthique, mais il est en congé de maladie, tandis que l'ex-ministre McLellan va être « utilisée » par le gouvernement pour noyer toute l'affaire, a-t-il argué du même souffle.

Toutes ces opérations « ne permettront pas aux Canadiens de savoir s'il y a eu de l'ingérence politique aux plus hauts niveaux du gouvernement », a déploré M. Rankin. « Le gouvernement ne nous le permet pas. »

Le député néo-démocrate a réitéré que seule une enquête publique permettrait de faire la lumière sur cette affaire. Une motion en ce sens a toutefois été récemment battue aux Communes, où les libéraux sont aussi majoritaires.

Sa collègue Tracey Ramsay a rappelé que la fin des travaux du comité signifie en outre que d'autres membres du gouvernement mentionnés par Mme Wilson-Raybould lors de son témoignage percutant du 27 février n'auront pas l'occasion de faire entendre leur version.

Cela inclut la cheffe de cabinet de l'ex-ministre, Jessica Prince, celle de Justin Trudeau, Katie Telford, et deux conseillers du bureau du premier ministre, Mathieu Bouchard et Elder Marques.

Une décision prévisible

La décision du comité, prise lors d’une séance de travail tenue à huis clos mardi, à quelques heures du dépôt du budget, n'a surpris personne, dans la mesure où elle avait été annoncée la veille dans une lettre signée par les cinq libéraux du comité.

Ils disaient être « convaincus d'avoir contribué de façon importante à la compréhension qu'ont les Canadiens » de ce dossier, qui a déjà entraîné les démissions de Mme Wilson-Raybould, de la présidente du Conseil du Trésor, Jane Philpott, et du conseiller du premier ministre Trudeau, Gerald Butts, ainsi que le départ précipité du greffier du Conseil privé, Michael Wernick.

L'argument a été repris à la sortie de la rencontre du comité par le député libéral Randy Boissonnault, qui s'est fait le porte-parole de ses collègues. Selon lui, le comité a rempli son mandat après avoir entendu 13 heures de témoignages livrés par 10 témoins qui se sont fait poser 600 questions au cours des cinq dernières semaines.

« Les Canadiens voulaient qu’on se penche sur cet enjeu, comprendre ce qui s'est passé. Nous avons entendu plusieurs des principaux joueurs dans cette affaire […] et il est temps que le comité de la justice revienne à ses travaux [habituels] », a-t-il plaidé. Mme Wilson-Raybould a elle-même été entendue pendant plus de quatre heures, a-t-il rappelé.

Nous avons clairement entendu que toute cette affaire n’était qu’un malentendu sur la nature des conversations qui ont lieu avant qu’une procureure générale ne prenne une décision.

Randy Boissonnault, membre libéral du comité de la justice des Communes

« Nous sommes confiants que nous avons fait ce que nous avions dit que nous allions faire, soit de fournir des informations aux Canadiens pour qu’ils puissent prendre leur décision », a ajouté M. Boissonnault, après avoir rappelé que le comité de la justice n'était pas un tribunal.

Il revient maintenant au commissaire à l'éthique de rendre son rapport sur cette affaire, a-t-il conclu. Il a aussi rappelé que l'ex-ministre libérale Anne McLellan a été mandatée pour examiner le double rôle de ministre de la Justice et de procureur général du Canada, et sa relation avec l'appareil gouvernemental.

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