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Nouvelle-Zélande : Jacinda Ardern ne prononcera jamais le nom du tueur des mosquées

Une femme vêtue de noir s'adresse aux parlementaires de la Nouvelle-Zélande.
La première ministre Jacinda Ardern a donné un discours le 19 mars 2019 lors d’une session spéciale du Parlement de la Nouvelle-Zélande. Photo: Getty Images / Mark Tantrum
Agence France-Presse

« Salam aleikum » : la première ministre de la Nouvelle-Zélande a adressé mardi un message de paix appuyé aux musulmans et promis de ne jamais prononcer le nom du tueur des mosquées.

Devant le Parlement réuni en session spéciale, Jacinda Ardern a également déclaré que le suprémaciste blanc auteur du carnage de Christchurch, dans l'île du Sud, tomberait sous le coup de la loi la plus stricte.

Cinquante fidèles ont été tués vendredi à l'heure de la prière par un extrémiste australien qui a diffusé en direct les images de son attaque sur les réseaux sociaux et publié au préalable un « manifeste » raciste.

« Par cet acte terroriste, il recherchait beaucoup de choses, mais l'une d'elles était la notoriété », a dit Mme Ardern aux parlementaires rassemblés à Wellington, la capitale.

C'est pourquoi vous ne m'entendrez jamais prononcer son nom. C'est un terroriste. C'est un criminel. C'est un extrémiste. Mais quand je parlerai, il sera sans nom.

Jacinda Ardern, première ministre de la Nouvelle-Zélande

« Je vous implore : prononcez les noms de ceux qui ne sont plus plutôt que celui de l'homme qui les a emportés », a ajouté la première ministre.

Reconnaître la douleur

Ce discours empreint d'émotion était aussi porteur d'un message tout différent à l'intention de la communauté musulmane. Vêtue de noir, l'air solennel, la cheffe du gouvernement âgée de 38 ans a ouvert la séance par l'expression de bienvenue « salam aleikum » (« la paix soit avec toi ») qu'on entend partout dans le monde islamique.

« Vendredi, une semaine se sera écoulée depuis l'attaque. Les membres de la communauté musulmane se rassembleront pour la prière ce jour-là. Reconnaissons alors leur douleur. »

Elle a prononcé ce discours au moment où des dizaines de familles de victimes étaient attendues du monde entier à Christchurch en vue des obsèques.

Des milliers de fleurs et de messages se trouvent au sol et accrochés à la clôture.Les gens regardent les fleurs et les hommages aux victimes du carnage de Christchurch, le 19 mars 2019, en Nouvelle-Zélande. Photo : Getty Images / Carl Court

Un processus lent

La lenteur du processus d'identification et les nécessités des investigations médico-légales ont pour l'instant empêché les inhumations, aggravant la douleur des proches des victimes.

La coutume musulmane prévoit en effet que l'inhumation du corps soit menée dans les 24 heures suivant le décès.

Javed Dadabhai, venu d'Auckland pour enterrer son cousin, a expliqué que les proches avaient été avertis par les autorités que « le processus serait très lent, très exhaustif ».

« Certaines familles ont été invitées à aller voir les leurs [...] ceux qui sont les plus faciles à reconnaître. Mais nous parlons de trois ou quatre familles, a-t-il dit à l'AFP. La majorité des gens n'ont toujours pas eu l'occasion de voir leurs proches. »

Selon une liste qui circule parmi les familles, les victimes étaient âgées de 3 à 77 ans. Plusieurs étaient natives de la région, mais d'autres étaient originaires de pays aussi lointains que l'Égypte ou la Jordanie.

La police a indiqué mardi avoir rendu aux familles six corps de victimes, après un délai dû à l'enquête, mais a averti que seules 12 des 50 victimes avaient été formellement identifiées.

Dans la foulée du carnage, Mme Ardern avait annoncé un durcissement de la législation sur les armes qui a permis au tueur d'acheter l'arsenal ayant servi à l'attaque, y compris des armes semi-automatiques.

Attentats dans deux mosquées de la Nouvelle-Zélande

Des armes retournées aux autorités

Les Néo-Zélandais commencent déjà à répondre aux appels du gouvernement leur demandant de rendre leurs armes, parmi lesquels John Hart, agriculteur du district de Masterton, dans l'île du Nord.

Il a expliqué que cela avait été facile pour lui de décider de donner aux autorités son arme semi-automatique, ajoutant sur Twitter : « C'est un outil utile dans la ferme dans certaines circonstances, mais mon confort ne l'emporte pas sur les risques. Nous n'avons pas besoin d'elles dans notre pays. »

Ce tweet lui a attiré une salve de messages hostiles, adressés à son compte Facebook, la plupart venant apparemment des États-Unis où le lobby des armes est puissant et se fait entendre avec force. Il a effacé ces messages non sans lancer sur Internet : « un kia ora (bonjour en maori) chaleureux à tous mes nouveaux amis américains ».

La police a expliqué ne pas avoir de données sur le nombre d'armes rendues depuis vendredi. Mme Ardern avait déclaré que les mesures précises sur les restrictions seraient annoncées dans les prochains jours, mais avait laissé entendre qu'elles pourraient comprendre le rachat d'armes et l'interdiction de certains fusils semi-automatiques.

L'extrémiste Brenton Tarrant, 28 ans, a été inculpé pour l'heure d'un chef de meurtre, mais la justice n'en restera pas là, a promis la première ministre. « Il fera face à la loi dans toute sa rigueur », a-t-elle lancé.

Elle a également répété qu'une enquête serait ouverte afin de déterminer comment l'Australien avait pu planifier et mener ses attaques en Nouvelle-Zélande au nez et à la barbe des services de sécurité.

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