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Intervention au métro Villa-Maria : la STM défend ses inspecteurs

Deux inspecteurs tentent d'immobiliser un jeune homme au sol, dont on ne voit que les jambes et les pieds.

La vidéo ne montre qu'une partie de l'intervention des inspecteurs de la STM auprès du jeune homme.

Photo : Radio-Canada / Spotted: STM

Yannick Donahue

La Société de transport de Montréal (STM) défend ses inspecteurs qui sont intervenus vigoureusement auprès d'un client à la station de métro Villa-Maria, le 7 mars dernier. Elle affirme que ceux-ci ont appliqué le protocole en vigueur. La mairesse Valérie Plante n'exclut pas de le réviser ni de tenir une enquête indépendante sur l'intervention.

La STM a fait cette déclaration lundi à la suite de la diffusion d’une vidéo qui a massivement circulé sur les médias sociaux au cours des derniers jours. On peut y voir deux inspecteurs armés de bâtons télescopiques frapper un jeune homme sur le quai du métro au moment où une rame de train arrive à la station et approche de sa tête.

La vidéo en question ne montre qu’une partie de l’intervention des inspecteurs auprès du jeune homme, qui ne détenait pas de titre de transport. Une conversation avait été préalablement engagée entre les inspecteurs et le contrevenant à bord du métro, selon la STM. Ils se seraient entendus pour sortir à la station de métro Snowdon pour régler la situation. Or, à la station Villa Maria, le jeune homme aurait pris la fuite et les inspecteurs l’ont pourchassé et ont voulu le maîtriser.

Mise en garde : le contenu de la vidéo ci-dessous peut choquer certaines personnes.

Le président de la STM, Philippe Schnobb, a indiqué lors d’une mêlée de presse que le travail des inspecteurs impliqués dans l’incident avait été analysé et qu’aucune faute n’avait été commise.

« L’équipe a fait l’évaluation de ce qui s’est passé. Elle a regardé les caméras de surveillance qui sont dans le métro, les caméras de surveillance qui sont sur le quai. Les gens qui ont fait l’enquête se sont assurés que le protocole d’intervention prévu avait été respecté. C’est en ce sens que les choses se sont faites. Cette équipe fait le travail de façon très rigoureuse », a-t-il déclaré.

C’est clair que ce n’est jamais agréable de voir des choses comme cela, mais nous, notre responsabilité, c’est de s’assurer que les normes et les protocoles sont respectés, et cela a été le cas.

Le président de la STM, Philippe Schnobb

Philippe Schnobb a insisté sur le fait que des mesures sont prises lorsque les employés ne se conforment pas au protocole.

« Je vous assure aussi que quand ce n’est pas le cas, il y a des sanctions qui sont prises. Il y a eu des congédiements déjà, il y a eu des suspensions qui ont été appliquées dans des cas où le protocole n’avait pas été suivi », a-t-il soutenu.

Un protocole reconnu

Le président de la STM s’est fait demander si le protocole en place devait être revu.

« Ce protocole, on le leur [les forces de l’ordre] enseigne à l’Institut de police de Nicolet. C’est un protocole qui est enseigné à nos inspecteurs, à nos policiers également. Donc, c’est un protocole quand même qui est reconnu, qui a une certaine crédibilité », a-t-il répondu.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a défendu l’intervention de la STM.

« Je sais que c’est difficile, parce qu’on voit seulement une séquence [de tout l’incident]. C’est difficile d’expliquer le tout. Mais il y avait un avant, un pendant et un après. Je fais confiance au protocole qui a été mis en place », a dit Mme Plante.

Par ailleurs, le président de la STM a affirmé que l’individu dans la vidéo a contacté la STM pour présenter ses excuses.

La personne a communiqué avec nous pour s’excuser en disant : "Je n’ai jamais voulu créer tout ce brouhaha. Je m’excuse.".

Le président de la STM Philippe Schnobb

Il a ajouté que cette personne avait aussi reconnu ne pas avoir son titre de transport en sa possession.

Une enquête externe exigée

Une coalition formée d’élus et d’organismes sociaux a demandé lundi matin à la Ville de Montréal la mise sur pied d’une enquête externe pour se pencher sur cet incident.

Par voie de communiqué, un porte-parole de la coalition, Fo Niemi, a indiqué que « par le passé, de graves incidents impliquant des inspecteurs de la STM ont ébranlé la confiance du public ».

« Le suivi qui en a découlé s’est effectué dans le secret, avec des audiences à huis clos et des enquêtes internes dont les résultats n’ont pas été divulguées au public. En 2019, il s'agit d'un retour inacceptable à des pratiques datant d’une époque où la police se chargeait elle-même de surveiller la police », a-t-il déploré.

De plus, la coalition demande la création d'un nouvel organisme indépendant qui serait chargé de recevoir et d’étudier les plaintes du public contre les agents de la STM.

De son côté, Lionel Perez, le chef d'Ensemble Montréal et de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville a déclaré : « Il est essentiel de maintenir la confiance du public dans notre agence de transport collectif ».

La coalition est composée de la Ligue des Noirs du Québec, du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), de l’Association jamaïcaine de Montréal, de l'Alliance des communautés de l’Asie du Sud, de l’Association de la communauté noire de Côte-des-Neiges et de Montréal En Action.

Les conseillers municipaux Marvin Rotrand et Lionel Perez appuient leurs demandes.

Ouverture de la part de la mairesse

Valérie Plante, qui a qualifié l’incident de « très préoccupant », s’est dite ouverte à l’idée d’enquêtes indépendantes, mais indique qu'il reste à définir quelle forme elles pourraient prendre.

« On n’est absolument pas fermé, au contraire. La question est plus de savoir quel modèle adopter. Est-ce qu’on y va [...] vers une approche de donner plus de pouvoirs, par exemple, aux agents de la STM pour donner des constats ou du moins de se rapprocher plus des agents de la paix? », s'interroge-t-elle.

À ce sujet, une avenue à étudier, selon Philippe Schnobb, serait de revoir le statut des inspecteurs dans le métro.

« Ici, on pourrait penser notamment par exemple à un changement de statut. Si les inspecteurs devenaient des constables spéciaux, bien peut-être qu’à ce moment-là ils seraient automatiquement assujettis au commissaire à la déontologie policière et au bureau des enquêtes indépendantes », a-t-il dit.

Mme Plante considère qu’il est normal qu’une administration procède à une révision de ses pratiques.

« S’il y a des processus à revoir, il y a toujours de l’ouverture. Il y a toujours matière à amélioration. C’est vraiment le message que moi, à titre de mairesse, je porte depuis que je suis arrivée en poste. Encore une fois, en faisant preuve de transparence avec le SPVM. Même chose pour la STM. On en a discuté ensemble. Mais l’idée d’avoir un protocole ou une enquête indépendante dans certains cas, on peut absolument le considérer. C’était déjà prévu de toute façon. C’est normal de réviser les façons de faire », a-t-elle affirmé.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Grand Montréal

Justice et faits divers