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Une gardienne aurait infligé des blessures comme « un accident d'auto ou une chute de plusieurs étages »

Gros plan sur des blocs déposés sur une table, avec des enfants en arrière plan
Des enfants dans une garderie Photo: Radio-Canada / Patrick Pilon
Yannick Bergeron

Un bébé de huit mois a souffert de fractures aux deux poignets, de lésions au cerveau et d'hémorragies « trop nombreuses pour être comptées » à un oeil après avoir fréquenté la garderie de Nicole D'Anjou-Delage à Québec.

La médecin qui a observé la fillette a conclu que ses blessures ont été causées par un traumatisme dont la force « serait comparable à un accident d'auto ou une chute de plusieurs étages ».

Nicole D'Anjou-Delage qui exploitait une garderie en milieu familial subit son procès sous des accusations de voies de fait graves, de voies de fait causent des lésions et de négligence criminelle.

La petite victime a fréquenté son installation affiliée au CPE les Petits Mulots pendant deux semaines, en décembre 2014.

Pendant cette période, seules la mère, une amie de celle-ci et l'accusée ont été en contact avec l'enfant.

En pleurs

Après sa première journée à la garderie, le 2 décembre 2014, la petite victime pleure quand sa mère, d'origine africaine, vient la récupérer.

Selon la maman, Nicole D'Anjou-Delage lui explique alors que sa fillette est tombée à plusieurs reprises en courant à 4 pattes, ce qui surprend la mère puisque l'enfant n'arrivait même pas encore à ramper.

Dans les jours suivants, l'état de la petite inquiète sa mère. Elle manque d'appétit, est moins active et somnolente.

1ere hospitalisation

Elle se rend au CHUL le 8 décembre, où l'enfant sera hospitalisé pendant 3 jours. Malgré une bosse à la fontanelle, une radiographie ne montre rien d'anormal.

Après avoir repris des forces, la fillette retourne à la garderie le 12 décembre.

Moins de deux heures après son arrivée, Nicole D'Anjou-Delage téléphone à la mère pour lui dire que l'enfant s'est endormie et ne se réveille plus.

La mère se précipite sur place et la gardienne lui indique qu'elle n'a pas appelé le 911, puisqu'elle a réussi à la rejoindre.

Entre-temps, selon la mère, la gardienne dit avoir fait le bouche-à-bouche à sa fille et utilisé de l'eau froide pour la réveiller.

De retour à la maison, la maman constate que son bébé tremble et vomit à trois reprises.

Le 16 décembre, le bambin retrouve sa gardienne. Nicole D'Anjou-Delage appelle la mère moins de deux heures après son arrivée pour lui dire que son enfant a refait « la même crise ».

Encore une fois, la gardienne a dû pratiquer le bouche-à-bouche et utiliser de l'eau froide pour la réveiller.

La mère va chercher sa fille dans le parc. Elle est raide, son corps tremble et sa bouche est croche. Elle émet des sons inhabituels.

2e hospitalisation

Elle se rend chez son médecin de famille qui constate que la fontanelle de la petite est bombée et que l'enfant a le tonus « d'une poupée de chiffon ».

La docteure dirige immédiatement la mère vers l'urgence puisqu'elle craint pour la vie de la petite.

Elle sera hospitalisé au CHUL 4 jours où des examens approfondis montrent des fractures complètes aux deux poignets pouvant remonter à 10 jours, survenus à des moments différents, mais qui résultent, dans les deux cas d'une force appliquée directement sur l'os.

C'est à ce moment que la Dre Sylvie Béliveau constate des lésions au cerveau et à l'oeil.

Le « bébé noir »

Un signalement est fait à la DPJ le 18 décembre, ce qui enclenche un protocole d'intervention qui va mener à la fermeture de la garderie par le ministère de la famille.

La directrice générale du CPE, Louise Touchette, est sur place au moment de la fermeture.

Selon ce qui a été rapporté au procès, devant madame Touchette, la gardienne a dit à un parent que c'est la faute « du bébé noir » si sa garderie fermait, qu'elle a eu de la misère « chaque fois qu'elle a pris des noirs ».

Elle aurait également affirmé qu'elle ne prendrait plus « des (sacre) de noirs ».

Intervention du CPE

Avant ces événements de décembre 2014, le CPE les Petits Mulots avait constaté plusieurs manquements à la garderie de Nicole D'Anjou-Delage, se contentant de lui donner certains avertissements.

Une agente de conformité, Isabelle Rochette, y a fait quelques visites à l'improviste en 2009 et 2010.

Elle a vu l'accusée prendre la tête d'un enfant de 3 ou 4 ans brusquement. « Elle craignait à ce moment qu'elle lui casse le cou », constate la juge Marie-Claude Gilbert.

Lors d'une autre visite, alors qu'un enfant de 4 ans ne se lève pas, la gardienne le prend par les deux bras, avec force, pour le relever.

L'agente de conformité lui indique que son geste n'est pas adéquat et qu'elle doit agir plus doucement.

Une autre agente de conformité constate, en mars 2012, que l'accusée contrôle les enfants en les attrapant par les poignets.

« Comme une poupée de chiffon »

Isabelle Rioux remarque également, en janvier 2013, que Nicole D'Anjou-Delage a des gestes « vites et rigides, comme si elle était en colère ».

À un certain moment, elle se penche et prend un poupon par l'avant-bras « comme une poupée de chiffon », selon Mme Rioux.

D'un mouvement, l'enfant se retrouve sur la hanche de la gardienne qui répètera son geste avec un autre poupon, quelques instants plus tard.

Isabelle Rioux intervient pour reprendre le poupon, afin de montrer à la gardienne comment agir, avec douceur.

Mais selon Mme Rioux, il est impossible de discuter avec l'accusé puisqu'elle affirme l'avoir fait de la même manière qu'elle.

Inquiète

Après avoir quitté la garderie, l'agente se ravise et y retourne, pour dire à D'Anjou-Delage qu'elle s'inquiète pour la sécurité des enfants.

L'accusée lui aurait rétorqué qu'elle est harcelée et que la prochaine fois, elle appellera son avocat.

Elle mentionne alors qu'elle ne va pas « garrocher » les enfants dans les murs et qu'ils ne sont pas faits « en papier macher ».

Alertée, la directrice adjointe présente une plainte au Conseil d'administration du CPE qui décide de ne pas agir.

Impatience et/ou racisme

L'avocate de la poursuite a dû présenter une requête pour faire accepter les témoignages des employés du CPE.

La Couronne veut ainsi démontrer que l'accusée « avait une propension à secouer l'enfant [...] dans une situation particulière d'impatience ou à cause d'un préjugé racial ou un mélange des deux ».

La défense s'y est opposée, en relevant que trois autres rapports de visites à l'improviste démontraient des interventions conformes de la gardienne.

La juge Gilbert a donné raison à la poursuite en accepter les témoignages à titre de preuve de conduite indigne et de faits similaires.

Le procès de la femme de 69 ans se poursuit mardi avec la preuve de la défense.

Québec

Justice et faits divers