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Attentat de Christchurch : le défi du traitement journalistique

Luce Julien, directrice générale de l'information de Radio-Canada

Luce Julien, directrice générale de l'information de Radio-Canada

Photo : Radio-Canada / Arcouette&Co

Radio-Canada

Pour une énième fois dans la série des attentats et tueries de masse, l'horreur et la haine ont frappé jeudi soir dernier. Cette fois, c'est dans une paisible ville de Nouvelle-Zélande que la tragédie a eu lieu. À chacun de ces événements, nous devons nous interroger sur le traitement journalistique approprié.

Le Mot de l'Info de Luce Julien

Comme le dit l'expert et codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent David Morin, « les médias sont l'oxygène des terroristes ». Les auteurs de ces actes extrêmes déploient des moyens toujours plus poussés pour se servir des médias afin de faire passer « leur » message.

À ce chapitre, la tragédie de Christchurch marque un tournant. Le tueur présumé avait minutieusement planifié sa stratégie de communication en publiant un manifeste sur le dark web, dans le but de radicaliser d’autres internautes, et en diffusant son massacre en direct sur Facebook. L’entreprise a d’ailleurs démontré toute son impuissance à bloquer la diffusion de ces images immondes pendant près de 17 minutes.

Nous nous rappellerons aussi cet événement parce qu’il nous fait revivre le souvenir douloureux de l’attentat à la mosquée de Québec et de cette communauté touchée de plein fouet le 29 janvier 2017...

Comment éviter la glorification des auteurs de ces tueries tout en rapportant les faits et en assurant la couverture la plus complète et en profondeur? Comme grand média d’information, diffuseur public de surcroît, nous sommes très sensibles à ces questions et conscients de l’importance de notre rôle.

Notre mission première est d’informer rapidement et avec exactitude les citoyens sur les événements qui se produisent et d’extraire les éléments que l’on estime d’intérêt public. Chaque jour, peu importe le sujet, nous échangeons sur des questions éthiques et journalistiques. Mais il est clair que, lors d’attentats, nos réflexes sont encore plus aiguisés. Nous redoublons de prudence, de vérifications et de consultations avant de faire nos choix de publication et de diffusion.

Devons-nous publier ou non les photos du présumé tueur, son nom, les vidéos qu’il a tournées, ses propos, des informations sur l’arme utilisée? Autant de questions auxquelles nous devons répondre rapidement afin de bien vous informer.

Dès les premières informations qui nous sont parvenues à propos de ce drame, la première directrice programmation nouvelles, actualités et déploiement, Ginette Viens, a régulièrement envoyé des lignes éditoriales pour guider les collègues qui devaient traiter du sujet. Un défi de communication de taille, compte tenu du nombre de plateformes que nous alimentons en direct, d’un bout à l’autre du pays, 24 heures sur 24.

Ainsi, comme plusieurs médias dans ce cas-ci, nous avons choisi de ne pas publier la photo du présumé tueur, d’autant qu’elle provenait de la vidéo qu’il a tournée en direct. Nous n’avons diffusé ni la vidéo, ni des extraits de celle-ci, ni des photos de ses armes, dont une sur laquelle étaient inscrits les noms d’autres tueurs. Nous n’avons pas publié non plus le manifeste de l'auteur de l'attaque ni repris des extraits de celui-ci. Malgré ces consignes, malheureusement, la photo du tueur et celle d’une des armes ont été publiées à un certain moment. Elles ont été retirées rapidement. Nous en sommes désolés.

Par ailleurs, nous estimons qu’il est important, et possible, d’expliquer le contexte de la nouvelle et de comprendre la motivation du présumé tueur sans pour autant contribuer à sa notoriété et à la propagation de fausses théories de complot, de propos violents, racistes ou haineux.

Nous avons publié plusieurs reportages nécessaires et pertinents, que ce soit sur le stratagème du présumé tueur, sur le fait que Facebook n’ait pas été en mesure de bloquer la diffusion de cette vidéo et sur le terrorisme d’extrême droite. Plusieurs angles, témoignages et analyses ont également été traités sur les plateaux de RDI, dans nos émissions de radio et dans le cadre d’une émission spéciale de deux heures de 24/60.

Chaque événement de cette nature a ses particularités et doit être analysé en fonction du contexte, de nos normes et de nos valeurs journalistiques. Mais le traitement journalistique n’est pas une science exacte. Nos discussions éditoriales ne peuvent qu’être en constante évolution. Une réflexion à laquelle vous contribuez généreusement en communiquant avec nous sur nos différentes plateformes. Nous sommes privilégiés de pouvoir compter sur un public vigilant.

Société