•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jusqu’à 40 % des enseignants absents à Laval ne sont pas remplacés

L'école Saint-Norbert à Laval où des classes modulaires ont été ajoutées en août 2017.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Jean-Philippe Robillard

Alors que l'année scolaire bat son plein, les commissions scolaires se heurtent plus que jamais au manque de suppléants dans leurs écoles, dont certaines n'arrivent même plus à trouver des suppléants pour les absences quotidiennes au sein du personnel enseignant. La situation est particulièrement criante à la Commission scolaire de Laval (CSDL).

Le directeur de l’école primaire Saint-Norbert, à Laval, Frédéric Girard, est inquiet lorsqu’il rentre au travail le matin. Il craint toujours que des élèves se retrouvent en classe sans enseignant, comme cela arrive trop souvent dans son établissement qui compte plus de 700 élèves.

« Toutes les semaines, c’est quand même fréquent. C'est préoccupant quand on arrive le matin. Il manque deux, trois ou quatre personnes. Hier, il manquait deux enseignantes dans leur classe », raconte M. Girard.

Un directeur d'école dans un corridor, près de casiersAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tous les jours, le directeur d'école Frédéric Girard doit s'assurer que toutes les classes disposent d'un enseignant ou d'un remplaçant.

Photo : Radio-Canada

Ce que vit Frédéric Girard n’est pas unique. Partout dans les écoles primaires du Québec, le problème est le même. Il y a un manque de suppléants dû à la pénurie de personnel enseignant.

À la CSDL, on est incapable de remplacer environ un enseignant absent sur quatre. Depuis le début de l’année scolaire, 1635 absences n’ont pas trouvé de remplaçants.

Résultat : c'est le personnel des écoles qui écope et qui doit remplacer à tour de rôle dans les classes. Un problème qui prend de l’ampleur depuis un an.

C'est comme un branle-bas de combat. Tout le monde cherche. Il y a 30 élèves qui n'auront pas de professeur pour une journée.

Elizabeth Gosselin, enseignante suppléante

Le manque de suppléants est tel à Laval que, pendant une semaine en février, 142 demandes de suppléance n’ont pas trouvé preneur à la CSDL. C’est 40 % des requêtes reçues. Du jamais-vu, selon la directrice des ressources humaines, Catherine Roussel. « Il manque de façon quotidienne des suppléants. Ça peut être 10, 12 dans une journée qu’on n’est pas capable de combler. »

Elle affirme que la pénurie d’enseignants et le fait qu’il y a moins d’inscriptions en éducation à l’université rendent plus difficile que jamais le recrutement de jeunes enseignants qui veulent devenir suppléants.

Mes enseignants qui étaient suppléants en début de carrière – parce qu'on commence souvent comme suppléant en début de carrière –, maintenant, ils ont déjà des contrats à temps plein. Alors, ça fait que je me retrouve que je n'ai plus personne dans ma banque de suppléance.

Catherine Roussel, directrice des ressources humaines à la CSDL
Une femme assise devant un ordinateurAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La directrice des ressources humaines de la CSDL, Catherine Roussel, indique que les normes d'embauche des enseignants et suppléants ont été revues à la baisse pour combler la pénurie.

Photo : Radio-Canada

Selon Marjorie Racine, qui enseigne en 4e année dans une autre commission scolaire, ce manque de suppléants dans les écoles a des conséquences sur l’apprentissage des élèves. « J'ai une collègue de travail qui a eu 13 personnes dans sa classe. […] une personne rentre une journée, le lendemain c'est quelqu'un d'autre, le [sur]lendemain c'est quelqu'un [d’autre pour] deux jours et ainsi de suite pendant des semaines. »

La crainte de s'absenter

Le problème est d'une telle ampleur que des enseignants craignent de nuire à leurs élèves et à leurs collègues en s’absentant. Nouvelle enseignante à l’École Saint-Norbert, Eve-Marie Chabot a constaté le phénomène. « C’est une réalité pour les enseignants de se demander si quelqu’un pourra les remplacer. Moi, je connais des personnes qui ont peur d’être malades, à ce point-là. »

Marjorie Racine affirme que les problèmes liés à la suppléance alourdissent également la tâche des enseignants. « La semaine passée, une enseignante, une de mes collègues qui était au bord des larmes, m’a dit : "On m'a demandé de faire du dépannage. Je n’ai pas le temps. Je n’arrive pas dans mes corrections." Elle s'est effondrée devant moi. C'est clair que ça met une pression indue sur tout le monde. »

Dans la grande région de Montréal, les commissions scolaires se livrent une chaude lutte pour attirer des candidats. De son côté, la Commission scolaire de Laval a abaissé ses critères d’embauche pour tenter de garnir sa banque de suppléants, selon la directrice des ressources humaines, Catherine Roussel. « Avant, pour être suppléant, il fallait avoir un minimum de 30 crédits en enseignement dans son bac, alors que maintenant, on a diminué à 15 crédits […], on a baissé nos crédits parce qu’on avait moins de suppléants dans nos classes. »

Les commissions scolaires Marie-Victorin et des Patriotes, sur la rive sud de Montréal, sont aux prises avec la même situation. Au cours des trois dernières années, les remplacements d’urgence dans les écoles ont doublé.

Le président du Syndicat de Champlain, Éric Gingras, constate que les dépannages d’urgence sont de plus en plus fréquents dans les écoles primaires. « On sait que ça donne une lourdeur à la tâche des enseignants qui ne s’occupent plus de leurs élèves, mais qui vont s’occuper de l’autre classe. » Il ajoute que « les collègues vont être payés pour cette heure-là, mais quand ils font ça, ils ne font rien d’autre dans leurs classes. Alors, ils vont faire le reste de la préparation et de la correction à la maison. »

Les défis s’annoncent importants pour les commissions scolaires, alors que bon nombre d'enseignants prévoient partir à la retraite dans les prochaines années et que plusieurs études indiquent qu’un enseignant sur quatre abandonne le métier au cours des sept premières années.

Grand Montréal

Éducation