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Cap Saint-Georges : un déménagement qui suscite des craintes d'assimilation

L'École Notre-Dame-du-Cap désaffectée.
L'école École Notre-Dame-du-Cap est fermée depuis jeudi dernier à cause de problèmes de structure. Photo: Radio-Canada / Marie-Isabelle Rochon
Patrick Butler

La décision de déplacer les élèves de l'École Notre-Dame-du-Cap (NDC), à Cap Saint-Georges, dans les locaux d'une école anglophone, soulève des craintes d'assimilation chez les parents francophones de la côte ouest de Terre-Neuve.

L'École Notre-Dame-du-Cap est fermée depuis jeudi dernier pour des raisons de sécurité. À partir de lundi prochain, ses 40 élèves devront suivre leurs cours dans le sous-sol de l’école de langue anglaise Our Lady of the Cape, située de l'autre côté de l’autoroute 460.

Martine Fillion, la directrice générale de la Fédération des parents francophones de Terre-Neuve-et-Labrador, affirme que les parents reconnaissent la nécessité de quitter l’École NDC, mais elle estime aussi qu’ il faut absolument [...] permettre à cette communauté de dire " c’est juste un mauvais moment, on sait qu’il s’en vient quelque chose de meilleur pour nos enfants ".

Portrait de Martine Fillion, directrice générale de la Fédération des parents francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Martine Fillion, directrice générale de la Fédération des parents francophone de Terre-Neuve-et-Labrador Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Selon Mme Fillion, l’école francophone est le coeur de la communauté de Cap Saint-Georges, située à une heure à l’ouest de Stephenville.

La communauté francophone ne peut pas partager un même espace [avec la communauté anglophone] parce que l’anglais va primer et le français va se perdre, soutient-elle.

Kim Christianson, la directrice à l’éducation du Conseil scolaire francophone provincial (CSFP) de Terre-Neuve-et-Labrador, se dit à l’écoute des parents et assure que c’est une situation de crise et c’est une solution qui est temporaire.

Le CSFP ne connaît pas encore avec précision l'ampleur des problèmes de structure qui ont entraîné la fermeture de l'École Notre-Dame-du-Cap, un bâtiment de deux étages érigé en 1976. L’école restera fermée au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire pendant qu’une série de tests est effectuée.

Mme Christianson et le directeur de l’école ont tous les deux confirmé lundi qu’ils n’étaient pas en mesure de préciser une date provisoire pour la réouverture de l’école.

Des mesures pour contrer l’assimilation

Diane Gérin-Lajoie, professeure au Centre de recherche en éducation franco-ontarienne de l’Université de Toronto, explique que la décision de jumeler les deux écoles obligera sans doute le CSFP à prendre des mesures afin de contrer l’assimilation.

L’attrait de la langue majoritaire est déjà à l’intérieur des écoles. Dans une situation où les deux communautés linguistiques se côtoient, c’est certain qu’il y a encore plus de possibilités qu’il y ait un impact de la part de la communauté majoritaire, souligne-t-elle.

C’est certain que s’il n’y a pas de moyens qui sont pris, ça peut ne pas favoriser le développement de la langue et de la culture françaises.

Rodrigue Landry, l’ancien directeur général de l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, précise également que le partage des espaces communs pourrait éventuellement contribuer à l’assimilation.

En les mettant dans une situation où les anglophones seront sûrement majoritaires, on les met [les élèves] dans une situation très précaire, où ça devient très difficile de ne pas parler l’anglais, surtout si la récréation, c’est à la même heure et des choses comme ça, dit-il.

Selon Kim Christianson, la direction des écoles NDC et Our Lady of the Cape est en train de réfléchir au partage d'espaces communs comme le gymnase et la cafétéria. Elle précise que l’École NDC évalue également la possibilité de repousser l'arrivée des autobus scolaires francophones.

Dans leur vie de tous les jours, dans la communauté, [les élèves] croisent toujours des gens qui parlent en anglais, rappelle le directeur de l’École NDC, David Vigneault. Il ne faut pas essayer de sonner l’alarme et de dire que c’est la fin.

David Vigneault, directeur de l'École Notre-Dame-du-Cap, en entrevue.David Vigneault, directeur de l'École Notre-Dame-du-Cap, rappelle que les élèves francophones sont exposés à l'anglais dans la vie de tous les jours. Photo : Radio-Canada / Marie-Isabelle Rochon

L’école va fonctionner en français, les jeunes vont parler en français. La seule différence c’est qu’à côté, il va y avoir des gens qui vont parler en anglais. Sur une base temporaire, c’est un mal nécessaire pour une meilleure solution, assure-t-il.

Déménagement rejeté en 2017

Ce n’est pas la première fois que le CSFP propose de déménager les élèves de l’École NDC dans l'édifice de l’école anglophone.

Une consultation menée en 2017 a soulevé la possibilité d’un déménagement permanent à l’école Our Lady of the Cape, mais la suggestion a été vivement critiquée par des parents qui craignaient déjà, à l'époque, l’assimilation. Le CSFP a finalement fait marche arrière.

Cette fois-ci, ce sont les parents qui ont suggéré le déménagement à l’école anglophone, tout en exigeant un retour dès que possible à l’École NDC.

Terre-Neuve-et-Labrador

Éducation