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Une grève étudiante générale est lancée pour la rémunération des stages

Au mois de novembre dernier, alors que les étudiants de plusieurs facultés de l'Université de Sherbrooke étaient en grève.

Au mois de novembre dernier, alors que les étudiants de plusieurs facultés de l'Université de Sherbrooke étaient en grève.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Isabelle Maltais

Près de 35 000 stagiaires et étudiants sont en grève cette semaine afin de réclamer que l'ensemble des stages étudiants, de la formation professionnelle à l'université, soient rémunérés au Québec.

Les débrayages ont lieu autant au collégial qu'à l'université, à Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières, Saint-Jérôme, Victoriaville, Québec et Montréal. Peu de cégeps montréalais ont toutefois voté pour la grève cette semaine, mais notamment le cégep Marie-Victorin et le cégep Ahuntsic.

Selon la Coalition montréalaise pour la rémunération des stages, la grève ne fait que commencer si le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne se range pas derrière les revendications des étudiants.

Les étudiants avaient aussi déclenché une grève l’automne dernier afin de réclamer « le plein salaire et des conditions de travail convenables ».

« À l’automne dernier, durant la semaine de grève de novembre, on a lancé un ultimatum au gouvernement : s’il ne s’engage pas dès l’hiver à rémunérer l’ensemble des stages, nous organiserons une grève générale. Nous mettons aujourd’hui à exécution cet ultimatum », a indiqué l’étudiante en enseignement Sandrine Boisjoli en conférence de presse.

Les étudiants s’attendent à ce que des mesures claires qui répondront à leurs demandes se retrouvent dans le budget du gouvernement Legault de jeudi. Ils menacent sinon de reconduire la grève jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause.

Si rien ne se trouve dans le budget ce jeudi, un mot d’ordre de reconduction va être lancé dans les assemblées générales qui auront lieu un peu partout le lendemain, donc vendredi 22 mars. Parce que s’il n’y a pas de salaire, il n’y aura pas de stagiaire non plus.

Sandrine Boisjoli

Dans ce dossier, ces étudiants affirment ne pas faire confiance au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, lequel « s'est contenté de multiplier les rencontres avec les délégués des regroupements étudiants nationaux et s'entête à catégoriser et hiérarchiser les stages ».

Ils disent toutefois vouloir « donner une dernière chance de dialogue au gouvernement ». Ils réclament donc une rencontre avec le ministre du Travail, « M. Jean Boulet », dans les prochains jours, « afin de rapidement trouver une issue au problème ».

« Roberge se moque de nos revendications. En n’obtenant pas de financement minimal pour la réforme à venir [un changement dans l'encadrement des stages promis par le ministre], ou bien il ne prend pas sa propre démarche au sérieux, ou bien c’est le Conseil des ministres qui se fiche de lui. M. Roberge n’est visiblement pas un interlocuteur qui pourra livrer la marchandise », a déclaré Sandrine Boisjoli.

Des manifestations sont prévues jeudi, jour de budget, à Québec et à Montréal.

Le manque d’équité en cause

Les étudiants semblaient en janvier bien disposés envers le ministre Roberge, après une rencontre qui avait eu lieu à huis clos entre lui et les associations étudiantes impliquées.

M. Roberge avait alors affirmé qu’il avait l’intention, au cours des prochains mois, de consulter les associations étudiantes, les directions d'établissements, les partenaires du marché du travail et les autres ministères concernés pour évaluer les différents scénarios pouvant mener à une meilleure rémunération des stages.

Il s’attendait à avoir un meilleur portrait de la situation en avril.

Les étudiants ne sont cependant pas satisfaits de leurs discussions avec le gouvernement.

« II y a eu trois rencontres avec des représentants du ministre. Ce qui en est sorti, c’est qu’il va catégoriser les stages. Il va sortir une typologie de 14 stages pour les différencier. On trouve ça aberrant, parce que, selon nous, ça va simplement expliquer pourquoi certains stages vont être compensés et d’autres ne le seront pas », a expliqué Sandrine Boisjoli.

Mme Boisjoli rejette également les propositions de « compensation » évoquées par le gouvernement. « On ne demande pas une compensation, on demande la rémunération de nos stages afin d’être protégés par le statut de travailleur », dit-elle.

Selon elle, sans statut de travailleur, les stagiaires n’ont pas de protection contre le harcèlement ou l’intimidation, ou contre un problème pouvant survenir au cours de l’exécution de leur stage.

Sandrine Boisjoli dénonce également le fait que les stages dans les métiers traditionnellement masculins sont beaucoup plus souvent rémunérés que les stages traditionnellement réservés aux femmes.

« En génie, en électronique, en informatique, en administration. Et ils reçoivent souvent une très bonne rémunération. Alors que les métiers traditionnellement féminins n’ont rien. En soins infirmiers, en travail social, en sexologie, en enseignement. On demande la même équité. Selon nous, ça va donner une valorisation de ces professions », pense-t-elle.

L’étudiante dit aussi trouver illogique la disparité qui existe entre les rémunérations des stages dans le privé ou le public.

« Les entreprises privées reçoivent des crédits d’impôt pour payer leurs stagiaires. C’est à peu près 41 millions que le gouvernement donne en crédits d’impôt et en subventions pour les entreprises privées, alors que c’est 22 ou 23 millions dans mon souvenir qu’ils donnent pour les stagiaires du parapublic », dit-elle.

Les étudiants en enseignement reçoivent 3900 $ pour leur quatrième et dernier stage. Cette somme est la même, que le stage dure 8 ou 15 semaines. Les stagiaires au doctorat en psychologie reçoivent également une certaine somme.

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