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Contrôle des armes à feu : le Canada invité à suivre l'exemple de la Nouvelle-Zélande

Un homme, la mine grave, regarde vers le sol.
Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec Photo: Radio-Canada
David Rémillard

Les militants réclamant plus de contrôle des armes à feu au Canada invitent Justin Trudeau à imiter son homologue néo-zélandaise, Jacinda Ardern, qui s'est engagée à présenter des mesures pour réformer la législation en la matière dans un délai de 10 jours après le double attentat dans des mosquées de Christchurch.

Mme Ardern a révélé lundi, trois jours après le massacre qui a coûté la vie à 50 personnes, que son cabinet était parvenu à un accord de principe pour durcir les lois encadrant la possession d'armes à feu en Nouvelle-Zélande.

Déjà, vendredi, dans les heures suivant la tragédie, elle s'engageait auprès des Néo-Zélandais à changer les lois sur le contrôle des armes au pays.

La rapidité d'action de Jacinda Ardern fait réagir au Canada, notamment à Québec.

Avant même l'annonce de la première ministre néo-zélandaise, Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), affirmait à Radio-Canada dimanche que le gouvernement néo-zélandais donnait une leçon à celui de Justin Trudeau.

« Un pays, quand il décide de prendre acte et de gérer un dossier qui s’appelle le contrôle des armes, il peut le faire », a-t-il dit, saluant le « leadership » et le « geste immédiat » de Jacinda Ardern.

Nous souhaitons que l’exemple de la Nouvelle-Zélande soit pris par le Canada.

Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec

Deux ans plus tard, toujours rien

Plus de deux ans après la fusillade qui a fait six morts à la grande mosquée de Québec, les lois canadiennes n'ont toujours pas changé, a-t-il déploré.

M. Benabdallah dénonce le temps que met le gouvernement canadien à adopter définitivement le projet de loi C-71, resserrant notamment la vérification des antécédents pour l'obtention d'un permis d'armes à feu. « On a tous les éléments. Légiférons », a-t-il tranché.

La loi a été déposée il y a un an et n'a pas encore franchi l'étape de la deuxième lecture au Sénat.

Armes d'assaut

Aux côtés de PolySeSouvient, Boufeldja Benabdallah milite pour l'interdiction des armes de poing et des armes d'assaut au Canada depuis la tuerie de Québec.

Une telle mesure est envisagée par la Nouvelle-Zélande, qui pourrait même racheter certaines armes récemment acquises. Au Canada, C-71 ne prévoit pas d'interdiction.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a proposé d'étudier la question à l'extérieur du cadre du projet de loi.

Son collègue Bill Blair, ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, lançait des consultations sur le sujet l'automne dernier.

« Ce n'est pas acceptable. Ce n’est pas d'hier qu’on a demandé ça. On a demandé ça pas longtemps après la tragédie [de la mosquée] », a insisté M. Benabdallah.

Les délais font aussi sourciller Heidi Rathjen, de PolySeSouvient. « On doute de la sincérité [du gouvernement] de réellement vouloir changer les choses », a-t-elle décoché, rappelant que le resserrement du contrôle des armes à feu était une promesse électorale des libéraux en 2015.

Une femme à la mine sérieuse semble écouter une question d'un journaliste lors d'un point de presse.Jacinda Ardern, la première ministre de la Nouvelle-Zélande Photo : Getty Images / Hagen Hopkins

Une priorité

À quelques mois de la prochaine campagne électorale, le gouvernement Trudeau est conscient qu'il doit faire vite.

« Notre priorité consiste à adopter le projet de loi C-71 ce printemps », a réagi dimanche Scott Bardsley, attaché de presse du ministre Ralph Goodale.

Sur une éventuelle interdiction des armes de poing et des armes d'assaut, un rapport sur les consultations de l'automne dernier pourrait être dévoilé prochainement.

Lorsqu'on lui a demandé si le Canada pourrait être influencé par la Nouvelle-Zélande, M. Bardsley a souligné que les règles seraient dictées en fonction de la réalité canadienne.

Pas les mêmes voisins

Francis Langlois, professeur d'histoire au cégep Trois-Rivières et expert de la question des armes à feu aux États-Unis et au Canada, n'est pas surpris d'entendre des voix s'élever par rapport à ce qui se passe en Nouvelle-Zélande.

Ça risque de mettre de la pression sur le Canada, dans la mesure où on a une législation qui est très similaire à celle de la Nouvelle-Zélande.

Francis Langlois

À l'instar du Canada – depuis la destruction du registre fédéral des armes à feu, en 2012 –, la Nouvelle-Zélande n'a aucune idée du nombre exact d'armes semi-automatiques légales sur son territoire, un problème évoqué dimanche par la mairesse de Christchurch.

Francis Langlois rappelle qu'une importante distinction existe cependant entre les deux pays : la Nouvelle-Zélande n'a pas les États-Unis comme voisin, mais plutôt l'Australie, où les règles de contrôle des armes à feu sont beaucoup plus strictes.

« Le marché noir [canadien] est alimenté par un voisin qui est très généreux », a souligné M. Langlois.

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