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analyse

Le PQ 2.0 : y a-t-il un marché?

Le 1er octobre, le Parti québécois a seulement élire 10 députés et recueilli 17,06 % des voix, son pire score depuis la vague qui a porté les péquistes au pouvoir pour la première fois en 1976.

Le 1er octobre 2018, le Parti québécois n'a fait élire que 10 députés et recueilli 17,06 % des voix, son pire score depuis la vague qui a porté les péquistes au pouvoir pour la première fois en 1976.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Michel C. Auger

Y a-t-il en encore un marché pour un Parti québécois 2.0 axé d'abord et avant tout sur l'indépendance? C'est pourtant la direction qu'encouragent les instances nationales du PQ pour reconstruire après la défaite du 1er octobre dernier.

À première vue, on pourrait dire qu’il y a, selon les sondages, entre 35 % et 40 % des Québécois qui se déclarent souverainistes. S’ils votaient tous pour le PQ, ce serait possible pour qu’une bonne campagne électorale les mène à une victoire.

Mais tous ceux qui se déclarent souverainistes ne sont plus au PQ. Il y en a un grand nombre à Québec solidaire qui se déclarent encore favorables à la souveraineté et un certain nombre à la Coalition avenir Québec, même si son chef y a renoncé, préférant « le pays réel au pays rêvé ».

En fait, la véritable question est : pour combien d’électeurs le fait de vouloir réaliser la souveraineté est-il le moteur de leur action citoyenne et de leur vote?

Consultons les conclusions d’un expert dont on ne peut pas croire qu’il ait quelque envie de sous-estimer l’appui au PQ.

Dans son dernier livre, Jean-François Lisée, en se fiant sur des sources diverses – dont la Boussole électorale de Radio-Canada – estime ce vote autour de 16 % ou 17 % des voix. Ce qui est, incidemment, le score du PQ aux élections du 1er octobre dernier.

À gauche, Jean-François Lisée, la mèche tombante, et le regard attentif, regarde à droite de l'image Pascal Bérubé, cheveux coiffés vers le haut, qui fait une moue dubitative.

Jean-François Lisée, ancien chef du Parti québécois, et Pascal Bérubé, chef intérimaire, lors d'une rencontre du parti, le 17 novembre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Un PQ qui ferait de l’indépendance la carte maîtresse de sa prochaine campagne électorale risquerait donc fort de se retrouver à peu près au même point que lors de la dernière fois.

Or, les élections ne sont pas comme les Jeux olympiques : l’important n’est pas de participer, c’est de gagner, et le PQ n’a pas gagné une élection avec la majorité des sièges et la majorité des voix depuis 1994, il y a un quart de siècle.

Programme de gouvernement

Un PQ 2.0 qui ne miserait que sur l’indépendance aurait donc bien du mal à se sortir de ses misères actuelles. Évidemment, une campagne électorale ne se joue pas que sur un seul sujet et le PQ devrait, bien évidemment, proposer aussi un programme de gouvernement. Mais lequel?

Et c’est bien plus là-dessus que sur la question de la souveraineté – qui fait, bien évidemment, l’unanimité – que va se jouer l’avenir du PQ.

Le plus grand défi sera de faire sa place alors que l’offre politique s’est beaucoup diversifiée depuis quelques années et qu’il va être plus difficile de trouver sa place.

Traditionnellement, les deux piliers du PQ ont été l’indépendance et la social-démocratie. Aux dernières élections, puisque l’indépendance n’était pas au menu, le PQ était plutôt identitaire et social-démocrate, mais les résultats ont démontré que cela était loin d’être une solution.

Les identitaires avaient l’option de voter pour la CAQ et les sociodémocrates, celle de voter pour QS.

Nombreux sont les péquistes qui, après l’élection, ont reproché à Jean-François Lisée d’avoir effectué un virage à gauche pour tenter de se rapprocher de QS.

Selon ce courant de pensée, le PQ doit aller chasser sur les territoires de la CAQ pour essayer de ramener un électorat souverainiste et plus à droite. C’était la politique de Pierre Karl Péladeau, le prédécesseur de M. Lisée, mais celui-ci n’avait jamais vraiment réussi à faire décoller le PQ dans les sondages pendant son règne.

Même les chefs les plus conservateurs du PQ savaient qu’ils devaient garder leurs électeurs progressistes. Lucien Bouchard a sans doute été le chef péquiste le plus conservateur, mais c’est sous son règne que le PQ a mis en place les deux seuls nouveaux programmes sociaux à être apparus au Canada au cours du dernier quart de siècle : les CPE et l’assurance-médicaments.

Tout cela pendant qu’il travaillait à atteindre le déficit zéro.

À la gauche du centre...

Bref, la dernière fois qu’un gouvernement péquiste a réussi à être réélu, il campait à la gauche du centre où il était à peu près seul.

Aujourd’hui, pour peu que Québec solidaire abandonne les reliquats marxistes de son programme — comme la propriété étatique des moyens de production – l’électorat de gauche ne serait plus l’apanage du PQ.

Quant à l’électorat plus conservateur, et aussi plus identitaire, il semble aujourd’hui se trouver fort à l’aise avec le gouvernement de la CAQ et il ne sera pas facile de l’en déloger.

De même pour le vote écologiste, M. Lisée avait beau dire que « voter bleu, c’est voter vert », il n’a jamais réussi à imposer le slogan.

D’autant qu’on avait vu le PQ promettre de « sortir le Québec du pétrole » en 2012, pour promettre d’en exploiter sur l’île d’Anticosti 18 mois plus tard.

Depuis, ce vote est allé à Québec solidaire, qui en a fait un élément essentiel de son action depuis l’élection. Enfin, on notera que, dans les sondages comme les résultats d’élections partielles, le vote pour le Parti vert est actuellement nettement en hausse.

Alors, quel est l’espace politique disponible pour le PQ 2.0? Chose certaine, ce n’est pas en mettant l’accent juste sur l’indépendance que l’avenir sera assuré.

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