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Le rôle caché des plages dans les émissions de gaz à effet de serre

Des installations sur la plage aux Îles-de-la-Madeleine.
Des travaux de recherche s'effectuent aux Îles-de-la-Madeleine. Photo: ISMER
Ariane Perron-Langlois

Certaines plages contribueraient à l'acidification des océans et à l'émission de gaz carbonique dans l'atmosphère, selon des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Ces travaux ont été menés par une dizaine de chercheurs dans la baie des Chaleurs et aux îles de la Madeleine depuis 2012.

Ils montrent que sous le sable de certaines plages se trouvent des paléosols, des sols anciens qui sont très riches en carbone, laissé par la décomposition des forêts qui s’y trouvaient jadis.

Lorsque les eaux douces souterraines passent à travers les paléosols, elles entraînent avec elles ce carbone jusqu'aux océans, explique Gwenaëlle Chaillou, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la géochimie des hydrogéosystèmes côtiers et professeure à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER).

Gwenaëlle Chaillou devant un laboratoire.Gwenaëlle Chaillou, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la géochimie des hydrogéosystèmes côtiers et professeure à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski Photo : Radio-Canada / François Gagnon

La chercheuse explique que le sable et les sédiments des plages laissent facilement passer ces eaux souterraines chargées de carbone, contrairement à des environnements côtiers formés de vase, par exemple.

Une fois à la mer, une partie du carbone est dissoute dans l'eau, ce qui contribue à l’acidification des océans, et l'autre se retrouve dans l'atmosphère sous forme de gaz carbonique.

Toutefois, ces forts apports de carbone ne se produisent pas dans toutes les plages, croit Gwenaëlle Chaillou.

Elle affirme que le phénomène est surtout présent dans la baie des Chaleurs, aux îles de la Madeleine et à l’Île-du-Prince-Édouard, là où les plages sont situées sur des paléosols et formées de sable. Ce serait moins le cas là où les plages sont construites sur du roc, comme celles du Bas-Saint-Laurent.

Des chercheurs travaillent sur leurs installations sur la plage aux îles de la Madeleine.Une dizaine de chercheurs ont mené des recherches dans la baie des Chaleurs et aux Îles de la Madeleine depuis 2012. Photo : ISMER

Un effet important

L’équipe de chercheurs soutient que l’apport en gaz carbonique par l'entremise des plages serait assez important pour être ajouté aux modèles sur le cycle du carbone.

Quand on fait les schémas globaux ou les prévisions à long terme vis à vis les changements climatiques par exemple, on ne prend pas en compte que le CO2 qui va être apporté par les eaux souterraines est aussi important que celui par les rivières. Parce qu'il est difficile à quantifier, parce qu'il est en dessous de nos pieds, qu'on ne le voit pas bien, explique Gwendoline Tommi-Morin, une finissante à la maîtrise en géographie à l'UQAR qui a consacré son mémoire au phénomène.

Gwendoline Tommi-Morin devant un comptoir de laboratoire.Gwendoline Tommi-Morin, finissante à la maîtrise en géographie à l'UQAR. Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Gwenaëlle Chaillou ajoute que le phénomène pourrait prendre de l'ampleur, parce que la hausse du niveau des océans risque de faire avancer la mer plus loin sur le continent, ce qui exposerait davantage de sols riches en carbone.

L'hypothèse, c'est qu’avec une augmentation du niveau marin, les plages vont reculer : c'est ce qu'on appelle l'érosion. Les plages vont empiéter de plus en plus sur des systèmes continentaux, et ce processus-là va permettre d'amener du carbone qui normalement n'aurait pas rejoint le système côtier, soutient Mme Chaillou.

Les travaux de ces chercheurs vont se poursuivre pour mieux comprendre ce que devient le carbone une fois arrivé à la mer : quelle proportion reste dans l’eau, et quelle partie se retrouve dans l’atmosphère.

Ils veulent aussi mettre en place une base de données pour déterminer si le phénomène est généralisé à l'échelle mondiale.

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