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Qu’est-ce qui tue les chevaux sauvages de l’île de Sable?

Des chevaux au galop
Les chevaux sauvages seraient arrivés à l'île de Sable au 18e siècle. Photo: Radio-Canada / Philip McLoughlin
Radio-Canada

Des chercheurs pratiquent des autopsies sur une espèce unique à l'île de Sable, au large de la Nouvelle-Écosse : les chevaux sauvages qu'on y trouve souffrent de l'ingestion du sable et de sous-nutrition, causée par la sécheresse de la végétation.

Peu de gens seraient ravis de découvrir le cadavre d’un cheval de l’île de Sable. C’est pourtant le cas de la professeure associée au département de microbiologie vétérinaire à l’Université de la Saskatchewan, Emily Jenkins.

Un cheval mort, c’est un mystère à résoudre, explique Mme Jenkins. Qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur? Qu’est-ce qui l’a tué? C’est un casse-tête scientifique.

C’est comme lâcher un enfant dans une confiserie, décrit la chercheuse. Elle en convient, sa réaction est « un peu étrange ».

J’étais très excitée de voir le premier poulain sur l’île en 2018. Les chevaux sont vraiment extraordinaires.

Emily Jenkins

Mme Jenkins fait partie d’une équipe de chercheurs qui se sont rendus à l’île de Sable au cours des deux dernières années pour trouver la cause de la mortalité des chevaux sauvages.

À 300 km d'Halifax, l’île de Sable est une bande sablonneuse de 42 kilomètres où vit une population de chevaux depuis le 18e siècle.

En foulant l’île pour la première fois en avril 2017, elle se croisait les doigts en espérant trouver des carcasses à examiner. La chance lui a souri. L’équipe a examiné 30 chevaux morts, un peu plus de la moitié des 50 chevaux qui ont péri cet hiver-là.

Une carcasse de cheval sur la plage.La compétition pour les pâturages et le sable sont deux facteurs de mortalité importants pour l'espèce. Photo : Radio-Canada / Gracieuseté : Emily Jenkins

Ces 50 bêtes représentent 10 % de la population de 500 chevaux, un pourcentage qui « n’est pas aberrant » dans la nature, précise Mme Jenkins. Mais ces chiffres sont élevés pour les standards de l’île de Sable. L’année suivante, la chercheuse n’en a étudié que cinq.

La dernière fois qu’un scientifique a étudié les chevaux dans une perspective vétérinaire remonte aux années 1970. Nous en savions vraiment très peu à propos de la mortalité des chevaux sur l’île.

L’étude de l’espèce est d’autant plus complexe qu’elle est protégée par les lois fédérales. Obtenir des spécimens morts est une véritable « chasse au trésor », explique Mme Jenkins. Une carcasse permet l’étude des organes, des os et des parasites internes.

Absence de végétation

La famine est un des principaux facteurs de mortalité, surtout pour les plus jeunes spécimens, dont le faible statut social fragilise l'accès au pâturage de qualité. Et la végétation s'assèche en juillet et en août.

« C’est complètement vert. Mais quand je pars, c’est tout brun. Il n’y a pas de végétation », relate Mme Jenkins. Le manque de fourrage se reflète dans l’ossature des animaux et le gras qui couvre leurs os.

Un poulainLes jeunes chevaux parviennent difficilement à accéder aux fourrages de qualité. Photo : Radio-Canada / Sarah Medill

Certains spécimens étudiés en autopsie en étaient à leurs dernières réserves de gras, avec moins de 6 % de matière grasse dans leur moelle osseuse.

Leur dentition est aussi affaiblie par le sable qu’ils ingèrent dans leur habitat naturel. Cette condition affecte la mastication et réduit l’absorption des nutriments.

Les nécropsies ont aussi permis de découvrir la bactérie qui cause la gourme du cheval. Le ver qui s’attaque aux poumons est surprenant, parce qu’il est habituellement associé à la présence d’ânes. Les échantillons fécaux examinés ont révélé une forte présence d’oeufs de parasites.

Je pense que si nos chevaux domestiques avaient un taux d’oeufs aussi élevé que les chevaux sauvages, ils tomberaient raide morts, croit la chercheuse.

Les parasites sur l’île de Sable n’ont jamais été exposés à des vermifuges. La génétique des chevaux et des parasites pourrait ouvrir des pistes pour contrer la résistance aux vermifuges chez les chevaux sauvages.

La mortalité des chevaux sauvages est le fruit de nombreux facteurs. La ténacité de l’espèce demeure remarquable, observe Emily Jenkins.

Avec les informations de Frances Willick de CBC

Nouvelle-Écosse

Biologie