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Où va le financement pour contrer la violence armée?

Une jeune femme devant un tableau blanc enseigne des notions portant sur la résolution de conflits.

Quelque 250 « pairs guérisseurs » seront formés et accrédités par l'entremise des cinq organismes partenaires de la Ville de Toronto, dont le centre St. Stephen's Community House.

Photo : Radio-Canada

Philippe de Montigny

Les trois ordres de gouvernement versent des millions de dollars pour s'attaquer au problème de la violence armée à Toronto, qui a connu un nombre record d'homicides l'an dernier. Mais où va cet argent? Radio-Canada s'est penchée sur la question.

En décembre dernier, le gouvernement fédéral a accordé 7,1 millions de dollars à Toronto pour aider la Ville Reine à lutter contre la violence armée et les gangs par l’entremise de solutions par et pour la communauté.

Sur ce montant, 6,76 millions de dollars, étalés sur une période de 5 ans, serviront à financer le Projet de guérison de la communauté, un programme de soutien par les pairs qui a pour but de former 250 jeunes mentors, et 400 000 $ sur 2 ans iront à la police de Toronto pour soutenir des activités de sensibilisation.

Malgré ces investissements, les fonctionnaires municipaux estiment qu’il faudra encore 26,2 millions de dollars pour s’attaquer au fléau des gangs et de la violence armée dans la Ville Reine de façon complète et durable.

Projet de guérison de la communauté

À présent, un peu plus de 250 000 $ ont été répartis entre cinq organismes, dont le centre communautaire St. Stephen’s Community House, situé dans le marché Kensington, à Toronto.

Ces partenaires, choisis par la Ville, offrent des formations à des dizaines de jeunes de milieux défavorisés pour qu’ils sachent notamment atténuer des conflits et offrir des soins de base en santé mentale. Ils seront ainsi accrédités en tant que pairs guérisseurs et travailleront avec des jeunes susceptibles de se joindre à des gangs et de participer à la violence.

Souvent, les jeunes n’iront pas voir les policiers, leurs enseignants ou leurs parents. Ils se confient à leurs pairs. Donc si on peut bien les outiller, ça permettra la guérison de nos communautés.

Bridget Sinclair, directrice des services communautaires, St. Stephen’s Community House
Bridget Sinclair, qui porte un foulard.

Bridget Sinclair, directrice des services communautaires du centre St. Stephen's Community House

Photo : Radio-Canada

Cinq organismes partenaires subventionnés par la Ville :

  • Agincourt Community Services Association (Scarborough)
  • Jane/Finch Community and Family Centre (North York)
  • Stella’s Place (centre-ville de Toronto)
  • St. Stephen’s Community House (centre-ville de Toronto)
  • Yorktown Family Services (North York)

Atheven Jeyakumaran, médiateur et formateur au centre St. Stephen’s, est souvent appelé à travailler dans le quartier où il a grandi, Jane et Finch, un secteur particulièrement touché par la violence armée.

Étant moi-même de cette communauté, je connais les frères, soeurs, tantes et oncles de ces jeunes, ce qui me permet de m’immiscer plus facilement dans leur vie, dit-il.

Selon lui, outiller de jeunes leaders pour qu’ils puissent intervenir dans des situations potentiellement explosives sera très bénéfique à long terme.

Deux jeunes adultes discutent dans un centre jeunesse.

Atheven Jeryakumaran (à gauche) dit « boucler la boucle » en oeuvrant auprès de jeunes du quartier Jane et Finch, où il a grandi.

Photo : Radio-Canada

Mme Sinclair affirme toutefois qu’il sera difficile de mesurer l’impact de ce programme, du moins avant quelques années. Ce n’est pas évident de savoir si on a détourné un jeune d’un possible recours à la violence, affirme la directrice des services communautaires du centre St. Stephen's.

Parfois, ce qu’un jeune a appris [grâce au programme], il s’en servira six mois plus tard. Et on le sait jamais, dit-elle.

Mieux outiller la police de Toronto

Ottawa verse aussi 400 000 $ sur 2 ans directement au Service de police de Toronto pour mobiliser plus d’agents dans 8 quartiers jugés prioritaires et pour lancer un projet pilote éducatif, Aptitudes de la vie pour réussir, le mois prochain.

Le fondateur de Think Don’t Shoot, Leo Barbe, travaillera auprès d’une quinzaine de jeunes dans chacune des communautés ciblées dans le cadre de ce projet pilote pour leur faire part d’aptitudes sur l’intelligence émotionnelle, la résolution de conflit et la santé mentale, entre autres.

Plutôt que de mettre ces jeunes en prison, on peut leur montrer un meilleur chemin, explique M. Barbe, qui a lui-même été victime d’une fusillade en 2007.

Âgé de 21 ans à l’époque, le jeune homme est passé par une ruelle, pensant prendre un raccourci, lorsqu’un adolescent armé lui a demandé son portefeuille. Le jeune Leo a tenté de repousser son attaquant, mais ce dernier a ouvert le feu et l’a laissé pour mort avec une blessure au dos et à l’estomac.

J’étais au mauvais endroit au mauvais moment. Un facteur m’a trouvé plusieurs heures plus tard. Je suis chanceux d’être toujours en vie. Ça m’a donné une nouvelle vocation.

Leo Barbe, fondateur, Think Don’t Shoot
Leo Barbe, qui porte une casquette noir et un cardigan gris

Leo Barbe, fondateur de l'organisme Think Don't Shoot

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

De son côté, le gouvernement ontarien a annoncé l’été dernier qu’il déboursera 25 millions de dollars sur 4 ans pour appuyer les enquêtes policières portant sur la violence armée et les gangs de rue.

Selon une porte-parole du Service de police de Toronto, Meaghan Gray, le corps policier a reçu 4,9 millions jusqu'à présent, ce qui appuie les enquêtes difficiles et dangereuses de son unité sur le crime organisé. L’an dernier, cette unité a été responsable de plus de 625 arrestations et 160 saisies d’armes à feu.

Le financement provincial permet notamment au Service de police de Toronto d’acquérir de nouvelles ressources technologiques pour aider le travail des enquêteurs et des agents de probation qui surveillent les criminels les plus violents libérés sous caution.

Près de 8 millions de dollars ont permis également de mettre sur pied des équipes d’intervention spéciales dans les palais de justice de l’Ontario ayant pour but de garder les auteurs de crimes violents commis avec des armes à feu en prison.

Nous avons fourni à la police et aux poursuivants les ressources dont ils ont besoin pour maintenir les criminels violents derrière les barreaux, a affirmé la procureure générale Caroline Mulroney lors d’une annonce de financement fédéral mardi pour contrer la violence armée.

Depuis leur création, ces équipes ont été impliquées dans plus de 150 audiences relatives à la mise en liberté sous caution, a-t-elle précisé.

Des mouvements citoyens réclament du financement

Certains leaders, comme ceux des mouvements One By One et Zero Gun Violence, qui travaillent déjà sur le terrain et qui forment des jeunes, doivent souvent financer leurs activités de leurs poches.

Plusieurs associations qui oeuvrent sur les premières lignes et qui font vraiment une différence ne voient jamais ces fonds.

Marcell Wilson, cofondateur du mouvement One By One

Le cofondateur du mouvement One By One soutient que les cinq organismes qui reçoivent des subventions devraient cesser de travailler en silos et collaborer avec ces initiatives citoyennes.

Ancien chef de gang, Marcell Wilson estime que son expérience lui permet de bien comprendre la réalité des jeunes et la tentation de se plonger dans le monde du crime organisé. Il dit que son approche, centrée sur l’individu, a déjà fait ses preuves.

Une femme avec une fillette dans ses bras et un homme se tiennent debout dans un centre communautaire.

L'ancien chef de gang Marcell Wilson (à droite) s'attaque à la violence armée à Toronto un jeune à la fois. Il a cofondé le mouvement One By One.

Photo : CBC

Lorsque j’étais plus jeune, il y avait beaucoup de violence. On entendait des coups de feu en dormant la nuit, il y avait des cambriolages, affirme Musfiqui Rahman, qui s’implique au sein du mouvement One By One depuis quelques mois.

Le jeune de 16 ans du quartier Regent Park veut être un modèle positif pour ses pairs. Il anime souvent des ateliers qui portent, par exemple, sur la résolution de conflit et les stéréotypes.

J’ai vu certains jeunes qui ne parlaient pas du tout lors de leurs premières rencontres, qui sont plus tard sortis de leur coquille, qui nous aident et qui deviennent de plus en plus impliqués.

Musfiqui Rahman, participant au mouvement One By One
Deux hommes et un adolescent assis autour d'une table sur laquelle on y trouve des collations.

D'anciens membres de gangs de rue du mouvement One By One s'unissent aux jeunes de quartiers violents pour discuter des solutions et développer des ateliers.

Photo : Radio-Canada

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