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Tire le coyote, le poète chanteur du Québec

Le groupe Tire le coyote au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Tire le coyote au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Radio-Canada

Cette dernière année, ce Québécois à la voix unique s'est particulièrement illustré, avec entre autres une tournée de salles combles et un dernier album qui lui a valu une nomination dans la catégorie « meilleur album francophone » aux Prix Juno.

Un texte de Catherine François

Les yeux pétillent d’intelligence et de malice, le sourire est timide sous la barbe à la mode hipster, la poignée de main est ferme et la voix est douce : Tire le coyote, alias Benoit Pinette, dégage la robustesse d’un jeune homme dans la trentaine en pleine forme, sportif, amoureux du plein air et de la nature, mais aussi une sorte de fragilité et une grande sensibilité.

La fragilité et la sensibilité d’un poète

Car c’est ce qu’il est d’abord et avant tout : un poète, un amoureux de la langue française, qui a un besoin viscéral d’écrire depuis tout jeune.

Je suis arrivé à la musique, à la chanson davantage par les mots, par le besoin d'écriture que par la musique en tant que telle. J’ai toujours été mélomane, mais autodidacte, soutient-il.

C’est vraiment ce désir d'écrire qui m'a amené à mettre mes textes en chansons et je dis souvent que c'est un paquet de petits accidents qui ont fait que je me suis rendu là, finalement.

Jeune, il faisait beaucoup de sports et se voyait dans une équipe professionnelle de baseball, mais sa passion de la poésie l’a amené à faire des études en littérature et puis à écrire.

Les mots et la poésie devraient se retrouver davantage partout dans notre société. La poésie ce ne sont pas juste les mots, c'est tout ce qui nous entoure

Tire le coyote, alias Benoit Pinette

Il déplore d’ailleurs que l’apprentissage du français au Québec ne se fasse que dans une perspective fonctionnelle, que l’on n’apprenne pas davantage aux enfants à jouer avec les mots et avec cette langue.

C’est ce qu’il fait avec plaisir quand il écrit ses chansons. Il joue avec les mots, il les fait danser sur sa guitare, il les fait chanter. Le poète chanteur s’inspire de tout ce qui touche à l’humain pour écrire ses chansons.

Avant de réussir à vivre de la musique, je travaillais dans le domaine social, donc j'ai côtoyé des gens qui ont eu un parcours plutôt atypique, difficile et ça m'a toujours intéressé de voir toute la psychologie des gens, de voir les gens réfléchir à leur existence et au monde dans lequel on vit, explique l’artiste.

Les grandes questions existentielles m'ont intéressé très tôt dans ma vie, j'ai toujours eu ce besoin de creuser pour mieux me comprendre et de mieux comprendre ce qu'on fait ici, finalement.

Ce père de deux garçons de 6 et 8 ans a, par exemple, été inspiré par sa paternité dans son dernier album, Désherbage.

Quand on devient parent, on a un retour sur notre propre enfance. Je me rends compte que je revis beaucoup de mon enfance à travers mes deux enfants, ça m’a beaucoup inspiré et ça m’a permis de faire le bilan de ma propre existence alors que je suis dans la trentaine.

En nomination aux prix Juno

Son cinquième album Désherbage était en lice pour le prix du « meilleur album francophone », qui a finalement été remporté par le rappeur Loud.

Il se dit heureux d'avoir été en nomination, mais il ne veut pas tomber dans le piège dans lequel tant d’autres artistes sont tombés, soit se mettre à faire de la musique pour plaire au plus grand nombre et remporter des prix.

Quand l'artiste commence à travailler en ayant en tête l'envie de plaire aux gens, tu perds ta créativité et ça, c'est un danger, un piège.

Les créateurs qui restent totalement libres toute leur vie sont plus rares, et pourtant ce sont ceux qui m'interpellent le plus, ceux pour qui j'ai le plus de respect. Je me méfie des buzz instantanés.

Tire le coyote

Dans une période où on consomme la culture à grande vitesse, les gens qui ont un parcours plus doux et plus lent, on ne les voit pas assez, ce ne sont pas ceux que l'on voit dans les premières pages dans les journaux. Je ne veux pas perdre mes repères.

Une voix unique qui le distingue

Oubliez les voix fluettes de certains chanteurs français ou graves et sensuelles d’autres artistes. La voix de Tire le coyote traine dans des aigus presque féminins. Cet homme n’a pas la voix de son physique et il sait que cette voix ne plait pas à tous.

Il ne s’en formalise pas, bien au contraire. On m'a souvent dit : au départ, je n'étais clairement pas certain d'aimer l'interprétation et au final, au fur et à mesure, après une 2e ou 3e écoute, j'ai complètement oublié qu'il y avait cette voix bizarre ou atypique.

Du moment que j'ai compris que ça pouvait être une manière de me distinguer des autres, j'ai préféré voir ça comme un avantage. Donc, soit on aime beaucoup, beaucoup, soit on déteste, mais ça me va, je suis tout à fait à l'aise avec ça et puis en général je préfère une œuvre d'art qui crée une émotion que l'indifférence

Tire le coyote

Et un public fidèle et conquis, Tire le coyote le possède. Ses spectacles affichent complet partout où il passe au Québec, où il est en tournée depuis plus d’un an.

Il a aussi séduit un public de professionnels qui l’a vu sur scène à Laval, dans l’ouest de la France, dans un festival dédié au monde de la scène. Une tournée dans l’Hexagone fait d’ailleurs partie de ses projets pour l’an prochain.

En attendant, Tire le coyote est en train de rôder un spectacle intimiste : seul sur scène avec son guitariste, entouré par le public. Un exercice exigeant, mais stimulant.

« J’avais cette envie-là de trouver une formule qui rende justice à l'essence même des chansons dans leur plus simple appareil, j’avais ce besoin d'aller me mettre en danger, de retrouver ce qui a fait que j'ai commencé à faire ça dans la vie ».

Influences musicales anglophones

Les influences musicales de Tire le coyote sont principalement anglophones. Le rock, le folk, le blues. C’est avec l’artiste Richard Desjardins, bien connu au Québec pour notamment son remarquable disque, au début des années 90 Tu m’aimes-tu?, qu’il découvre, à l’adolescence, la musique francophone.

« En fait, Tire le coyote, c'est ça, c'est un mix entre les influences littéraires comme Desjardins et les influences musicales beaucoup plus anglophones et américaines », précise l’artiste qui a choisi ce nom de scène plutôt particulier pour contraster avec sa musique plutôt lente et mélancolique.

« Pour moi c'était comme le titre d'un film western : Tire le coyote, on voit souvent des coyotes dans ces films-là, c'était pour moi une façon d'imager le style musical qui m'avait interpelé quand j'ai commencé à écrire des chansons ».

Il est intègre et authentique, Tire le coyote. Alors sa carrière, il la mène doucement, mais sûrement. Il va continuer à écrire des chansons, il a commencé à en écrire pour d’autres artistes et il travaille aussi sur un recueil de poésies.

« Je veux continuer à me mettre en danger, à essayer » conclut-il

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