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Silence, on tourne! La télédiffusion fait son entrée au Sénat

La chambre du Sénat. Photo: Sénat du Canada
Angie Bonenfant

En début de soirée, lundi, lorsque les travaux reprendront au Sénat, à 18 h, les membres de la Chambre haute vivront un moment historique. Pour la première fois depuis la création du Sénat, en 1867, les débats dans la Chambre rouge seront diffusés à la télévision.

Jusqu'à tout récemment, les délibérations à la Chambre haute n'étaient disponibles publiquement que par transmission audio. À titre comparatif, les travaux des élus à la Chambre des communes sont télédiffusés depuis octobre 1977.

Les caméras en Chambre marquent un véritable tournant alors que le Sénat est en pleine réforme, s’enthousiasme le président du Sénat, George Furey. Elles permettront aux sénateurs d’avoir une plus grande présence sur la scène publique.

La télédiffusion s’inscrit dans l’engagement du Sénat à être une institution moderne, ouverte et transparente.

George Furey, président du Sénat

Même s’il s’agit d’une première, l’heure ne sera pas aux grandes cérémonies ni aux allocutions spéciales lors de cette diffusion historique. Le président Furey dit que les sénateurs reprendront leurs travaux là où ils les avaient laissés avant le congé du mois de mars.

Il faut dire que les sénateurs ont beaucoup de pain sur la planche. Plusieurs projets de loi sont à l’étude en comité et attendent d’être renvoyés à la Chambre des communes. L’échéancier pour ce faire est très serré. Il ne reste que très peu de temps avant la fin de la session parlementaire et la dissolution du Parlement.

Neuf caméras

Les délibérations dans la Chambre haute seront filmées par sept caméras commandées à distance, en plus des deux caméras installées au plafond.

Cotes d'écoute

La plupart des sénateurs joints par Radio-Canada accueillent favorablement la présence des caméras, parce qu’elle permettra à un plus grand nombre de Canadiens de voir comment ça se passe au Sénat.

En revanche, les sénateurs ne se font pas d’illusions sur le nombre de Canadiens qui souhaiteront voir le Sénat à l’œuvre. On reconnaît que les travaux sénatoriaux peuvent être laborieux, peu accessibles et fastidieux.

On ne s’attend pas à des cotes d’écoute de téléromans!

La sénatrice Julie Miville-Dechêne

Vous savez que l’on peut parler très longtemps aux débats! Pour présenter un projet de loi, c’est 45 minutes! De mon point de vue, c’est trop long. On perd de l’intérêt, soulève la sénatrice Julie Miville-Dechêne.

À une ère de médias sociaux et de messages concis, j’espère que la télédiffusion va encourager les sénateurs à être plus directs ou plus synthétiques dans leurs débats, ajoute-t-elle.

D’autant plus que les questions de procédures sénatoriales sont déjà assez lourdes et compliquées, rappelle la sénatrice Raymonde Saint-Germain. Si les citoyens ne les comprennent pas, ils pourront difficilement suivre la progression des travaux.

Il faudra des efforts de vulgarisation accrus de la part de tous les sénateurs.

La sénatrice Raymonde Saint-Germain

Maintenant que l’on va être télédiffusé, il faut trouver une façon de moderniser nos règles pour que les gens comprennent mieux ce qui se passe dans l’enceinte du Sénat, soutient également le sénateur Dennis Dawson, qui souhaite des changements dans la procédure.

Si on ne veut pas que les gens changent de poste, il faudra que les délibérations soient intéressantes.

La nouvelle Chambre du Sénat. La nouvelle salle qui accueillera les sénateurs est munie de caméras en vue de la télédiffusion à venir des débats. Photo : Radio-Canada / Dereck Doherty

« Silence, on tourne! »

Le sénateur Dawson est l’un des rares à avoir siégé aux deux chambres. Il a vécu l'arrivée de la télédiffusion à la Chambre des communes, en 1977, et il se rappelle nettement un avant et un après.

M. Dawson est d’ailleurs le premier élu à avoir prononcé un discours devant les caméras dans la Chambre des communes.

Dans ce temps-là, les députés tapaient sur les bureaux, tap, tap, tap, tap, tap. Ça faisait de la très mauvaise télévision et du très mauvais son, raconte-t-il. Après un certain temps, ces députés ont bien compris que si on était pour filmer les propos d’un collègue, ce n’était pas en tapant sur les bureaux qu’on allait bien paraître.

Après la télédiffusion, il y a eu des changements de comportement majeurs [aux Communes].

Le sénateur Dennis Dawson

Plus les sénateurs prendront eux aussi conscience de la force de l’image, plus ils modifieront leur comportement, pense-t-il. Au point de mettre fin à la partisanerie?

Peut-être qu'à très court terme, la télédiffusion aura un impact, concède le sénateur André Pratte. Mais le naturel reviendra sans doute au galop!

Il ne faut pas oublier, non plus, qu’il s’agit d’une année électorale, rappelle avec justesse la sénatrice Josée Forest-Niesing. Les membres du parti de l’opposition pourraient vouloir démontrer aux membres de leur parti à quel point ils soutiennent le point de vue partisan.

L’important, poursuit le sénateur Pratte, c’est que nous parvenions à montrer aux Canadiens, qui n’ont pas une bonne impression du Sénat, qu’il s’y fait du travail sérieux.

C'est une question de transparence, soutient pour sa part la sénatrice Lucie Moncion.

Il y en a qui vont penser que le travail qu’on fait est complètement inutile et il y en a d’autres qui vont trouver que c’est extraordinaire.

La sénatrice Lucie Moncion

Selon elle, la télédiffusion va permettre aux citoyens de se faire une opinion du travail accompli par les sénateurs à la Chambre, sans filtre ni préjugé.

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale