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La mère d'une des présumées victimes de Josué Jean témoigne à son procès

Un homme portant un manteau et une tuque dans un corridor.

Josué Jean lors d'une précédente comparution au palais de justice de Montréal, en mars 2018.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Garon

Valérie-Micaela Bain

Lorsque la mère de la deuxième victime présumée de Josué Jean s'est présentée à la barre des témoins, dans le cadre du procès de ce dernier pour proxénétisme et traite de personnes, elle a affirmé que sa fille avait définitivement quitté la ville de Québec en 2003 pour s'installer à Montréal, tout en précisant qu'elle ne savait pas exactement ce que cette dernière avait fait au cours de l'année 2002.

« Quand elle est partie à Montréal, on a plus eu beaucoup de contacts. » Ce détail fourni par la mère ne concorde pas tout à fait avec le récit qu'a présenté sa fille lors de son témoignage, deux jours plus tôt. Celle-ci a plutôt raconté à la cour qu'elle avait définitivement quitté Québec au printemps 2002, peu de temps avant son 18e anniversaire.

Josué Jean fait face à 19 chefs d'accusations, dont proxénétisme, traite de personnes, voie de fait, séquestration et agression sexuelle. Interrogée par le procureur de la couronne Bruno Ménard, la deuxième présumée victime a affirmé que moins de 48 heures après sa rencontre avec l'accusé, en 2002, celui-ci avait réussi à la convaincre de devenir danseuse nue et de lui donner tous ses revenus pour lui permettre d'acheter des immeubles à logements.

Elle croyait qu'il était son amoureux, et il lui aurait dit qu'elle n'aurait pas à pratiquer ce métier très longtemps. La femme aujourd'hui âgée de 34 ans a ajouté qu'au fil du temps, il l'aurait contrainte à se prostituer, l'aurait battue en plus de la menacer de mort à de nombreuses reprises.

Une mère inquiète pour sa fille

En avril 2006, la jeune femme aurait régulièrement appelé sa mère à Québec pour lui dire qu'elle n'allait pas bien. « Elle avait l'air d'avoir des problèmes, mais elle ne m'en parlait pas », a dit la mère au tribunal.

La dame dit aussi avoir remarqué que sa fille avait changé depuis qu'elle vivait à Montréal, faisant référence à sa façon de s'habiller, au fait qu'elle avait beaucoup maigri, qu'elle avait l'air stressée et qu'elle était devenue blonde platine. « C'est peut-être un préjugé, ce que je vais vous dire; les danseuses s'habillent de manière spéciale. »

C'est en juin 2006 qu'elle se serait rendue à Montréal pour aider sa fille à redéménager à Québec. La mère de famille a expliqué qu'après quelques semaines, sa fille avait repris sa couleur naturelle de cheveux. « On aurait dit qu'elle retombait plus elle-même. »

Cependant, puisqu'elle n'avait pas de diplôme d'études secondaires, la présumée victime aurait décidé de continuer à danser dans certains bars de Québec jusqu'en 2009, mais sans grand enthousiasme; elle devait subvenir à ses besoins. « De plus en plus, ça [ne] lui tentait plus; elle y allait de reculons. » À cette période, sa mère dit l'avoir souvent soutenue financièrement.

Durant son témoignage, la présumée victime a raconté qu'elle s'était fait tatouer le surnom et le prénom de Josué Jean. Lorsque sa mère lui a posé des questions à ce sujet, elle n'aurait pas voulu lui fournir d'explications. « Ça me blesssait de la voir comme ça », a expliqué la mère.

En 2009, la jeune femme aurait quitté le milieu des bars de danseuses nues pour reprendre sa vie en main. Elle a fait une demande d'aide sociale et a complété son secondaire. Aujourd'hui, elle travaille dans le milieu de la santé.

Des demandes des avocats

Le procureur de la Couronne a présenté une demande de preuve de faits similaires au juge André Perreault. En utilisant certains aspects des témoignages des deux présumées victimes, le procureur souhaite donner plus de crédibilité aux témoignages des deux femmes, en démontrant que le présumé proxénète avait un modus operandi.

« Il leur faisait des suggestions sur la manière de s'habiller : avoir des cheveux blonds, avoir de plus gros seins », a-t-il décrit. Le procureur a aussi fait référence au fait que l'accusé aurait couvert les deux jeunes femmes de cadeaux en début de relation et qu'il les auraient amenées magasiner dans les mêmes boutiques.

Toutes deux se seraient fait tatouer à sa demande et elles auraient subi de la pression et de la violence conjugale de la part de Josué Jean. Les présumées victimes lui auraient aussi acheté des enjoliveurs de plusieurs milliers de dollars à sa demande.

Selon l'avocate de la défense, Isabelle Larouche, il n'est pas clair que tout cela était à l'initiative de l'accusé ni qu'il y ait un lien avec le proxénétisme. « Ça nous prend plus qu'un fait général [pour établir une preuve de faits similaires] », a dit Me Larouche.

L'avocate a aussi demandé qu'on abandonne les chefs d'accusations de séquestration et d'agression sexuelle concernant la première victime. Isabelle Larouche a soutenu que la première victime présumée à avoir témoigné lundi n'aurait, à l'époque, jamais tenté de repousser Josué Jean lorsqu'il lui aurait barré le chemin alors qu'elle souhaitait s'en aller.

De plus, selon l'avocate de la défense, la présumée victime n'aurait pas clairement exprimé son refus de consentir à une relation sexuelle avec l'accusé.

Le juge André Perreault rendra sa décision au sujet des demandes des avocats mardi.

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