•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le budget fédéral inclura de l'aide pour les producteurs laitiers

Des vaches qui se nourrissent.

Des vaches de la ferme laitière Geranik en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Louis Blouin

Radio-Canada a appris que le ministre des Finances, Bill Morneau, annoncera de nouvelles compensations pour les producteurs laitiers dans son budget de mardi. Les attentes sont élevées, alors que l'industrie laitière canadienne a été forcée de céder du terrain dans les trois derniers accords commerciaux signés par le gouvernement Trudeau.

Selon nos informations, Ottawa annoncera mardi de nouvelles sommes pour le secteur laitier. Une source s'exprimant sous le couvert de l'anonymat se limite à dire qu’il s’agit d’un engagement « chiffré ».

Impossible de savoir cependant quel accord commercial est visé. Les producteurs laitiers attendent toujours les dédommagements pour l'Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP). Ils réclament aussi une bonification de l'aide pour le traité de libre-échange conclu avec l'Europe ( AECG).

À cela, s'ajoute la compensation « pleine et entière » promise par les libéraux dans la foulée de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). Toutefois cette annonce risque d’attendre, considérant que le traité n’est pas en vigueur et n'a pas été ratifié par les parties.

Des producteurs inquiets

De nombreux producteurs espèrent que le budget de mardi mettra fin à l'incertitude.

« On a été sacrifiés », laisse tomber Jasmin Benoit, copropriétaire d'une ferme laitière dans l'Est ontarien. Ce commentaire résume le sentiment d'injustice qui persiste dans l'esprit de bien des producteurs, quatre mois après la signature de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

M. Benoit suivra avec attention le dépôt du budget du ministre des Finances Bill Morneau. Ses demandes sont claires : « Qu'on soit compensés à notre juste valeur. Équitablement, tout le monde. Pas seulement un certain groupe de producteurs ou un certain groupe de transformateurs. »

Même fermeté de la part de Bruno Letendre, le président des Producteurs de lait du Québec. « Justin Trudeau et [la ministre des Affaires étrangères] Chrystia Freeland nous ont garanti qu'il y aurait des compensations pleines et justes, ce n'est rien de moins qu'on attend de ce gouvernement », déclare-t-il.

Il faut que le gouvernement trouve un moyen de rassurer les producteurs, parce que là, ils ne le croient plus.

Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec.

Le regroupement évalue à près de 490 millions de dollars les pertes brutes annuelles qui seront engendrées au pays par le nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique. Il souhaite que l'aide promise par le gouvernement fédéral s'inscrive dans la durée.

Les représentants de l'industrie laitière canadienne ont fait connaître leurs demandes aux responsables du gouvernement fédéral lors d'une série de rencontres qui s'est achevée ces dernières semaines. Ils attendent maintenant la réponse d'Ottawa.

Une annonce faite dans le budget ajouterait un élément de prévisibilité pour les producteurs laitiers, selon M. Letendre, particulièrement à l'approche de l'élection. « On aimerait bien ça que le gouvernement prenne des décisions fermes [...] que ce ne soit pas seulement une promesse électorale », ajoute-t-il.

Le père de Jasmin Benoit, Gérald, qui a acheté la ferme familiale en 1970, en a vu d'autres. « Moi, j'aimerais autant que ça sorte avant les élections, parce qu'après, je ne suis pas sûr que ce sont de bonnes nouvelles », souligne-t-il.

Une attente pénible

Jasmin Benoit et son père Gérald nourrissant les vaches sur leur ferme de l'est de l'Ontario.

Jasmin Benoit et son père Gérald vont surveiller de près les annnonces prévues dans le budget fédéral de mardi.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

L'été dernier, Jasmin et Gérald Benoit ont effectué à leur ferme un agrandissement qui a coûté plusieurs millions, dans le village de Saint-Albert, dans l'est de l'Ontario. Quelques mois plus tard, les détails de l'ACEUM ont eu l'effet d'une douche froide sur eux.

Gérald ne peut s'empêcher de penser aux sommes engagées dans le projet d'expansion. « C'est un investissement qui se rentabilise sur 20 ans », rappelle le patriarche.

Leur production sert notamment à approvisionner la fromagerie Saint-Albert, très connue dans ce secteur de la province.

Jasmin veut assurer la pérennité de l'entreprise familiale, mais sa détermination est mise à rude épreuve. « Ça fait quelques années que je reconsidère », avoue celui qui tente de persévérer, malgré tout.

Tu marches dans l'incertitude, c'est difficile de bien dormir, de rester motivé.

Jasmin Benoit, copropriétaire de la ferme Geranik.

Son père se sent impuissant. « On est pris là-dedans. C'est politique, c'est très frustrant, parce que nous autres, on vit de l'agriculture. C'est une passion », fait-il valoir.

Pas d'échéancier clair d'Ottawa

La nouvelle ministre de l'Agriculture ne veut pas s'avancer, mais tente d'être rassurante.

« J'ai eu de bonnes discussions avec le ministre Morneau sur le sujet, mais on va le laisser finaliser le budget dans son ensemble et on va tous écouter ça avec beaucoup d'attention mardi prochain », explique Marie-Claude Bibeau, ministre fédérale de l'Agriculture.

J'ai très bien entendu le message des producteurs laitiers. On s'est engagés à les compenser et on va le faire.

Marie-Claude Bibeau, ministre fédérale de l'Agriculture.

La confiance des producteurs laitiers s'est érodée. Ils ont dû céder du terrain dans les trois derniers accords commerciaux signés par le Canada. Le nouveau traité commercial nord-américain, signé en novembre, ouvre une brèche de près de 4 % dans le marché canadien pour les produits américains.

L'entente prévoit aussi l'élimination de la classe 7 sur le lait diafiltré. Cette catégorie permettait au Canada d'abaisser les prix du lait diafiltré et ainsi encourager les transformateurs et les producteurs d'ici à choisir un produit canadien plutôt qu'américain.

Les exportations canadiennes de poudre de lait écrémé vers les États-Unis se trouvent aussi limitées. Des dispositions qui nuiront aux fermes laitières canadiennes, selon l'industrie.

Agriculture

Économie