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La solitude des candidats à l'immigration face aux temps d'attente des dossiers

Sur une carte représentant des pays d'Europe et d'Afrique, des personnages pensent au Canada.
Pour certains candidats à l'immigration au Canada, les délais d'attente pour obtenir la résidence permanente représentent une source de stress et un sentiment d'insécurité. Photo: Radio-Canada
Pierre Verrière

Plusieurs candidats à l'immigration au Canada font part de leur frustration face aux longs délais de traitement de leurs dossiers de demande de résidence permanente. Ils dénoncent notamment un manque de communication de la part d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Karim Belaïdi a beau vivre en Algérie, sa tête est déjà au Manitoba. Celui qui a déjà effectué une visite exploratoire à Winnipeg en mars 2017 ne sait pourtant pas quand il va pouvoir s'y installer.

Il explique avoir entamé ses démarches en septembre 2017 auprès d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) pour faire une demande de résidence permanente. Il indique qu'il a, auparavant, déjà été accepté par le Manitoba au titre de candidat des provinces.

Comme beaucoup de demandeurs, il a, depuis, l'impression que le temps s'est arrêté.

« Notre vie, on l'a mise en suspend », estime celui qui est technicien au sein de la compagnie aérienne nationale algérienne, Air Algérie.

Un homme pris en photo devant le pont Provencher à Winnipeg.Originaire d'Algérie, Karim Belaïdi, a déjà séjourné à Winnipeg lors d'une visite exploratorie. Il dit avoir entamé ses démarches en novembre 2017 pour obtenir sa résidence permanente. Photo : Soumise par Karim Belaïdi

« On ne cherche pas à avancer ici [en Algérie, NDLR], moi et ma femme avons de bons postes, mais nous n'essayons pas de percer en attendant la nouvelle vie qui nous attend. Nous avons décliné des propositions pour des formations, ce qui n'est pas bon pour nous. Et même une fois que nous recevrons notre visa, nous ne pourrons pas venir directement car nous avons des choses à régler ici, comme des préavis de trois mois minimum. »

En novembre 2018, Karim dit avoir passé la visite médicale obligatoire qui marque en général la dernière ligne droite du processus d'immigration auprès du gouvernement fédéral.

« Depuis, nous n'avons plus de nouvelles. Il n'y a aucune communication », lâche l'homme de 33 ans.

S'il y avait une communication, nous pourrions au moins nous préparer, or on ne peut rien préparer ni rien prévoir, on ne peut même pas gagner du temps.

Karim Belaïdi, candidat à l'immigration au Canada

« Mon lien avec [l'immigration], c'est un simple matricule »

Cette frustration, Karim, n'est pas le seul à la ressentir face à une bureaucratie parfois vue comme une barrière imperméable.

Makhlouf Chabane, un comptable de 40 ans, dit vivre la même chose. Originaire lui aussi d'Algérie, il attend sa visite médicale et ne comprend pas le silence de l'administration.

« Mon lien avec [Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada] c'est un simple matricule que j'ai reçu à la réception du dossier, c'est tout. Je n'ai reçu aucune notification d'avancement du dossier ou de prévision », explique M. Chabane.

Un homme portant un chandail orange et pose devant la mer,Makhlouf Chabane, un citoyen algérien, dit attendre des nouvelles de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), depuis plus d'un an. Photo : Soumise par Makhlouf Chabane

« Ce qui serait utile, ce serait d'avoir régulièrement un courriel nous donnant une estimation du temps que cela prendra pour prendre en charge notre dossier. Cela permettrait aux gens d'être plus sereins par rapport à leur projet d'immigration. »

Marjorie Grainville vit aussi dans l'attente du précieux sésame. Arrivée en 2015 au Manitoba en tant qu'étudiante, elle est depuis sous le régime d'un permis de travail qui lui permet d'avoir un emploi à Winnipeg.

« Depuis l'accusé de réception de ma demande le 2 juin 2018, je n'ai aucune nouvelle d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada », explique la jeune femme.

Une jeune femme porte les cheveux courts.Marjorie Grainville est arrivée en 2015 au Manitoba en tant qu'étudiante, elle est depuis sous le régime d'un permis de travail qui lui permet d'avoir un emploi à Winnipeg. Photo : Soumise par Marjorie Grainville

« Je trouve que c'est très long surtout que je suis déjà dans le pays, que j'y ai étudié, que j'y travaille et que j'y paye des impôts. Si j'avais plus de visibilité, je me sentirais plus libre, notamment dans mes projets », estime Marjorie Grainville, qui souhaite retourner aux études.

« Pas de nouvelle, bonne nouvelle »

Actuellement, selon le site web d'IRCC, la durée moyenne pour obtenir son statut de résident permanent après en avoir fait une demande est de 19 mois pour le fédéral.

Selon Arisnel Mésidor, consultant réglementé en immigration canadienne, il ne s'agit que d'une moyenne.

« Mes clients me demandent toutes les deux semaines s'il y a des nouvelles, je leur dis : "Pas de nouvelle, bonne nouvelle" », explique Arisnel Mésidor.

« Le département de l'immigration ne va pas répondre à des courriels de mise à jour de la part de requérants ou requérantes. Même nous, les professionnels de l'immigration, sommes dans le même cas », prévient-il.

Si nous n'entendons rien, c'est que dossier est en cours. Je dis à mes clients que je ne fais pas de demande de mise à jour avant trois ou six mois au-delà de la date moyenne, car si la moyenne est de 19 mois, les dossiers peuvent prendre beaucoup plus de temps.

Arisnel Mésidor, consultant réglementé en immigration canadienne

Dans un courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada assure que « toutes les demandes provenant du monde entier sont évaluées également et selon les mêmes critères ».

Le ministère souligne par ailleurs que la méthode de calcul des temps de traitement est la même pour tous les programmes d’immigration d’IRCC et que la préférence n’est pas donnée aux demandeurs en fonction du programme par lequel ils postulent ou de l’endroit d’où ils postulent.

Selon IRCC, les délais de traitement réels varient en fonction d'un certain nombre de facteurs, tels que le nombre de demandes reçues, les ressources d’un bureau, le temps que prend un demandeur pour répondre aux demandes d’information, la nécessité d’effectuer un examen médical ou une vérification de sécurité ou encore les différences relatives au service postal.

De leur côté, Karim, Makhlouf, Marjorie et bien d'autres dans leur cas ne perdent pas espoir d'obtenir, un jour, leur précieux sésame, pour poursuivre leur aventure canadienne.

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