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Fera-t-on un jour de la publicité pour vous inciter à acheter du cannabis?

Le cannabis
Comprendre la légalisation et ses effets
Notre perception du cannabis évoluera-t-elle avec la légalisation? (Archives) Photo: iStock
Julie Tremblay

Le cannabis est légal depuis maintenant cinq mois au Canada, mais près de la moitié des Québécois considèrent toujours qu'il est socialement inacceptable d'en consommer, selon l'Institut de la statistique du Québec. Or, à une certaine époque, la consommation d'alcool était elle aussi mal vue, une perception qui a changé du tout au tout, au fil du temps, ce qui pourrait arriver aussi avec le cannabis.

Il y a près de 100 ans, le gouvernement du Québec créait les premières succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ), connue autrefois sous l'appellation Commission des liqueurs.

La Société des alcools du Québec s'appelait à ses débuts la  Commission des liqueurs. Elle est devenue la Régie des alcools du Québec en 1961, puis la SAQ en 1971.La Société des alcools du Québec s'appelait à ses débuts la Commission des liqueurs. Elle est devenue la Régie des alcools du Québec en 1961, puis la SAQ en 1971. Photo : Courtoisie SAQ

Ces magasins étaient régis par des règles très strictes, qui ressemblent en plusieurs points à celles de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

C'était un comptoir, comme il y en a dans une caisse populaire par exemple et il n'y a aucun produit qui était visible, explique l'historien Gilles Laporte. La loi était très claire : un consommateur ne peut acheter que deux bouteilles de 26 onces par visite par jour. 

photo ancienne hommes derrière un comptoirLors de la création de la Commission des liqueurs, les produits étaient vendus derrière un comptoir. (1926) Photo : Courtoisie SAQ

Tout compte fait, on est en face d'un régime qui tolère l'alcool. Ça visait à l'époque à satisfaire les plus puritains, les prohibitionnistes, tout en satisfaisant un public qui voulait quand même garder un accès à l'alcool.

Gilles Laporte, historien

On observe un peu le même phénomène avec le cannabis. L'état l'a légalisé et en vend, mais interdit la publicité, présente les produits de façon sobre derrière un comptoir, et offre même la livraison confidentiellesur son site de vente en ligne.

Des étagères remplies de produits du cannabis.Les produits vendus par la SQDC se trouvent derrière un comptoir. Les consommateurs doivent obtenir l'aide d'un commis pour y avoir accès. (Archives) Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Vers une meilleure acceptation sociale du cannabis?

Cela a pris un demi-siècle après la légalisation de l'alcool pour que les Québécois puissent voir les produits alcoolisés et y avoir un accès direct en magasin.

Pour la première fois depuis un demi-siècle, les Québécois pouvaient voir le produit alcoolique avant de l'acheter [...] C'est passé très rapidement dans les usages et dès 1974, ç'a été généralisé et tous les magasins de la SAQ offrent le libre-service.

Gilles Laporte
Trois hommes devant des rayons remplis de bouteilles d'alcoolLe premier magasin libre-service de la SAQ a vu le jour à Sherbrooke, en 1970. Photo : Courtoisie SAQ

Cela ne risque pas d'arriver à court terme dans les SQDC, selon le chercheur à l'Institut universitaire sur les dépendances et professeur à l'Université de Montréal, Jean-Sébastien Fallu.

Je ne suis pas sûr qu'on va voir à très court terme des dégustations à la SQDC comme on en voit dans les SAQ, explique-t-il, mais je pense qu'à mesure que les moeurs évoluent, que l'opinion publique évolue, qu'on va pouvoir sentir les produits avant de les acheter.

On l'a vu aux États-Unis, l'appui à la légalisation augmente après la légalisation. [...] On s'attend à la même chose ici.

Jean-Sébastien Fallu, chercheur régulier, Institut universitaire sur les dépendances, CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal

Même s'il déplore que les fumeurs de marijuana soient stigmatisés dans l'opinion publique, M. Fallu craint qu'à long terme, l'effet contraire se produise, comme pour l'alcool.

Je crains qu'on banalise un peu et que nos gouvernements soient sensibles aux revenus qu'on peut en tirer, explique-t-il.

Fera-t-on la promotion du cannabis?

Dans les années 1990, soit plus de 70 ans après la création de la Commission des liqueurs, la Société des alcools du Québec a pris un virage plus commercial.

L'historien Gilles Laporte raconte qu'en l'espace d'un peu moins d'un siècle, l'alcool est passé d' un produit hautement sulfureux, pratiquement interdit, associé au diable et à la débauche, à un produit de consommation plus banal, dont on fait maintenant la promotion, ce qui laisse présager que cela pourrait être le cas aussi avec le cannabis.

L'entreprise MedMen a lancé une campagne de promotion aux États-Unis afin où elle tente de démontrer que les consommateurs de marijuana sont aussi des gens normaux et pas nécessairement des drogués.L'entreprise MedMen a lancé une campagne de promotion aux États-Unis afin où elle tente de démontrer que les consommateurs de marijuana sont aussi des gens normaux et pas nécessairement des drogués. Photo : MedMen

Aux États-Unis, des campagnes de publicité ont d'ailleurs commencé à apparaître, sept ans après que les premiers états ont légalisé la marijuana récréative.

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