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Les promesses de l'Hyperloop tiendront-elles la route?

Les capsules de l'Hyperloop voyageraient à une vitesse de plus de 1200 km/h dans des tubes ayant une pression atmosphérique très faible.

Les capsules de l'Hyperloop voyageraient à une vitesse de plus de 1200 km/h dans des tubes ayant une pression atmosphérique très faible.

Photo : TransPod

Richard Massicotte

La technologie de transport Hyperloop, qui permettra à terme de transporter des marchandises et des passagers à des vitesses terrestres jamais atteintes dans le civil, poursuit ses avancées. Trois entreprises en particulier sont au-devant de la scène et sont à l'étape des prototypes ou sur le point de l'être. Mais de leur propre aveu, de nombreux défis techniques restent à surmonter.

Hyperloop, cette technologie annoncée par l’entrepreneur controversé Elon Musk en 2013, a fait bien des progrès depuis ce temps. Ce mode de transport, qui permet à une capsule de se déplacer sur un minuscule coussin d’air à des vitesses tout juste en deçà du mur du son, pourrait permettre de relier Toronto et Montréal en moins d’une heure.

Depuis 2013, plusieurs entreprises se sont mises à la tâche, et on en est maintenant à l'étape des prototypes.

Parmi les nombreux défis techniques qui persistent figurent le débit des capsules (pods), leur vitesse et la pression, à la fois dans le tunnel et dans les gares.

Le freinage et la sécurité font aussi partie des enjeux. Car on doit pouvoir freiner, pour des raisons d’urgence notamment, et à de telles vitesses, il faut une technologie sûre. Elle est inexistante pour l’instant.

Un concept bien avancé, mais de multiples interrogations

Selon Nicolas Saunier, ingénieur et professeur au Département de génie civil à Polytechnique Montréal, l'aboutissement complet du ou des projets Hyperloop ne semble pas simple sur le plan technique.

« Amener les passagers, les faire entrer dans la capsule, faire le vide et la lancer pour la propulser à une vitesse de croisière et freiner à destination, pour faire tout ça et avant que ce mode de transport soit certifié et sécuritaire pour les passagers, le chemin sera encore assez long », juge-t-il.

Hyperloop

Un mode de transport futuriste qui entrerait en concurrence avec l'avion.

Photo : The Associated Press

Au sein de ce groupe d’entreprises dont les projets sont les plus avancés se trouve l'américaine Hyperloop Transportation Technologies (HTT), qui effectuera les premiers tests en avril dans un tunnel construit à Toulouse, en France. Actuellement d’une longueur de 320 m, cette piste fera à terme 1,5 km. Elle sera plus courte dans un premier temps, mais sa capsule, la Quintero One, d’une longueur de 32 m, est déjà prête depuis l’automne dernier, et sa taille restera la même.

Une telle capsule pourra accueillir jusqu’à une quarantaine de personnes. De premiers essais, sous vide, devraient avoir lieu ce printemps.

Une photo montrant la capsule Quintero One, une sorte de long tube métallique aux extrémités pointues.

La forme de la capsule Quintero One est comparée par ses créateurs à celle d'un avion auquel on aurait retiré les ailes.

Photo : Hyperloop Transportation Technologies

Une autre entreprise, Hyperloop One, aussi très avancée, dispose au Nevada d'une piste d'environ 500 m. Enfin, TransPod, dont le siège social est à Toronto, est en financement pour construire une piste d’une longueur de 3 km, mais à échelle réduite, à Droux, au nord de Limoges, en France.

À TransPod, l'analyste Maxime Lachaize reconnaît lui aussi les défis techniques qui restent. Répondant en partie aux critiques formulées récemment par un ingénieur français spécialiste du rail, François Lacôte, qui qualifiait l'Hyperloop de « formidable escroquerie technico-intellectuelle », Maxime Lachaize avoue que le freinage est un des défis majeurs qui se posent : « Bien sûr, il faudra en plus penser à un freinage magnétique, à un freinage physique, surtout en cas d’urgence. On pense notamment à un train d’atterrissage comparable à celui d’un avion. »

De plus, à ces vitesses, toutes sortes de phénomènes dits « exotiques » peuvent se produire, comme l’air qui devient chargé, « et donc, notre principal défi est que tous les systèmes fonctionnent normalement dans le vide », ajoute l’analyste de TransPod.

Pour ce qui est des systèmes d’air, il y aura des similitudes avec ce que font les avions, sauf que dans ce cas, l’air sera stocké dans la capsule. Le plein d’air frais se refera à la gare de destination.

Transport interurbain pour fret et passagers

Le débit des capsules qui vont circuler, par exemple, entre Québec et Montréal ou Montréal et Toronto pose aussi divers défis techniques. Car on parle de déplacer plusieurs milliers de passagers à l'heure, à raison d’un départ toutes les 40 secondes. Et de toute façon, il faut d'ailleurs qu'il y ait beaucoup de passagers pour rentabiliser ce système de transport. Donc, ça suppose qu'un grand nombre de ces capsules circulent en même temps, 2000 dans un sens et autant dans l’autre, ce qui n'est pas un mince défi technique, admet Maxime Lachaize de TransPod.

Un système de transport Hyperloop

L'entreprise torontoise TransPod veut relier Montréal et Ottawa en une dizaine de minutes grâce au développement d'un système de transport de capsules à haute vitesse.

Photo :  TransPod

Des échéanciers serrés, mais n’achetez pas tout de suite vos billets!

À TransPod, on s'attend à ce que la technologie soit prête, que tous les tests de fiabilité et de sécurité soient terminés, vers 2025 ou avant. La certification est bien évidemment un enjeu majeur, lance Maxime Lachaize. « Actuellement, nous travaillons avec Transport Canada et l’Union européenne pour avoir des normes communes à toutes les entreprises », dit-il.

Une première ligne serait envisageable vers 2030, croit-on à TransPod, un échéancier qui ressemble à ceux des autres entreprises engagées dans différents projets Hyperloop.

Reste à voir l’utilité de ce mode de transport, selon Nicolas Saunier, de Polytechnique : il se peut que les capsules Hyperloop soient des transports de niche, comparables à ce qu’étaient les vols en Concorde, ou alors qu’Hyperloop se compare au TGV. Du flou existe donc sur les tarifs pour l’usager.

Mais TransPod préfère plutôt comparer la capsule Hyperloop à un système de transport en commun, tel que le métro. Il faudra donc voir ce que sera l'avenir de cette technologie, et si elle passera le test du temps et du financement, aussi.

Le reportage de Richard Massicotte a été diffusé à l'émission Les années lumière, à ICI Radio-Canada Première.

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