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analyse

Beto O’Rourke, un vent de fraîcheur en politique américaine

Beto O'Rourke tient un micro dans une main et lève l'autre main vers le ciel
Beto O'Rourke, candidat à l'investiture démocrate Photo: AFP / Laura Buckman
Christian Latreille

Beto O'Rourke, de son vrai nom, Robert Francis O'Rourke, est un animal politique nouveau genre aux États-Unis. Cet homme de 46 ans a fait campagne, à l'automne, pour un siège de sénateur au Texas en minifourgonnette, en rouli-roulant, en filmant ses journées pour les médias sociaux et en improvisant ses discours.

Des milliers de personnes se sont ruées vers ses rassemblements. Des millions l’ont suivi sur Instagram, Facebook et Twitter. Lorsqu’on l’observe, Beto O’Rourke ne fait aucun effort pour être près des gens. Il s’adresse aux foules comme s’il faisait partie de la famille. Ces grands gestes, que lui reproche déjà le président Trump, semblent séduire les personnes venues l’entendre.

Ce style décontracté lui a presque permis de réussir l’impossible : ravir le siège de sénateur au républicain Ted Cruz, au Texas, lors des dernières élections de mi-mandat. Cette défaite par quelques dixièmes de point de pourcentage a été interprétée, surtout chez les démocrates, comme une victoire, du moins une victoire morale. Cet homme grand et élancé toujours en jeans a fait sensation en amassant 80 millions de dollars américains grâce à de petits dons.

Beto, comme les Américains l’appellent, fait déjà la une des grands magazines aux États-Unis comme Vanity Fair, qui lui consacre un portrait dans son numéro de mars. On le voit en première page près de sa camionnette sur une route de sable au Texas, avec ses enfants en train de jouer de la guitare, près de sa conjointe, Amy, avec qui il a annoncé, jeudi, sa candidature à l’investiture démocrate dans le confort de son salon à El Paso, une ville à la frontière du Mexique.

Beto O’Rourke rejoint ainsi 14 candidats démocrates déclarés qui sont déjà en campagne pour tenter de gagner l’investiture. Ce Texan va faire entre autres la lutte aux Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Kamala Harris, Cory Booker et à l’ancien vice-président Joe Biden, qui devrait aussi annoncer sa candidature sous peu. Beto pourrait injecter une bonne dose de fraîcheur sur la scène politique américaine.

Son charisme et sa popularité, surtout auprès des jeunes, seront-ils suffisants pour qu’il perce sur la scène nationale? Plusieurs se posent la question. Certains analystes considèrent que Beto O’Rourke devra ajouter de la substance à son message et développer davantage ses idées pour s’installer comme un candidat sérieux et crédible. Le site Politico s’interrogeait dernièrement à savoir à quelle enseigne il loge vraiment.

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Un candidat progressiste?

Est-il le candidat progressiste qui souhaite légaliser la marijuana et destituer Donald Trump ou est-il un centriste qui a déjà proposé de réduire les programmes sociaux aux États-Unis? Beto O’Rourke ne semble pas encore vouloir dire quel type de démocrate il est. « Je ne suis pas très fort sur les étiquettes », a-t-il répondu au journaliste de Politico, il y a une semaine.

Beto s’identifie davantage comme un politicien à l’écoute des gens plutôt qu’un doctrinaire. Il a remporté ses élections comme représentant du Texas à Washington à trois reprises en allant à la rencontre des électeurs. Nancy Pelosi a dit de lui, jeudi, qu’il était quelqu’un qui pouvait bâtir des ponts entre démocrates et républicains. Il est aussi pour l’immigration, qu’il ne voit pas comme un problème pour les États-Unis. Et ses positions en environnement visent à combattre les changements climatiques.

Beto O’Rourke promet de mener une campagne positive. Mais les démocrates ont-ils besoin, en ce moment, d’un candidat positif ou d’un chef combatif pour détrôner Donald Trump en 2020? L’un n’empêche pas l’autre, diront certains. Il a d’ailleurs déjà décoché quelques flèches à l’endroit du président.

La route sera longue pour remporter l’investiture démocrate et le chemin sera encore plus ardu pour espérer un jour s’installer à la Maison-Blanche. Perdre honorablement contre Ted Cruz est une chose et gagner de façon convaincante contre l’actuel président en est une autre.

Malgré toute sa candeur et la sympathie qu’il inspire, Beto O’Rourke a encore beaucoup à prouver pour démontrer qu’il a l’étoffe d’un vrai leader, aussi rafraîchissante soit sa présence.

Christian Latreille est correspondant à Washington

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