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Carnage dans deux mosquées de Nouvelle-Zélande : au moins 49 morts

Les explications de Sébastien Desrosiers
Radio-Canada

Au moins 49 personnes sont mortes et 48 autres ont été grièvement blessées dans des fusillades survenues dans deux mosquées de Nouvelle-Zélande remplies de fidèles pendant les prières du vendredi. « Il est désormais évident qu'il s'agit d'un attentat terroriste », a déclaré la première ministre Jacinda Ardern, parlant « d'un des jours les plus sombres de la Nouvelle-Zélande ».

Le massacre a eu lieu à Christchurch, deuxième ville de ce pays de 5 millions d'habitants. Un peu après 14 h, heure locale, des coups de feu ont été entendus dans deux mosquées. Les informations transmises par la police ne permettent pas d'établir si les attaques ont eu lieu de manière consécutive ou simultanée.

Quarante et une personnes ont été tuées dans la mosquée Al Noor, la plus importante de la ville, tandis que sept autres ont péri dans un lieu de culte de Linwood, en banlieue de Christchurch. La dernière victime est morte à l'hôpital. Plusieurs enfants figurent parmi les morts et les blessés, ont précisé les autorités.

Le suspect principal, considéré comme le tireur, est un Australien du nom de Brenton Tarrant. Il a publié un manifeste raciste sur Twitter juste avant de diffuser en direct sur Facebook Live une vidéo de l'attaque contre la mosquée Al Noor grâce à une caméra GoPro. Les autorités néo-zélandaises ont exhorté les internautes à ne pas partager cette vidéo et ont rappelé à ceux qui le feront qu'ils s'exposent à une peine de 10 ans de prison.

La vidéo a été retirée par la majorité des plateformes, dont YouTube, et le tireur a été arrêté quelques heures plus tard par la police néo-zélandaise.

« Trois autres personnes ont été appréhendées », a ajouté Mike Bush, commissaire de la police néo-zélandaise, lors d'une séance d'information vendredi soir. Une de ces personnes a depuis été relâchée, et les quatre personnes arrêtées n'étaient pas connues des autorités.

Un accusé vêtu d'une tunique est accompagné par des policiers.Le suspect dans la double fusillade survenue en Nouvelle-Zélande a comparu samedi devant un tribunal, où il n'a réclamé de libération sous caution. Photo : Reuters

Tarrant, qui est accusé de meurtre, a comparu devant la justice samedi, a indiqué la première ministre Jacinda Ardern lors d'une conférence de presse samedi matin (heure locale). Elle a précisé que l'accusé détenait un permis de port d'arme depuis novembre 2017 et qu'il avait en sa possession cinq armes à feu, dont deux semi-automatiques et deux fusils. ll n'avait pas de casier judiciaire en Nouvelle-Zélande ni en Australie, et il n'était sur aucun radar des services de surveillance.

Lors de sa comparution, l'accusé a écouté impassible le chef d'inculpation porté à son encontre. Il n'a pas demandé à bénéficier d'une libération sous caution et restera en prison jusqu'à sa prochaine comparution devant le tribunal, prévue le 5 avril.

« Je peux vous garantir que nos lois sur les armes vont changer », a affirmé la première ministre, tout en soulignant que plusieurs tentatives pour les changer n'avaient pas abouti d'abord en 2005, puis en 2012, et après une enquête en 2017.

Des ambulanciers montent une civière dans une ambulance.Des ambulanciers portent secours à une victime de la fusillade de la mosquée Al Noor, Photo : Reuters / Stringer .

Dans son manifeste anti-immigration, Tarrant explique les motivations de l'attaque. Intitulé Le Grand Remplacement, le document fait 73 pages. Le tireur y raconte qu'il est né en Australie dans une famille aux revenus modestes et qu'il a 28 ans. Les moments clés de sa radicalisation, écrit-il, ont été la défaite de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen à la présidentielle française de 2017 ainsi qu'une attaque au camion-bélier qui a fait cinq morts à Stockholm en avril 2017, dont une fillette de 11 ans.

Fait troublant, le tireur avait couvert ses armes de noms de personnes qui ont commis des tueries de masse, dont celui d'Alexandre Bissonnette, le tireur de la mosquée de Québec. Dans un communiqué publié vers midi, vendredi, les avocats de Bissonnette ont fait savoir que le jeune homme « ne cherche en aucun temps à être imité ni à servir de modèle à quiconque voudrait perpétrer un acte de violence ou voudrait suivre ses traces ».

Par respect pour les victimes et pour éviter de contribuer à la prolifération de tels gestes, Radio-Canada a choisi de ne pas diffuser la photo du tireur, de ses armes et des suspects arrêtés.

« C'était minutieusement planifié. Des explosifs artisanaux ont été trouvés et désamorcés », a résumé la première ministre Jacinda Ardern. L'armée néo-zélandaise, qui est venue en appui aux policiers, a fait exploser de manière préventive un des sacs suspects qui ont été saisis.

Nous avons été choisis parce que nous représentons la diversité, la gentillesse [et que nous] sommes un endroit pour les gens qui partagent ces valeurs. Je peux vous assurer que ces valeurs ne peuvent pas et ne pourront pas être ébranlées.

Jacinda Ardern, première ministre de la Nouvelle-Zélande

Toutes les mosquées du pays sont fermées jusqu'à nouvel ordre. Mme Ardern a mentionné que le niveau de menace pour la sécurité nationale en Nouvelle-Zélande est actuellement au deuxième échelon.

Des survivants racontent

Un homme parle au téléphone mobile assis sur un banc de parc.Un homme réagit au téléphone mobile à la suite de la fusillade qui a fait plusieurs blessés et victimes à Christchruch en Nouvelle-Zélande, le 15 mars 2019. Photo : Associated Press / Mark Baker

Sur les lieux des fusillades encombrés de véhicules d’urgence, des survivants traumatisés et des blessés ont été pris en charge sans délai par les ambulanciers et les policiers.

Il avait une grosse arme à feu [...] Il est arrivé et a commencé à tirer sur tout le monde.

Ahmad Al Mahmoud, survivant de la tuerie

« On s’est cachés derrière et sous les voitures. Les coups de feu n’arrêtaient pas. On a essayé de sauter par-dessus une barrière, on a vu une personne avec une balle dans le bras », relate un homme qui se trouvait dans le stationnement de la mosquée lorsque le tireur a ouvert le feu.

« Quand les tirs se sont arrêtés une première fois, je suis parti, mais un homme assis près du mur m’a dit de rester là, a raconté un témoin qui a échappé in extremis aux balles du tireur. Le tireur est revenu et il a abattu l’homme qui m’avait dit de rester. Je connaissais cet homme. »

Je priais : "Oh, s'il vous plaît mon Dieu, faites que le gars manque de balles."

Témoignage d’un survivant

Plusieurs personnes qui ont assisté à la scène se sont immédiatement portées au secours des victimes, dont une dame d'un certain âge qui a prodigué les premiers soins à un homme gravement blessé.

« L’homme à qui je faisais des compressions essayait d’appeler son épouse. […] J’ai 66 ans, je ne pensais jamais vivre une telle chose, pas en Nouvelle-Zélande », a-t-elle raconté en sanglots.

Elle a aussi souligné la présence d’esprit d’un automobiliste qui s’est arrêté pour charger trois blessés dans sa voiture afin de les conduire au plus vite à l’hôpital.

Les joueurs d’une équipe de cricket du Bangladesh qui se rendaient prier à la mosquée Al Noor lors que la fusillade a éclaté ont échappé de peu au carnage. Les joueurs et les entraîneurs ne se trouvaient en effet qu’à quelques mètres des lieux quand les premiers coups de feu ont retenti. L’équipe doit son salut à une conférence de presse qui s’était étirée plus longtemps que prévu à l'Hagley Oval.

La communauté musulmane de Nouvelle-Zélande ciblée

Ces trois hommes étaient dans la mosquée Al Noor, à Christchurch, lors de la fusillade. Ces trois hommes étaient dans la mosquée Al Noor, à Christchurch, lors de la fusillade. Photo : Reuters

On dénombre un peu plus de 46 000 musulmans en Nouvelle-Zélande, selon le dernier recensement de 2013, ce qui représente 1 % de la population. Le nombre de personnes se déclarant musulmanes a progressé de 28 % de 2006 à 2013, selon l'agence néo-zélandaise des statistiques. Environ un quart d'entre elles sont nées dans le pays.

En conférence de presse, la première ministre a dit que plusieurs personnes touchées par ces fusillades pourraient être des migrants ou des réfugiés. « Christchurch était le domicile des victimes. Elles ne sont pas nées ici, mais elles se sont établies à cet endroit et se sont engagées à y élever leurs familles », a-t-elle indiqué.

Mustafa Farouk, le président de l'association islamique de Nouvelle-Zélande, a souligné après l'attaque que la communauté musulmane s'était sentie jusque-là toujours en sécurité dans cet archipel isolé d'Océanie.

La communauté estimait que « nous vivions dans le pays le plus sûr du monde, nous n'aurions jamais pensé que quelque chose comme cela pouvait arriver », a-t-il dit à la télévision TVNZ.

« Les musulmans ont vécu en Nouvelle-Zélande pendant plus de 100 ans et rien ne nous est jamais arrivé de tel, donc ça ne changera pas notre sentiment » sur le pays, a-t-il insisté.

C'est le lieu le plus paisible, le plus charmant de la planète, et il va le rester », a assuré d'une voix calme à l'AFP un Palestinien qui a préféré garder l'anonymat, alors que les rues habituellement tranquilles de la ville étaient envahies par des patrouilles de police armées.

Un attentat condamné

Un homme couché sur une civière est monté à l'intérieur d'une ambulance.Des ambulanciers évacuent un homme blessé à l'extérieur de la mosquée de Christchurch. Photo : Associated Press / Mark Baker

Le premier ministre australien Scott Morrison a confirmé qu'un des suspects était originaire d'Australie et que la violence était celle d'un « terrorisme d'extrême droite violent », sans identifier l'auteur de l'attaque. « Nous sommes endeuillés, nous sommes sous le choc, nous sommes dégoûtés », a-t-il déclaré.

Vers 8 h 30, Justin Trudeau a publié un message sur Twitter. « Attaquer les gens pendant leur prière est horrifiant, et le Canada condamne vigoureusement les fusillades survenues aujourd'hui en Nouvelle-Zélande. Nos cœurs vont aux victimes et à leurs familles, et nous partageons le deuil des Néo-Zélandais et des musulmans du monde entier », a écrit le premier ministre du Canada.

Le premier ministre du Québec a aussi exprimé ses sympathies vendredi matin sur Twitter, où il a écrit : « Mes pensées accompagnent les proches des victimes de l'attaque de mosquées en Nouvelle-Zélande. »

Le Centre culturel islamique de Québec a indiqué suivre les événements « avec inquiétude ». En janvier 2017, Alexandre Bissonnette avait ouvert le feu sur des membres de cette mosquée de la ville de Québec, faisant six victimes.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a écrit sur son compte Twitter qu'il condamnait le geste fait dans les deux mosquées. « La liberté a été attaquée en Nouvelle-Zélande alors que des fidèles ont été la cible d’un acte de terreur horrible », a-t-il écrit.

Même son de cloche du côté du chef néo-démocrate Jagmeet Singh. « Mon coeur est avec les familles des victimes et tous ceux touchés par cet acte de terreur », a-t-il aussi écrit sur Twitter.

Avec les informations de Reuters et de l'Agence France-Presse

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