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  • Exclusif
  • Un chauffeur d'autobus aux comportements inquiétants à Lévis

    Un chauffeur d'autobus aux comportements inquiétants à Lévis
    Yannick Bergeron

    La Société de transport de Lévis (STL) doit réintégrer un chauffeur qui a tenu des propos « déplacés, sexistes et de mauvais goût » à l'endroit de jeunes passagères, en plus de leur porter des « regards insistants ».

    Une arbitre de grief vient de donner gain de cause à Jean-François Blouin, remplaçant son congédiement du mois de septembre 2017 par une suspension de six mois.

    Mais la direction de la STL n'entend pas en rester là. Elle demande maintenant à la Cour supérieure d'intervenir pour confirmer le congédiement du chauffeur.

    Un chauffeur d'autobus aux comportements inquiétants à Lévis

    « Bonjour ma beauté »

    « Allo, ma belle », « bonjour ma beauté ». Jean-François Blouin a une manière bien familière d'accueillir de jeunes passagères.

    Une première plainte à son sujet a été envoyée à la STL au début du mois de juillet 2017.

    La plaignante explique qu'elle a voulu quitter l'autobus par la porte arrière. « Non, non, je veux te voir de plus près », lui lance Blouin, selon le récit de la jeune femme dans une plainte envoyée par courriel.

    Selon l'employeur, une rencontre a eu lieu avec le chauffeur pour lui donner un avertissement dans les jours suivant l'incident rapporté.

    Or, à la fin juillet, deux autres passagères ont communiqué avec la STL pour se plaindre de ses agissements.

    L'une d'elles indique que Blouin avait un regard « étrange et insistant ». Elle se dit mal à l'aise avec ses commentaires inappropriés et déclare que, si elle devait se retrouver seule avec lui, elle débarquerait immédiatement, « peu importe l'arrêt ».

    L'autre plaignante s'est retrouvée seule avec le conducteur, dit-elle, mais n'a pu sortir par l'arrière de l'autobus puisque la porte est demeurée fermée.

    Quand elle interpelle Blouin à ce sujet, le chauffeur rétorque que « les belles jeunes filles comme vous, je les laisse sortir par l'avant ».

    Enquête d'une firme spécialisée

    Après avoir reçu trois plaintes, la direction a décidé d'ouvrir une enquête pour corroborer les propos des plaignantes.

    La STL a donc engagé une firme spécialisée, qui a utilisé une étudiante en technique policière pour monter dans l'autobus de Blouin.

    Se présentant comme une simple passagère, l'étudiante est accueillie par un « salut ma petite ».

    La jeune femme s'est assise non loin du chauffeur, qui a ajouté : « Une ravissante demoiselle à ma portée, alors ça va bien, tout est là, gente dame ».

    Arrêt prolongé

    En route, Blouin immobilise son véhicule pour aller dans un dépanneur.

    « Je te laisse à bord de ton carrosse royal », lui lance le chauffeur avant de quitter le véhicule.

    À son retour, selon l'aspirante policière, Blouin vient « jouer » avec la fenêtre près de son siège.

    Il fixe ensuite le plafond un certain temps jusqu'à ce que la passagère l'interpelle pour savoir quand il va reprendre la route.

    Je ne suis pas pressé. J'ai une belle madame, dans ce temps-là, c'est intéressant d'étirer la sauce

    Jean-François Blouin, à l'étudiante en technique policière

    Au moment où elle sort de l'autobus, il lui lance : « Tu débarques déjà? J'espère que ta soirée sera à la hauteur de ta beauté ».

    « Rebonjour ma beauté »

    Plus tard en soirée, l'aspirante policière remonte dans l'autobus de Blouin où elle est accueillie par une salutation familière et des compliments sur son parfum.

    Malgré l'insistance du chauffeur, elle s'assoit à l'arrière du véhicule.

    Comme pour les plaignantes avant elle, la porte arrière de l'autobus demeurera fermée lorsqu'elle va voudra sortir.

    Le chauffeur lui dira qu'il refuse « totalement qu'elle sorte par l'arrière ».

    Les quatre passagères abordées de la sorte par Blouin étaient âgées de 17, 20, 22 et 26 ans.

    Chauffeur mis devant les faits

    La direction des ressources humaines a rencontré Jean-François Blouin à son retour de vacances, à la fin du mois d'août 2017.

    Selon la requête de l'employeur, le chauffeur n'est pas encore au courant des nouvelles plaintes et de l'enquête et il banalise les événements survenus avec la première plaignante.

    « La cliente, c'est une crisse de folle. Si t'es pas capable de te faire complimenter... » lance Blouin.

    Alors qu'il est informé des autres plaintes, il choisit de quitter la rencontre, selon l'employeur.

    Harcèlement et séquestration

    La STL l'avise de son congédiement le 1er septembre.

    « Nous avons des motifs sérieux de croire qu'en commettant ces gestes et propos inappropriés, répétés et prémédités, vous avez ainsi commis l'acte de harcèlement criminel », peut-on lire dans son avis de congédiement.

    Le fait d'obliger des passagères de sortir par l'avant, contre leur gré, représente aussi, selon la STL, « une infraction criminelle de séquestration ou d'intimidation ».

    Selon la Société de transport de Lévis, le lien de confiance avec l'employé est rompu.

    Arbitrage

    Son syndicat conteste le congédiement, le qualifiant d'injustifié, d'abusif et d'illégal.

    L'arbitre de grief donnera raison à l'employé en ne considérant pas que ses gestes sont de nature criminelle et qu'il mérite son renvoi.

    Me Nathalie Massicotte croit aussi que la STL n'a pas démontré le bris du lien de confiance avec le chauffeur, en attendant notamment quelques semaines avant de le suspendre après avoir reçu les plaintes et fait enquête.

    Me Massicotte retient que le chauffeur a reconnu ses torts devant elle et s'est montré repentant.

    L'homme qui a témoigné devant moi est réhabilitable.

    Me Nathalie Massicotte, arbitre de grief

    Dans sa requête en révision judiciaire, la direction de la Société de transport de Lévis reproche à Me Massicotte d'avoir accepté une preuve illégale. Elle ne devait examiner la décision de l'employeur qu'avec les faits connus au moment où il a décidé du congédiement, estime la STL.

    Selon le transporteur, l'arbitre a excédé sa compétence et rendu une décision déraisonnable en imposant une suspension de six mois.

    Malgré cette décision, la STL n'a pas l'intention de réintégrer Jean-François Blouin en attendant que la Cour supérieure entende sa demande de révision judiciaire.

    Québec

    Justice et faits divers