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Inquiétudes et malaise à Renton, où l'on assemble le Boeing 737 MAX

Le reportage de Valérie Gamache
Valérie Gamache

Les travailleurs ont beau s'affairer 24 heures sur 24 sur la piste d'essai de l'usine de Boeing à Renton, il n'en demeure pas moins que les 737 MAX 8 qui y sont assemblés resteront cloués au sol, à tout le moins pendant plusieurs semaines. Les citoyens de cette petite ville en banlieue de Seattle craignent vivement les répercussions de cette interdiction de vol.

Derrière cette imposante usine, qui s’étend sur plus de 100 000 mètres carrés, il y a une sorte de belvédère qui offre un point de vue unique sur la production du 737 MAX 8. C’est là que se réunissent les amateurs d’aviation.

Ces jours-ci, cet endroit est toutefois devenu le lieu de rassemblement de citoyens inquiets.

« Je viens ici habituellement pour photographier le premier vol des appareils fraîchement sortis des hangars, mais aujourd’hui, je suis ici pour les regarder être cloués au sol », raconte Vic Owings.

Ambiance funeste à l'usine

Les employés, qui tirent normalement leur fierté du 737 MAX 8, ressentent un malaise à confier leurs appréhensions. « Il y a beaucoup de noirceur à l’intérieur de l’usine », affirme Andrew McIntosh, journaliste en économie au Puget Sound Business Journal de Seattle.

Personne ne veut construire d’avion qui va causer de tragédies.

Andrew McIntosh, journaliste en économie au « Puget Sound Business Journal » de Seattle

Pour ces travailleurs aussi, il y a beaucoup de questions sans réponse. « Ils se demandent s’ils auraient pu faire mieux », confie Peter Lemme, ancien ingénieur de Boeing.

L'avionneur est le plus important employeur privé de l’État de Washington. Les 12 000 travailleurs de l’usine de Renton représentent 10 % de la population de la municipalité.

L’économie de la ville tourne autour de l’entreprise. Ceux qui n’y travaillent pas directement travaillent souvent pour des sous-traitants. Et les commerces et les restaurants profitent de ces retombées économiques.

Des appareils 737 MAX sont posé sur un tarmac.Boeing avait prévu assembler 57 appareils tous les mois à son usine de Renton. Photo : Reuters / David Ryder

« Qu’est-ce qui va se passer avec la ligne de production et les fournisseurs », se demande Richard Landry, qui a travaillé pendant 17 ans pour Boeing. Il croit qu’il y aura des pertes d’emplois à court terme.

« Il y aura de grandes répercussions, et quand je dis à court terme, je parle de la prochaine année », précise le retraité.

Une zone de turbulences à traverser

Boeing a misé gros sur son usine de Renton : 57 appareils doivent y être assemblés chaque mois. La firme de notation Moody’s estime que la marge de profit pour un seul 737 MAX 8 est de 12 à 15 millions de dollars américains, ce qui entraîne des retombées mensuelles totales allant de 685 à 850 millions pour l'entreprise.

Pour Boeing, le 737 MAX 8 est plus qu’une fierté, c’est le quart des profits de la compagnie et le générateur d’argent liquide pour payer les factures.

Andrew McIntosh, journaliste en économie au « Puget Sound Business Journal » de Seattle

Boeing traverse donc une importante zone de turbulences, mais tous à Renton croient que l'avionneur sera capable de poursuivre sa trajectoire. « Dans un mois déjà, le ciel sera beaucoup plus clair pour Boeing », croit l'ancien ingénieur Peter Lemme.

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