•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Témoignage émotif au procès du présumé proxénète Josué Jean

Un homme tient un cahier devant son visage dans un couloir de palais de justice.
Le présumé proxénète montréalais Josué Jean est notamment accusé de traite de personne et d'agression sexuelle. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

La deuxième présumée victime de Josué Jean a terminé son témoignage au palais de justice de Montréal jeudi après-midi. L'homme de 41 ans fait face à 19 chefs d'accusation, dont proxénétisme, traite de personne, agression sexuelle, voies de fait et introduction par effraction.

Un texte de Valérie-Micaela Bain

Lors de son interrogatoire qui s’est déroulé mercredi, la jeune femme aujourd’hui âgée de 34 ans a expliqué qu’il lui aurait fallu moins de 48 heures pour tomber sous le joug de l’accusé en 2002. La jeune femme a témoigné avec aplomb, la voix parfois brisée par l’émotion.

Leur rencontre aurait eu lieu à Montréal, peu de temps avant que cette dernière n’atteigne l’âge de la majorité. Originaire de Québec, elle a affirmé être venue faire la fête dans la métropole avec une amie et c’est par l’entremise de celle-ci qu’elle aurait fait la connaissance de Josué Jean.

D'amoureux à proxénète

À leur première rencontre, ils seraient allés boire un verre dans un bar. Dès le lendemain, la victime dit avoir emménagé avec l’accusé et son frère dans le quartier Rivière-des-Prairies. Un jour plus tard, Josué Jean aurait amené la présumée victime dans un bar de danseuses nues pour l’inciter à y travailler.

Se décrivant comme une adolescente en carence, elle a dit avoir cru Josué Jean lorsqu’il lui aurait déclaré qu’il voulait former un couple avec elle; elle a cru qu’il était son amoureux. « Dès que quelqu’un me donnait de l’attention, j’allais chercher cette attention », a-t-elle affirmé. Cette dernière dit avoir été naïve.

Josué Jean lui aurait dit que, grâce à ses revenus de danseuse nue, il pourrait acheter des immeubles à logements tout en lui promettant qu’un jour elle n’aurait plus jamais à travailler.

Le lendemain, elle dansait au bar Solid Gold. Sa première soirée lui aurait rapporté 1800 $, une somme qu’elle dit avoir remise à Josué Jean. Elle affirme que les premiers temps avec lui ont été marqués par le lavage de cerveau qu’il lui aurait fait pour ancrer les rôles de dominant et de dominée de la relation. « Une fille comme moi, ça ne prenait pas grand-chose pour remplir ça », a-t-elle affirmé au juge André Perreault.

Coups et menaces

Leur lune de miel n’aurait duré que quelques mois. Rapidement, il aurait commencé à la battre lorsqu’elle ne rapportait pas assez d’argent, lorsqu’elle ne voulait pas travailler ou lorsqu’elle discutait trop avec les autres danseuses. La présumée victime affirme que Josué Jean l’a menacée à plusieurs reprises avec une arme à feu, en plus de menacer de tuer sa mère.

La femme de 34 ans estime lui avoir donné en moyenne 10 000 $ par semaine. Elle a raconté avoir travaillé de 6 à 7 jours par semaine, très souvent 12 heures par jour.

Moins d’un an après ses débuts au Solid Gold, elle s'est retrouvée dans divers bars plus payants où les danseuses se prostituaient. Elle aurait aussi travaillé en Ontario et aux États-Unis, en plus d'être escorte pendant un mois.

L’argent gagné aurait permis à Josué Jean de s’acheter deux véhicules de luxe, des vêtements et des bijoux, en plus de payer ses dépenses de base comme la nourriture et le loyer. La présumée victime affirme n’avoir jamais eu plus de 20 $ en poche, de l'argent qui servait à aller au salon de bronzage.

Marquer son bétail

La présumée victime a affirmé que Josué Jean était un manipulateur qui lui aurait fait changer son apparence pour être danseuse nue : des séances au salon de bronzage aux faux ongles, en passant par le changement de couleur de ses cheveux, du noir au blond platine.

Elle se serait aussi fait tatouer le surnom de l’accusé, « Polo », ainsi que son prénom, « Josué », à sa demande. Selon elle, il s’agit d’une façon pour les proxénètes de traiter les danseuses comme du bétail. « Quand tu marques ton bétail, tu sais lequel est à toi », a-t-elle dit.

En 2006, elle a fini par quitter Josué Jean avec l’aide de sa mère adoptive, qui l'a ramenée à Québec.

L’avocate de l’accusé, Isabelle Larouche, a soulevé les différentes contradictions de dates dans le témoignage de la présumée victime quant à savoir en quelle année elle aurait entamé sa relation avec l’accusé et le moment où elle est entrée dans un bar de danseuses nues pour la première fois.

Me Larouche a aussi interrogé la jeune femme sur son implication dans la prise de certaines décisions.

La cour entendra vendredi le témoignage de la mère de la deuxième victime.

Grand Montréal

Procès et poursuites