•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des fonctionnaires ontariens s'inquiètent de la chasse intensive du cormoran à aigrettes

Un cormoran à aigrettes avec un poisson dans son bec.
Un cormoran à aigrettes a attrapé un poisson-chat à queue d'anguille. Photo: Getty Images
Radio-Canada

Plusieurs fonctionnaires du ministère des Richesses naturelles et des Forêts (MRNF) ont soulevé des inquiétudes quant à la volonté du gouvernement ontarien de lancer une chasse intensive du cormoran à aigrettes, selon des documents internes obtenus par CBC.

Le ministère examine actuellement plusieurs options. La plus intensive d'entre elles prévoit 292 jours de chasse, du 15 mars jusqu’au 31 décembre. Les chasseurs seraient aussi autorisés à abattre 50 cormorans à aigrettes par jour.

Depuis l’automne, des consultations publiques ont été menées par le gouvernement dans ce dossier. Les fonctionnaires du ministère n’ont pas été autorisés à s’exprimer publiquement lors des consultations, mais des documents obtenus en vertu de la loi d'accès à l'information révèlent qu'ils sont nombreux à avoir remis le projet en question, dont sa limite de 50 oiseaux abattus par jour.

Dans un rapport, un employé du ministère redoute que certaines colonies de cormorans soient complètement décimées en raison du quota envisagé. Avec la limite proposée de 50 cormorans par jour et une saison d'une durée de 291 jours, un seul chasseur pourrait abattre jusqu'à 14 550 [oiseaux] durant la saison, prévient-il.

Dans une note de breffage destinée au ministre le 2 octobre dernier, le sous-ministre Bill Thorton note pour sa part que la chasse pourrait mener à un déclin rapide du nombre de cormorans et met en garde contre les conséquences néfastes d'un tel déclin sur le reste de l'écosystème.

Il a recommandé de faire l’inventaire de la population de cormorans avant d’ouvrir la saison de chasse sans cela, il n’y aura aucun moyen [d'en] mesurer l’impact. La suggestion a été mise de côté par le gouvernement.

Des risques pour la population d'oiseaux

Annie Belair, membre du Club des naturalistes d’Ottawa, fait écho aux préoccupations soulevées par les fonctionnaires.

Quand on pense qu'on estime qu'il y a à peu près 2 millions de cormorans à aigrettes en Ontario, ça prendrait 138 chasseurs pour éliminer la population complète [de la province], fait-elle remarquer .

Outre la quantité d'oiseaux marins qui pourraient être abattus, Mme Belair déplore la durée de la période de chasse.

On propose une saison de chasse [...] qui est énorme. Il n'y a aucun autre oiseau ou mammifère qui est chassé pendant autant de jours de l'année.

Annie Belair, membre du Club des naturalistes d’Ottawa

Le Club des naturalistes d’Ottawa regrette aussi que la chasse puisse avoir lieu en pleine période de reproduction, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur les hérons et les goélands qui nichent dans le même environnement.

Aucune donnée scientifique

La population de cormorans à aigrettes a décliné dans les années 50 et 70, mais elle est depuis en augmentation. Si les oiseaux se trouvaient alors essentiellement autour des Grands Lacs, ils sont désormais présents dans toute la province.

Le gouvernement justifie son intention d'autoriser la chasse intensive en invoquant les préoccupations des propriétaires de terrain et des pêcheurs commerciaux.

Les déjections très acides de l'oiseau endommageraient les forêts et les littoraux. Puisqu'il se nourrit de poissons, le cormoran est également montré du doigt par l'industrie de la pêche pour la diminution des populations de perchaudes, notamment.

Or, rien ne démontre qu'une chasse intensive réglerait ce problème, selon des fonctionnaires.

L'idée qu'une chasse ouverte aux cormorans permettrait d'améliorer la pêche récréative ou commerciale n'est pas appuyée par la science, a écrit un des auteurs du rapport cité plus haut, ajoutant qu'une telle prétention mine l'intégrité du ministère

Risques pour la sécurité

Dans le même document, des fonctionnaires avertissent le gouvernement des risques posés à la sécurité du public, rappelant que les colonies de cormorans sont situées sur des lacs utilisés majoritairement à des fins récréatives.

Cela pourrait créer un conflit entre les chasseurs qui peuvent tirer des cormorans sur les lacs et les îles au milieu de l'été, et les gens en bateau, est-il écrit dans le rapport.

Dans le mémoire qu'elle a adressé au gouvernement au moment des consultations, la Federation of Ontario Cottagers’ Association (FOCA) avait fait part de craintes similaires en lien avec les résidents des zones rurales.

Une saison de chasse pendant les périodes occupées, du printemps jusqu’à l’automne, pose un grand risque pour le public. La possibilité de chasser les oiseaux à partir d’un bateau au milieu du lac accroît les risques pour les résidents ruraux, les plaisanciers et autres villégiateurs, peut-on lire dans le mémoire de la fédération.

Amendement requis

Les consultations publiques se sont terminées en janvier. Pour le moment, le ministère n'a toujours pas confirmé que la chasse serait ouverte le 15 mars.

Nous sommes en train de réviser tous les commentaires que nous avons reçus avant de prendre une décision.

Jolanta Kowalski, porte-parole du MRNF, par courriel

Pour changer le statut de l'oiseau et le mettre dans la catégorie des gibiers, le ministère ontarien devra adopter un amendement, car l'absence de cet amendement contreviendrait au principe même de la chasse. Un principe qui est aussi appliqué au Québec.

Biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Olivier Cameron-Trudel précise que pour autoriser une chasse, il faut un but précis.

Avant d'autoriser ou d'ouvrir une chasse, toutes espèces confondues, il faut démontrer qu'il va y avoir une mise en valeur de l'animal chassé.

Olivier Cameron-Trudel, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

La plupart du temps, les animaux tués lors de la chasse le sont à des fins de consommation, ce qui ne serait pas le cas du cormoran à aigrettes.

Pour le cormoran, de ce que l'on constate pour le moment, c'est que ce n'est pas le cas dans le sens où sa viande ne semble pas être consommée par personne, donc ça ne semble pas être une viande très prisée, explique-t-il.

Avec les informations d'Amanda Pfeffer et de Rachel Gaulin

Ottawa-Gatineau

Chasse et pêche