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Air Canada maintiendra les Boeing 737 MAX au sol pour au moins trois semaines

Radio-Canada

Air Canada a pris la décision d'annuler tous les vols prévus à bord des Boeing 737 MAX jusqu'au 4 avril, au plus tôt : c'est ce qu'indique le président et directeur général du transporteur, Calin Rovinescu, dans une lettre qu'il a fait parvenir jeudi à ses employés.

« Bien que nous n'ayons aucune façon de savoir quel sera le résultat final ni combien de temps ces appareils seront cloués au sol, pour l'instant nous annulons tous les vols de notre flotte de Boeing 737 MAX pour les trois semaines à venir », affirme le PDG d'Air Canada.

« Nous continuerons à modifier notre plan et demeurerons en contact avec vous ainsi qu'avec nos clients », écrit Calin Rovinescu.

Le transport aérien est perturbé à l'échelle mondiale depuis l'écrasement d'un Boeing 737 MAX d'Ethiopian Airlines dimanche, une tragédie qui a fait 157 morts. Mercredi, la décision du gouvernement canadien de fermer le ciel à ces appareils a obligé Air Canada à suspendre toutes les opérations en lien avec ce type d'appareil.

« Nous avions anticipé cette situation et travaillions depuis le début de la semaine à nos plans d'urgence », écrit encore M. Rovinescu, qui précise que « ce ne sera pas simple de venir en aide aux clients touchés par cette situation ».

Du fait qu'Air Canada a dû immobiliser sur-le-champ ses 24 Boeing 737 MAX, il lui faut maintenant trouver des solutions de rechange. Ces solutions consistent à prolonger l'utilisation d'appareils dont elle comptait se départir et à annuler des opérations de maintenance non reliées à la sécurité telles que de la peinture ou de l'installation de wi-fi. Certains trajets sont aussi suspendus.

Annulations et modifications gratuites

Sur le site Internet d'Air Canada, on peut lire que le transporteur « a mis en place des politiques sur les annulations et les modifications de réservations, qui permettent aux clients touchés de faire annuler les frais complètement [...] Le transporteur aérien assumera les frais d'annulation et les frais de changement de réservation des vols du MAX 8 dans les trois semaines suivant la date du voyage initial ».

« La priorité sera accordée aux clients qui voyagent dans les 72 prochaines heures », est-il aussi précisé.

Le transporteur aérien, qui est submergé d’appels, a mis en place une ligne spéciale pour les passagers qui devaient s'envoler dans les 48 prochaines heures sur un Boeing 737 MAX, au numéro 1 833 354-5963.

« Nous nous efforçons de modifier les réservations des clients touchés le plus rapidement possible », indique le site Internet.

Entre 9000 et 12 000 clients d'Air Canada montaient à bord de Boeing 737 MAX quotidiennement. Les appareils assuraient des vols à destination du Mexique, des Antilles et d'Hawaï, ainsi que du Canada atlantique à destination de l'aéroport de Heathrow, à Londres. Ils étaient également utilisés pour les populaires vols Vancouver-Calgary et pour des vols à destination de Los Angeles.

Pour ce qui est de West Jet, qui assure notamment avec ses MAX 8 des vols vers la Floride, il a annulé 11 vols jeudi, ce qui a affecté 1200 passagers. La plupart devaient être redirigés vers un autre vol jeudi même.

Les deux transporteurs aériens ont déclaré qu'ils n'indemniseraient pas les clients pour l'hébergement supplémentaire.

Des décisions successives

Au lendemain de l'accident d'Ethiopian Airlines, la Chine, l'Indonésie et la Corée du Sud, ainsi que les compagnies Ethiopian Airlines et Cayman Airways, avaient décidé de garder au sol jusqu'à nouvel ordre leurs 737 MAX 8. Une décision que le Canada avait choisi de ne pas imiter, le ministre des Transports Marc Garneau la trouvant alors prématurée. Puis, mardi, ce fut au tour de nombreux pays d'Europe d'interdire de vol ces avions.

La décision du Canada et, peu de temps après, des États-Unis de renoncer à utiliser les Boeing 737 MAX a été prise mercredi.

Dans la lettre envoyée à ses employés, le PDG d'Air Canada affirme avoir été en étroit contact avec Boeing et Transports Canada ces trois derniers jours. « Et c'est pourquoi quand Transports Canada a découvert de nouvelles informations hier [mercredi], nous avons soutenu entièrement la décision de fermer temporairement l'espace aérien du Canada aux Boeing 737 MAX [...] », écrit M. Rovinescu.

Calin Rovinescu affirme qu'en raison de la similarité entre l'écrasement du Boeing 737 MAX d'Ethiopian Airlines et celui d'un autre de ces avions en Indonésie, cinq mois plus tôt, « certains organismes de régulation ont pris la décision de clouer au sol ces appareils, en dépit du fait qu'ils ne disposaient d'aucune donnée réelle ou information confirmée ».

Le Canada décide de manière autonome

Jeudi, en entrevue sur ICI Première, le ministre canadien des Transports, Marc Garneau, a déclaré avoir pris sa décision de clouer les Boeing au sol après avoir reçu de toutes nouvelles informations, tôt mercredi. Les informations en question provenaient de satellites et illustraient la trajectoire empruntée par l'appareil d'Ethiopian Airlines.

« Nous sommes autonomes dans notre prise de décision », a déclaré le ministre Garneau.

Questionné à savoir si la Chine et l'Europe avaient pu disposer de ces informations avant le Canada, Marc Garneau a répondu : « Non, ce n'était pas établi que ça existait auparavant ».

Le ministre Garneau, ancien astronaute et ingénieur de formation, dit ignorer pourquoi d'autres pays ont décidé, plus tôt que le Canada, de fermer le ciel aux Boeing en cause dans l'accident d'Ethiopian Airlines.

Oui, on était en contact avec tous les autres pays, mais ils n’ont pas partagé leurs raisons. Sauf que de dire : “On a décidé de clouer les MAX 8 au sol”. Ils n’ont pas expliqué leur raisonnement.

Marc Garneau, ministre des Transports du Canada au micro d'Alain Gravel

Marc Garneau affirme qu'Ottawa a été en contact constant avec les États-Unis. Mais à l'idée que le Canada ait pu subir des pressions de la part de la Direction générale de l'aviation civile américaine, la Federal Aviation Administration (FAA), il répond : « Absolument pas ».

Une situation presque unique

Le délai accusé par le Canada par rapport à d'autres pays dans cette affaire n'étonne pas l'expert en aviation Claude Martel. Ce qui est surprenant, selon lui, c’est que les autres pays aient réagi si rapidement. « C’est une situation presque unique », dit celui qui est aussi directeur de l'Institut d'enseignement coopératif de l'Université Concordia.

« Normalement, en aviation et en sécurité, il y a un grand partage d’information, affirme M. Martel. Mais chacun fait son calcul de risques à sa façon. »

Claude Martel affirme qu'à l'exception de la Chine, la plupart des pays ayant rapidement décidé de fermer leur espace aérien aux Boeing 737 MAX ont, dans les faits, un nombre minimal de ces appareils dans leur flotte respective. En revanche, le Canada et les États-Unis recourent davantage à ce type d'avion; il y en a notamment 49 au Canada.

Le Boeing 737 MAX était, jusqu'à dimanche dernier, « la grande vedette des nouvelles lignes aériennes à haut volume », en raison de sa performance relativement à sa consommation d'essence et de vitesse, affirme Claude Martel.

Aussi, quand de gros joueurs comme la Chine et des pays d'Europe ont décidé d'interdire de vol les Boeing en question, « ça a eu un effet de cascade, parce que beaucoup de gens volent vers ces pays-là », dit-il.

Les pays ayant rapidement interdit les Boeing ont-ils cédé aux pressions de l'opinion publique? Claude Martel n'écarte pas cette hypothèse. Mais si elle s'avérait, ce ne serait pas une bonne chose pour l'aviation civile, selon lui, puisque les décisions relatives à la sécurité doivent rester l'affaire d'experts, dit-il.

De demander Claude Martel : « Qui prend la décision? Les gens qui ont les compétences pour faire l’analyse et qui vont prendre le temps de la faire comme il faut ou l’opinion publique? »

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