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analyse

 Fonds des générations : une erreur de 300 millions par année?

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, et François Legault se tiennent derrière un podium.

Le premier ministre François Legault et le ministre des Finances Éric Girard lors de l’énoncé de la mise à jour économique le lundi 3 décembre 2018 à Québec.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Gérald Fillion

En choisissant de retirer 10 milliards de dollars du Fonds des générations pour rembourser la dette du Québec, le gouvernement Legault fait un choix qui pourrait être coûteux à long terme, selon plusieurs experts. Les gains en intérêts sur la dette pourraient être plus faibles que les pertes à prévoir en rendement si l'on se fie à l'évolution historique du Fonds.

Selon des conseillers en planification financière, cette décision pourrait entraîner une perte annuelle de 300 millions de dollars. Le gain attendu dans les paiements d’intérêt se ferait au détriment des prochaines générations, semble-t-il.

Dans une lettre envoyée au ministre des Finances Éric Girard, les conseillers du cabinet Brassard Goulet Yargeau écrivent qu’au 31 décembre 2017, « le rendement moyen du Fonds des générations était de 9,5 % sur cinq ans et de 6,1 % sur dix ans. Durant cette même période, le coût de la dette était de 2,7 % pour les cinq dernières années et de 3,3 % sur dix ans. »

En établissant, par prudence, le coût marginal futur de la dette du gouvernement à 4 % et en imaginant que le rendement du Fonds, géré par la Caisse de dépôt, atteindrait 7 % annuellement, ce qui est raisonnable sur le plan historique, la décision de retirer 10 milliards de dollars du Fonds coûterait environ 300 millions de dollars.

Le calcul est le suivant : 4 % de 10 milliards de dollars, c’est 400 millions en intérêts que le gouvernement n’a pas à payer et qu’il peut dépenser dans le cours de ses opérations normales. En retour, si l'on ne retire pas les 10 milliards du Fonds, un rendement de 7 % rapporte 700 millions de dollars. Le gain annoncé par l’État sur ses intérêts se transforme ainsi en perte lorsqu’on imagine le rendement attendu.

Québec dit jouer de prudence

Le gouvernement répond qu’il agit ainsi par prudence. Pourquoi risquer autant d’argent dans les marchés financiers à un moment où le marché haussier est en vie depuis une décennie et que des experts s’attendent à un repli ou une correction? En d’autres termes, il faut le dire franchement : le gouvernement spécule sur ce que vont faire les marchés financiers.

« Affirmer à la population qu'on économisera des intérêts si on utilise les sommes du Fonds des générations pour réduire la dette, sans toutefois faire les nuances essentielles, est un manque de rigueur évident », écrivent les experts du cabinet. Les experts de la firme sont d’avis que le véritable objectif du gouvernement est de se donner des marges de manoeuvre pour dépenser davantage ou pour augmenter son surplus à court terme.

« L'argument de la prudence est artificiel et incohérent puisqu’il y a des sommes bien plus importantes, dont l'usage est prévu à plus court terme, qui demeurent dans les marchés sans qu'on s'en inquiète. Le seul argument cohérent est celui de s’accorder une marge de manœuvre immédiate pour avoir la possibilité de dépenser davantage. »

Laisser la Caisse faire son travail

À leur avis, il y a d’autres moyens de trouver des sommes supplémentaires sans amputer le rendement futur du Fonds des générations. Ils proposent que le Fonds verse un dividende, comme les sociétés d’État, au gouvernement ou que des emprunts supplémentaires soient faits dans les marchés financiers, à 4 % d’intérêt, mais à 7 % de rendement.

C’est la Caisse de dépôt et placement du Québec qui gère les sommes du Fonds des générations. Et les conseillers du cabinet Brassard Goulet Yargeau sont d’avis que François Legault et Éric Girard devraient laisser la Caisse de dépôt « faire son travail ».

Étant donné les résultats de la Caisse depuis 10 ans, sous la gouverne de Michael Sabia, ce conseil est probablement judicieux. En même temps, il est clair que la bourse peut piquer du nez dans les prochains mois ou prochaines années. Mais, je n’en sais rien, vous n’en savez rien et le gouvernement Legault ne le sait pas plus que vous!

Alors, si l'on n’est pas prêt à laisser la Caisse faire son travail, pourquoi maintenir le Fonds des générations en place? Est-il raisonnable qu’un gouvernement se lance dans des prédictions sur les mouvements boursiers? Est-ce bien prudent?

Est-il approprié de laisser croire que cette opération va permettre d’épargner des sommes, alors qu’en réalité elle pourrait nous en faire perdre? Est-ce qu’on ne devrait pas s’attendre à ce que le gouvernement Legault nous dise, finalement, que son intérêt premier, c’est de se dégager des marges de manoeuvre pour financer ses promesses?

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