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Pourquoi les élèves et étudiants canadiens font-ils la grève pour le climat?

Piquetage devant l'école Joseph-François-Perrault à Montréal

Photo : Radio-Canada / Mélanie Meloche-Holubowski

Mélanie Meloche-Holubowski

« Parfois, j'ai peur qu'on va mourir si on ne fait rien pour arrêter les changements climatiques », dit Sophia Mathur, une jeune fille de Sudbury qui a été la première jeune en Amérique du Nord à faire la grève de l'école pour le climat. Aujourd'hui, des millions d'autres jeunes, dont des milliers de Canadiens, se joindront à elle pour manifester. Ils sont inquiets pour leur avenir, mais surtout fâchés par l'immobilisme des gouvernements.

Depuis quelques mois déjà, Sophia a répondu à l’appel de Greta Thunberg, cette jeune Suédoise qui fait la grève tous les vendredis depuis le mois d’août devant le parlement suédois pour exiger des actions concrètes pour sortir de la crise climatique. Le discours de Greta à la COP24, dans lequel elle a qualifié les leaders mondiaux d’« immatures », a enflammé les réseaux sociaux et lancé un mouvement de jeunes qui prend de plus en plus d’ampleur.

« Les adultes n’en font pas assez », soutient Sophia. « Ils doivent en faire plus. Nos vies en dépendent. Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas faire quelque chose », affirme la fille de 11 ans.

En octobre, elle a demandé à ses parents de faire la grève tous les vendredis, comme Greta. Sa mère a hésité. « Nous n’avons plus de temps. Il faut agir maintenant », a plaidé Sophia.

Une jeune fille parle devant un micro.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophia Mathur a ouvert la conférence de la commissaire à l'environnement de l'Ontario, Dianne Saxe.

Photo : Radio-Canada

Ses parents ont pris en considération le fait que la jeune Ontarienne baigne depuis toujours dans la mobilisation environnementale. Son père est docteur et étudie notamment les impacts des changements climatiques, sa mère a fondé la section locale du Lobby climatique des citoyens et son grand-père, le Dr Sukhdev Mathur, était l’un des scientifiques qui ont rédigé le premier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en 1989. En 2017, Sophia a convaincu des restaurants de Sudbury d’éliminer l’usage de pailles de plastique.

« Je pense que Sophia a une meilleure compréhension des changements climatiques que n’importe quel enfant de 11 ans », dit sa mère, Cathy Orlando.

De plus, Sophia, comme de nombreux jeunes dans le monde, subit déjà les effets des changements climatiques : multiplication des avertissements de tornades, feux de forêt de plus en plus intenses, vagues de chaleur de plus en plus fréquentes... « Les jeunes savent que ça arrive déjà. C’est un aperçu de son avenir… », dit Cathy Orlando, qui se désole de voir que sa fille pense à un avenir si sombre.

Une jeune fille en habit de neige manifeste seule.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophia Mathur est la première jeune en Amérique du Nord à faire la grève pour le climat. « Nous n'avons plus de temps pour agir », peut-on lire sur la pancarte.

Photo : Twitter / @SophiaMathur

Mme Orlando et son mari ont donc accepté qu’elle sèche ses cours un vendredi par mois, ce qu’elle fait depuis le 2 novembre. Son message est simple :

Je ne peux pas voter. Je n'ai que 11 ans. Dans 11 ans, le monde risque de faire face à un chaos climatique incontrôlé. Je manifeste pour protéger mon avenir.

Sophia Mathur, jeune manifestante de Sudbury

Et Sophia, tout comme Greta, démontre une assurance et une confiance sans pareil. Elle n’a pas peur de se confronter aux adultes. Elle a fait promettre à la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, de faire tout en son pouvoir pour stopper les changements climatiques. Elle a convaincu le directeur de l’Hôpital de Subury de fournir un rapport sur les mesures qu’il prendra pour réduire les émissions de GES de l’établissement.

La ministre et la jeune fille se serrent le petit doigt.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophia Mathur a rencontré la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna.

Photo : Twitter / @SophiaMathur

Depuis, de nombreux jeunes ont rejoint Sophia dans sa démarche. « Les jeunes font des téléconférences, mais ils ont interdit aux adultes d’y participer. Ils ont pris le contrôle », dit Cathy Orlando, qui croit qu’il s’agit d’une expérience de vie. « Certains jeunes prennent congé pour faire du sport ou de la musique, pourquoi ne pourraient-ils pas le faire pour manifester pour le climat? »

Un avenir qui fait peur aux jeunes

À voir l’inaction de plusieurs gouvernements, il serait facile pour les jeunes de sombrer dans le désespoir, mais Sophia croit fermement au pouvoir des jeunes. « Je pense que les gens vont nous écouter. »

Par contre, plusieurs jeunes disent éprouver une réelle angoisse lorsqu'ils pensent aux conséquences des changements climatiques.

Entrevue avec Sarah Montpetit, Albert Lalonde, porte-parole du groupe « Pour un futur Montréal » et Jamie Latvaitis, coporte-parole de « La planète s'invite à l'Université ».

« Je parlais avec des amis, à savoir si on voulait avoir des enfants un jour. Tout le monde a dit non, parce qu’on ne veut pas que nos enfants profitent d’un futur aussi sombre et obscur », raconte Sarah Montpetit, élève au secondaire à l'École Robert-Gravel à Montréal.

J’ai réalisé que le père Noël n'existait pas, parce que je me suis dit que si les banquises fondaient, il ne pouvait pas être au pôle Nord.

Albert Lalonde, élève à l’École Joseph-François-Perrault

Louis Couillard, co-porte-parole du mouvement La planète s'invite à l'université, croit qu'il est terrible de laisser les jeunes vivre cette écoanxiété. « J’ai rencontré des jeunes qui ne voient pas l’avenir. Ça nous interpelle tous. »

Tous sont inquiets pour leur avenir et, comme Greta, commencent à se questionner : pourquoi aller à l’école si leur avenir sur la planète est incertain?

Ça fait des mois que je vois que mon engagement à petite échelle ne suffit plus. On ne voit pas de changement radical au niveau des gouvernements. Il faut provoquer ce changement, parce qu'aujourd'hui, on n'a plus le choix.

Léa Ilardo, porte-parole du collectif La Planète s’invite à l’Université de Montréal
Une jeune fille peint une afficheAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des élèves de l'École Mitchell-Montcalm se prépare pour la manifestation de vendredi, à Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Depuis le 15 février, des élèves de l’École secondaire Robert-Gravel à Montréal font l’école buissonnière les vendredis après-midi afin de dénoncer les changements climatiques. C’est d’ailleurs dans cet établissement qu’est né le mouvement montréalais.

Certains élèves ont écopé de mesures punitives pour s’être absentés sans l’autorisation de leurs parents, mais ces jeunes ne sont pas près d’abandonner. « Mes parents me disent que l’école, c’est mon avenir et que je devrais y aller. Mais l’environnement aussi, c’est mon avenir », a dit un élève en entrevue à l’émission Désautels le dimanche.

Ça montre le niveau d’alarme qu’on ressent… on est rendu à manquer nos cours pour manifester.

Sarah Montpetit, élève au secondaire à l'École Robert-Gravel à Montréal

Le mouvement se propage

En ce 15 mars, ce sont des millions de jeunes dans 40 pays, entre autres dans une quarantaine de villes canadiennes, qui marcheront et qui feront la grève pour le climat. À Montréal seulement, des dizaines de milliers de jeunes du secondaire, du primaire et de l’université sont attendus.

Les élèves qui ne peuvent pas se rendre dans les métropoles organisent leurs propres manifestations. Par exemple, à Warwick, des élèves de l’École secondaire Monique Proulx marcheront jusqu’à l’hôtel de ville de la municipalité. Les jeunes de cette école ne font peut-être pas la grève tous les vendredis, mais plusieurs ont choisi de souligner le mouvement en dessinant des lignes vertes sous leurs yeux. « On sensibilise les gens », dit Alice Trahan, une élève.

Dans certaines écoles montréalaises, les élèves ont commencé à porter des carrés verts.

Ces jeunes ont choisi de transformer leur panique et leur angoisse en action. Cette grève sera-t-elle la dernière? Certainement pas, disent plusieurs d'entre eux. « On devrait plutôt demander quand les gouvernements vont agir, pas quand on va arrêter de manifester », lance Sarah Montpetit.

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