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  • Exclusif
  • ABI : Alcoa veut limiter la libération syndicale

    Gens qui s'inscrivent à arrivant à l'assemblée syndicale
    La convention collective des 1030 employés syndiqués de l'Aluminerie de Bécancour inc. vient à échéance mercredi, à 23h59. Photo: Radio-Canada / Marilyn Marceau
    Maude Montembeault

    Dans sa dernière offre, Alcoa proposait aux travailleurs un nombre maximal d'heures en libération syndicale. Cette limite équivaut à une réduction de plus de 50 % du temps libéré, selon de nombreuses sources. Radio-Canada a appris que le Syndicat des métallos aurait proposé un compromis, soit une réduction de 25 %. Après cette contre-proposition, la partie patronale aurait mis un terme aux négociations en février dernier.

    S’il n’en tenait qu’à la direction de l’Aluminerie de Bécancour inc. (ABI), pas plus de huit syndiqués auraient le droit d’être dégagés à temps plein pour des activités syndicales, selon nos sources. En plus du président du syndicat, l'entreprise voudrait reconnaître trois salariés comme des représentants à la prévention et accorderait une banque de 7 500 heures au reste des libérations syndicales. Les parties estiment qu’un délégué à temps complet effectue 2 000 heures par année.

    La Compagnie accorde également au Syndicat, chaque année civile, 7 500 heures de libérations syndicales. [...] Aucune libération syndicale ne sera autorisée une fois le maximum atteint.

    Extrait de la proposition de convention collective proposée le 11 mars 2019

    Selon plusieurs sources consultées par Radio-Canada, les syndiqués de l’ABI étaient libérés pendant un total de 32 000 heures annuellement avant le début du conflit. Ces données n’apparaissent pas dans les conventions collectives antérieures. Il s’agit d’une entente hors convention qui n’existerait plus avec l’imposition de la limite de 7 500 heures.

    En février dernier, le Syndicat des métallos aurait offert à Alcoa de réduire à 24 000 heures libérées. La partie patronale aurait alors quitté la table de négociation.

    Tableau qui dit qu'il y avait 32 000 heures de libération syndicale avant le conflit, que l'employeur en demande 15 500 et que le syndicat propose 24 000 heures.Le nombre d'heures de libération syndicale est une source de divergences entre la direction de l'ABI et le syndicat. Photo : Radio-Canada

    À quoi sert la libération syndicale?

    Les délégués syndicaux de l’ABI exercent actuellement plusieurs tâches qui touchent la santé et la sécurité au travail ou encore le respect des droits des travailleurs en vertu de la convention collective. Les délégués siègent sur plusieurs comités au sein de l’usine : comité de grief, comité d’arbitrage, comité de réorganisation, etc.

    À titre d’exemple, l’offre refusée d’Alcoa aurait entraîné l’abolition du délégué syndical chargé du Programme d’aide aux employés (PAE), ce qui est décrié par plusieurs sources qui se sont confiées à Radio-Canada. Celui-ci est chargé d’accompagner les travailleurs qui vivent des difficultés familiales ou professionnelles.

    Un poste de délégué responsable d’encadrer les travailleurs dans leurs démarches après un accident de travail aurait aussi été supprimé.

    Réduire le pouvoir syndical

    Il est extrêmement difficile de juger si le nombre de délégués dégagés de leurs tâches habituelles à des fins syndicales est excessif, croit Michel Grant. Le professeur associé au Département d’organisation et ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) soutient qu’il faut tenir compte de la taille de l’entreprise, de l’organisation du travail, du nombre de départements et de quarts de travail.

    De là à dire que c’est excessif, je serais très prudent, car il faut connaître la nature de l’entreprise, explique-t-il.

    Sans dire que l’objectif est d’affaiblir le syndicat, ce n’est sûrement pas une mesure qui vise à renforcer le pouvoir et la présence syndicale.

    Michel Grant, professeur associé au Département d’organisation et ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

    Le changement espéré par Alcoa aurait comme impact d’augmenter les coûts du syndicat pour défendre ses membres et, conséquemment, de hausser les cotisations syndicales.

    Le Syndicat des métallos concède que son ratio travailleurs-représentants syndicaux est plus élevé que dans d'autres alumineries. Selon Clément Masse, ce point était réglé en décembre 2017 avant qu'Alcoa ne décrète le lock-out.

    Alcoa avare de commentaires

    La direction de l’Aluminerie de Bécancour refuse d’accorder des entrevues depuis le début du conflit. Elle a décliné l’invitation à réagir aux informations révélées par Radio-Canada.

    Plus de 900 travailleurs sont en lock-out depuis le 11 janvier 2018.

    Mauricie et Centre du Québec

    Syndicalisme