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Marée humaine pour le climat dans les rues de Montréal

Une mer de jeunes manifestants défilent sur la rue Berri au centre-ville de Montréal.

Des dizaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue à Montréal pour marcher pour le climat.

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Cloutier

Radio-Canada

« Nous déclarons une urgence environnementale », a lancé une voix déterminée, vendredi après-midi, tandis que des dizaines de milliers d'écoliers et d'étudiants des niveaux secondaire, collégial et universitaire venaient d'entreprendre leur marche dans les rues de Montréal. Une manifestation pour le climat s'inscrivant dans le mouvement planétaire inspiré par les actions d'une jeune Suédoise.

Des tambours battaient quand la marche s'est mise en branle vers 13 h 25 à partir du monument à George-Étienne Cartier, au pied du mont Royal. Les manifestants se sont dirigés vers la place des Festivals, où ils sont arrivés près de trois heures plus tard pour y entendre quelques discours.

« Il y aura certaines entraves à la circulation dans le secteur », avait averti le Service de police de la Ville de Montréal sur Twitter quelques minutes avant le départ. Un euphémisme, alors qu'une véritable marée humaine s'étendait sur l'avenue du Parc.

Les marcheurs étaient au moins 150 000, selon les organisateurs, et autant d'étudiants étaient en grève dans toute la province vendredi.

Mise au point :

Dans une version précédente de cet article, nous mentionnons que la police évaluait la foule à 25 000 personnes. Cette évaluation ne provenait pas des autorités policières et n’aurait pas dû être rapportée.

Les organisateurs étaient aux anges.

« C’est incroyable! Il y a beaucoup de monde. On est tellement choyés », a commenté Émile Moreau, cofondateur du collectif « La planète s’invite à l'université » au sujet du succès évident de l'événement.

« Pour la suite, c’est sûr que la lutte va continuer, s'est engagé M. Moreau. Le visage de la lutte va peut-être se transformer, mais ce n’est certainement pas juste du bruit dans la rue. »

Selon nous, il va y avoir un avant 15 mars et un après 15 mars, et ce, au Québec et à travers toute la planète.

Une citation de Louis Couillard, porte-parole du collectif « Le climat s'invite à l'université »

D'après Louis Couillard, la mobilisation des jeunes ne pourra être ni arrêtée ni contrôlée. « Ça démontre une chose : les jeunes sont prêts pour du changement et ils veulent ce changement maintenant. »

« C’est le genre de truc qui montre qu’on peut avoir du pouvoir, qu’on peut changer les choses », a déclaré Jamie Latvaitis, un autre co-porte-parole du collectif.

« C’est un sentiment auquel on ne peut pas résister, a-t-il ajouté. C’est des frissons qu’on a quand on entend le monde crier. C’est une culture qui se crée. »

Les étudiants ont marché par dizaines de milliers dans les rues de Montréal.

Les étudiants ont marché par dizaines de milliers dans les rues de Montréal.

Photo : Getty Images / AFP/Martin Ouellet-Diotte

Le sort de notre planète est entre nos mains. Les générations avant nous n’ont rien fait. Mais si on ne fait rien, ça ne marchera pas. On doit prendre l’initiative et aller dans les rues.

Une citation de Un manifestant

« On va finir par avoir une hécatombe à cause de l’inaction gouvernementale, parce qu’on met les profits des multinationales devant les droits de la personne et devant les droits de l’environnement », s'est indignée une marcheuse.

La marche pour le climat a pris son départ au pied du monument à George-Étienne Cartier, en face du parc Jeanne-Mance.

La marche pour le climat a pris son départ au pied du Monument à George-Étienne Cartier, en face du parc Jeanne-Mance.

Photo : Radio-Canada

Les revendications du collectif « Le climat s'invite à l'université »

  • Établir un programme d’éducation à l’environnement et de sensibilisation à la crise climatique;
  • adopter une loi climatique forçant l'atteinte des cibles recommandées par le GIEC pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius;
  • retirer les investissements dans les énergies fossiles des établissements d’enseignement et tenir un bilan carbone institutionnel.

Aux milliers d'étudiants qui avaient voté pour la tenue d’une grève vendredi après-midi, se sont ajoutés des milliers d’élèves du primaire et surtout du secondaire qui souhaitaient se joindre à la manifestation.

Les élèves de certaines écoles secondaires avaient même eux aussi voté en faveur d'un mandat de grève.

Des étudiants de l'extérieur, de tous les coins du Québec, devaient aussi venir manifester à Montréal.

Pour contrebalancer les effets des transports et des blocages qu'occasionnent ses manifestations, le collectif a prévu verser une compensation carbone de 178 tonnes de CO2 grâce à un don de 5000 $.

« On lance le pari que le petit impact négatif à très court terme est moindre que celui, positif, à moyen terme, que représente le poids de 136 200 étudiants en grève », a-t-il déclaré.

« Rébellion contre l'extinction », indique une banderole portée par des manifestants.

Les étudiants ont marché par milliers dans les rues de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Touchette

Tous répondaient à l’appel de Greta Thunberg, l'écolière suédoise qui a demandé aux jeunes du monde entier de sécher leurs cours pour forcer les gouvernements à respecter leurs engagements de diminution des émissions de GES relatifs à l'Accord de Paris.

« Pourquoi devrait-on faire en sorte qu'un jeune étudie pour un avenir, alors que personne n'en fait assez pour sauver cet avenir? » est le slogan qu’utilise Greta et qui est maintenant la source d’inspiration pour cette grève étudiante mondiale.

La jeune militante Greta Thunberg à Stockholm, en 2018.

Greta Thunberg

Photo : AFP/Getty Images / JONATHAN NACKSTRAND

Mercredi, le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, voyant l'ampleur de la mobilisation, a invité le collectif « Le climat s'invite à l'université » à une rencontre juste avant la manifestation.

En conférence de presse mercredi matin à Québec, il a dit qu'il était « intéressant de voir la jeunesse se mobiliser pour la préservation de l'environnement ».

Selon Louis Couillard, les membres du collectif ont toutefois choisi de ne pas rencontrer le ministre de l’Environnement avant la marche.

Ils rencontreront M. Charette vendredi prochain, le 22 mars, au lendemain du dépôt du budget.

Accès bloqué à certaines écoles

Une jeune fille tient une pancarte demandant : « Votre planète, vous la préférez bleue ou saignante? »

Les pancartes des élèves de l'école Joseph-François-Perrault rivalisaient d'originalité.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Meloche-Holubowski

En avant-midi, les élèves d'au moins six écoles avaient forcé la suspension des cours en formant des chaînes humaines devant l'entrée des écoles Joseph-François-Perrault, Georges-Vanier, Sophie-Barat, Père-Marquette et Robert-Gravel de même qu'à l'Académie de Roberval.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a indiqué en matinée que ses écoles n'étaient pas officiellement fermées, et que les classes allaient reprendre en après-midi, alors que la grande marche devait avoir lieu.

Toutefois, elle a annoncé peu avant midi que les cours demeureraient suspendus en après-midi à l’École secondaire Sophie-Barat. Les « lignes de piquetage se poursuivent » et que « les écoles demeurent inaccessibles pour le personnel et les élèves », a-t-elle indiqué dans un courriel.

« Considérant que l’école est inaccessible, il n’est plus nécessaire de motiver l’absence de votre enfant auprès de l’équipe-école pour l’après-midi », a précisé Benoît Thomas, directeur responsable des écoles secondaires de la CSDM.

Des jeunes portant des dossards voyants.

Les élèves de l'école Joseph-François Perrault s'étaient préparés.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Meloche-Holubowski

Les élèves de l'école Sophie-Barat se sont rassemblés dès le matin à l'extérieur de l'établissement plutôt que dans les salles de cours, dans une atmosphère festive, en chantant et en dansant.

Ceux de l'école Joseph-François-Perrault aussi ont décidé d'en bloquer les accès. Plus de 700 jeunes de cette école avaient d'ailleurs voté pour un « mandat de grève » mardi dernier.

Même chose à l’école Robert-Gravel. « Ça évite que les enseignants prennent les présences et nous mettent des absences », a déclaré l'élève Félix-Antoine Pednault. « C’est comme une journée fermée. »

On réclame une action gouvernementale et une action individuelle de toutes les personnes au monde.

Une citation de Félix-Antoine Pednault, élève de l'école Robert-Gravel
Des jeunes manifestants devant l’École secondaire Robert-Gravel.

Des jeunes manifestants devant l’École secondaire Robert-Gravel.

Photo : Radio-Canada / Mélissa François

« Les décisions qui vont être prises aujourd’hui vont influencer notre avenir, a plaidé Sophie Montpetit, élève de l’école Robert-Gravel. Si on prend pas [les bonnes] aujourd’hui, tout l’avenir qu’on est censé bâtir, innover et rêver ne sera plus accessible pour moi ou pour les générations qui vont suivre. »

« Beaucoup de gens nous pointent en disant qu’on a tout, qu’on n’a pas de raison de se plaindre, mais on se bat pour notre avenir et pour celui de tout le monde », a-t-elle lancé avec beaucoup d'émotion.

C’est le temps de changer, c'est le temps de s’unir et de faire le changement. Il ne faut plus l’attendre. C’est nous, le changement.

Une citation de Sophie Montpetit, élève de l’école Robert-Gravel

Des policiers encadraient les différentes manifestations pour assurer la sécurité des élèves.

Des manifestants devant l'école.

Les élèves de l'école Robert-Gravel avaient quelques messages à faire passer.

Photo : Radio-Canada / Mélissa François

Au Québec, divers mouvements s'organisent depuis les dernières semaines.

Plusieurs commissions scolaires, comme la CSDM et English Montreal, avaient envoyé des notes aux parents, les avisant que bon nombre d'élèves prévoyaient manifester. Elles disaient être en faveur des actions de leurs élèves, mais demandaient aux parents de fournir une note pour motiver l’absence de leurs enfants, sans quoi ils risquaient des sanctions.

L'école bilingue Face, qui propose un programme axé sur les arts, a pour sa part choisi de laisser ses élèves participer à la marche de vendredi après-midi sans réclamer de note des parents, et ce, même si elle relève de la CSDM et d'English Montreal.

Si on ne fait rien maintenant, on n'aura pas d'avenir. On doit se tenir debout et participer aux manifestations.

Une citation de Azure Dumas-Pilon, élève de l'école Face
Des jeunes manifestent avec leurs pancartes.

Des adolescents manifestaient à l'extérieur de l'école Joseph-François Perrault, à Montréal, vendredi matin, avant la grande marche de l'après-midi.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Meloche-Holubowski

Des manifestations partout au Canada

Inquiets pour leur avenir en raison des changements climatiques, de nombreux jeunes estiment que les adultes, particulièrement les politiciens, ont ignoré pendant trop longtemps ces changements et leurs conséquences.

Il n’est plus question de crier aux changements climatiques. Ça fait longtemps qu’on le fait. Les solutions existent depuis longtemps. Il est temps que ça se fasse.

Une citation de Louis Couillard, porte-parole du collectif Le climat s'invite à l'université

Selon FridaysForFuture (Vendredis pour l'avenir), nom du mouvement planétaire, plus de 1000 rassemblements étaient prévus dans une centaine de pays.

Au Canada, plus de cinquante manifestations étaient organisées, notamment à Toronto, à Vancouver, à Gatineau et à Ottawa.

Quelque 2000 étudiants de l’Université de Sherbrooke marchaient du campus universitaire vers l’hôtel de ville.

Des étudiants de l'Université Laval, à Québec, participaient en avant-midi à un sit-in au pavillon Desjardins.

Avec les informations de Louis de Belleval, Mélanie Meloche-Holubowski, Mélissa François, Valeria Cori-Manocchio et Verity Stevenson

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