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Frédérick Gingras plaide coupable à des accusations réduites d'homicide involontaire

Frederick Gingras.
Frederick Gingras Photo: Radio-Canada
Jérôme Labbé

L'auteur d'une cavale meurtrière qui a coûté la vie à deux personnes innocentes entre Pointe-aux-Trembles et Brossard, en décembre 2016, a officiellement reconnu sa culpabilité jeudi. Il pourrait écoper d'une peine d'environ 20 ans de prison.

Frédérick Gingras, qui souffre de schizophrénie, faisait face à cinq chefs d’accusation, soit deux de meurtre au premier degré et trois de tentatives de meurtre, dont une s'était ajoutée dans la foulée de l'enquête préliminaire.

Il a finalement plaidé coupable à trois chefs réduits, soit deux accusations d'homicide involontaire et une accusation de voies de fait armées.

L'accusé a aussi reconnu les faits en ce qui concerne les deux autres chefs de tentative de meurtre, mais il n'en sera pas tenu criminellement responsable, a précisé son avocat, Kavin Morasse.

Le procès, qui devait s'ouvrir sous peu, n'aura donc pas lieu. Sept semaines d'audiences avaient été prévues dans ce dossier.

Frédérick Gingras sera de retour au palais de justice de Montréal le 4 avril pour les observations sur la peine.

En prison ou à l'hôpital?

La Couronne et la défense se sont entendues sur une recommandation commune de 19 ans de détention.

Les 28 mois que Frédérick Gingras a déjà passés derrière les barreaux devraient être comptabilisés en temps et demi, ce qui veut dire qu'il devrait lui rester 15 ans à purger.

C'est la Commission d'examen des troubles mentaux, un tribunal administratif, qui décidera s'il ira dans un pénitencier ou à l'Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, où il est détenu à l'heure actuelle.

« Monsieur va se retrouver avec un double statut : à la fois une condamnation au criminel pour des infractions qui sont réduites au niveau de son intention, mais également une mesure au niveau de la non-responsabilité criminelle pour ses troubles mentaux en raison de sa schizophrénie sévère », a expliqué Me Morasse, insistant sur l'adjectif « sévère ».

« Ce qu'on souhaitait obtenir avec ce double statut, c'est que Monsieur puisse purger sa détention non pas dans un pénitencier régulier, mais bien à l'Institut Philippe-Pinel », a-t-il poursuivi. « Évidemment, c'est la Commission d'examen qui pourra décider, mais selon les vérifications préliminaires qu'on a faites, Monsieur pourra purger une grande partie de sa peine – sinon l'entièreté de sa peine –à l'Institut Philippe-Pinel, où il sera en mesure de recevoir des traitements pour sa maladie. »

Un récit à couper le souffle

L'énoncé conjoint des faits déposé en Cour supérieure jeudi est à glacer le sang. Il relate dans le détail les événements du 4 décembre 2016 qui ont mené à la mort de James Jardin et de Chantal Cyr, mais aussi l'historique de santé mentale de l'accusé, dont les problèmes ont commencé à l'adolescence et qui n'ont fait que s'amplifier au fil du temps.

Sans domicile fixe, Frédérick Gingras demeurait chez James Jardin lorsqu'un soir, après avoir consommé de la cocaïne et de la bière, il a utilisé l'arme de celui-ci – un fusil de calibre 12 – pour l'abattre à bout portant, en plein thorax, semant la panique parmi les cinq personnes qui se trouvaient dans l'appartement.

Avant de pouvoir s'enfuir, un de ces occupants s'est d'ailleurs retrouvé avec le canon de l'arme pointé sur son front. C'est uniquement parce que le fusil n'était plus chargé qu'il vit encore aujourd'hui, le forcené ayant appuyé sur la détente à deux reprises.

Ayant trouvé une ceinture de munitions, Frédérick Gingras est ensuite parti à pied vers une succursale d'Esso située à proximité. C'est là que se trouvait sa prochaine victime :  Chantal Cyr, une mère de famille de 49 ans qui attendait sa fille dans sa voiture en attendant la fin de son quart de travail au comptoir Tim Hortons situé à l'intérieur de la station-service.

Mme Cyr a elle aussi été atteinte d'un projectile en plein thorax. Elle en est décédée par la suite.

Stationnement d'une station-service dans le quartier Pointe-aux-TremblesLa station-service de Pointe-aux-Trembles où Chantal Cyr a été froidement abattue, sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste. Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Frédérick Gingras s'est subséquemment glissé derrière le volant de la voiture de sa victime, mais il en a perdu le contrôle rapidement et a heurté un lampadaire quelques coins de rue plus loin.

Continuant son chemin à pied, il s'est d'abord rendu dans une première résidence, où se trouvaient une mère de famille et ses enfants. Ceux-ci ont miraculeusement réussi à s'échapper, et ce, même si l'accusé a fait feu à deux reprises dans leur direction, allant même jusqu'à les poursuivre à l'intérieur de la maison.

C'est en se rendant dans une seconde résidence – et en sonnant à la porte, tout simplement – que Frédérick Gingras a réussi à se procurer les clés d'un autre véhicule, un VUS. Son propriétaire, un homme dans la soixantaine qui écoutait la télévision au sous-sol, a cependant été blessé lorsque Frédérick Gingras a fait feu à travers la porte principale de la résidence, qu'il s'apprêtait à ouvrir.

Une poursuite s'enclenche

Les occupants de la seconde résidence ayant donné à la police une description précise du véhicule volé, celui-ci a été localisé peu de temps après, à la sortie du tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine, sur la Rive-Sud.

Des agents de la Sûreté du Québec ont pris le véhicule en chasse au moment où Gingras prenait la fuite sur la route 132 en direction ouest. Ils ont toutefois perdu sa trace et abandonné la poursuite pendant laquelle ils ont atteint, à un certain moment, les 170 km/h.

Des patrouilleurs du Service de police de l’agglomération de Longueuil ont cependant retrouvé le véhicule du fuyard dans un fossé, à l'intersection des autoroutes 10 et 30, près du Quartier DIX30, à Brossard.

Des policiers ont localisé le suspect, qui s'était débarrassé de son arsenal, dans le stationnement d’un commerce du quartier. Ils l’ont finalement appréhendé au terme d’une brève poursuite à pied.

Échappé par le système

L'historique médical de Frédérick Gingras montre qu'il a toujours souffert d'importants problèmes mentaux.

Sa mère avait d'ailleurs dénoncé dans les médias le manque de ressources peu de temps après son arrestation.

Évalué à l'Institut Pinel entre le 6 décembre et 27 janvier 2017, Frédérick Gingras a reçu un diagnostic de trouble psychotique induit par la cocaïne et un diagnostic différentiel de troubles schizophréniforme. Les médecins ont aussi identifié un problème d'abus de substance.

Malgré la médication, son état ne s'est pas beaucoup amélioré depuis.

Avec la collaboration de Valérie Micaela Bain

Grand Montréal

Crimes et délits