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Le glucagon, un ennemi devenu un allié contre le diabète

Illustration d'un pancréas.
Ilustration d'un pancréas. Photo: iStock / TefiM
Radio-Canada

L'hormone glucagon n'entrave pas le travail de l'insuline dans le contrôle du diabète comme on le pensait; elle pourrait même avoir un effet protecteur contre la maladie. Explications.

« Le glucagon a longtemps été perçu comme une hormone qui entrave l’action de l’insuline », explique Jennifer Estall, chercheuse à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).

Mais les travaux de son équipe mettent aujourd’hui au jour un mécanisme en présence dans le contrôle de l’action de l'insuline, et le glucagon y joue un rôle important.

« Quand le taux de sucre dans notre sang [la glycémie] devient trop élevé, l'insuline envoie un signal au corps. Celui-ci entrepose alors l’excédent de sucre dans nos tissus et ordonne au foie de cesser d'en produire », explique Jennifer Estall.

Le glucagon, en revanche, commande au foie de recourir à ces réserves quand c’est nécessaire et de fabriquer plus de sucre. Le glucagon peut ainsi agir lors d’une période de jeûne ou quand le corps dépense plus d'énergie que d'habitude, comme lorsque nous faisons de l'exercice.

Jennifer Estall

Diabète 101

  • Le diabète est une maladie chronique qui ne se guérit pas, mais que l’on peut traiter et contrôler.
  • Il se manifeste lorsque le corps n'est plus en mesure de gérer le glucose en raison d’un manque ou d'un défaut d'utilisation d’une hormone appelée insuline.
  • Un taux de sucre élevé dans le sang entraîne certaines complications, notamment au niveau des yeux, des reins, des nerfs, du cœur et des vaisseaux sanguins.

Une force combinée

Jusqu’à aujourd’hui, l’insuline et le glucagon étaient perçus comme des hormones qui se concurrencent afin d’envoyer leur signal au foie. Des scientifiques soupçonnaient d’ailleurs qu’un glucagon hyperactif ou sécrété en trop grande quantité pouvait être une cause ou un facteur de risque du diabète.

Certains ont même tenté de créer un traitement inhibant l'action du glucagon, sans succès.

L’équipe montréalaise affirme avoir découvert ce qui a causé cet échec, et a montré comment, à l’inverse, le glucagon peut avoir un effet protecteur contre le diabète, dont sont atteints environ 5 millions de Canadiens.

Le saviez-vous?

Le diabète a été considéré comme une maladie mortelle jusqu'en 1922, année où les Canadiens Frederick Banting et John Macleod ont découvert l'insuline et ont commencé à l'utiliser comme traitement.

Avec l'aide d'une protéine

La médecine savait que lorsque quelqu’un jeûne pendant un certain temps, par exemple la nuit, son taux de glucagon s’élève.

Le corps peut à ce moment utiliser ses réserves d'énergie et empêcher la glycémie de trop chuter. Cela évite de tomber en hypoglycémie, ce qui peut provoquer des vertiges, de la confusion et, dans les cas graves, plonger une personne dans le coma.

Nous avons mis au jour une fonction supplémentaire du glucagon : il prépare votre foie à réagir. Lorsque vous vous levez et mangez votre petit déjeuner, votre foie est plus sensible au signal de l'insuline lui indiquant d’arrêter la production de son propre sucre, car celui-ci n’est plus nécessaire.

Jennifer Estall

Les observations effectuées sur des cellules de foie de souris ont permis de découvrir que le glucagon a besoin d'une protéine appelée PGC1A pour contrôler cette réaction.

L'activation de PGC1A n'a pas entraîné d'hyperglycémie, comme on l’aurait cru auparavant. Au contraire, les souris ont plutôt mieux répondu à l'insuline.

Aurèle Besse-Patin, premier auteur de l’étude

« En fait, avoir des taux élevés de glucagon et de PGC1A pourrait s’avérer bénéfique. Sans ceux-ci, le foie réagit moins rapidement à l'insuline après les repas. Par conséquent, il faut plus de temps avant que la glycémie revienne à la normale. », poursuit Jennifer Estall.

Ces nouvelles connaissances devraient encourager les chercheurs, selon la Dre Estal, à étudier davantage le glucagon et la PGC1A qui étaient écartés en raison de leurs présumés effets indésirables sur le foie.

Le détail de ces travaux est publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Médecine

Science