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Oublier un souvenir est plus difficile pour le cerveau que d'en créer un

Dessin à la craie d'un cerveau avec des bouts de papier marqués d'un point d'interrogation

Le cerveau est engagé dans un processus actif pour oublier certaines informations.

Photo : iStock

Renaud Manuguerra-Gagné

Pour réussir à oublier un souvenir, notre premier réflexe pourrait être de ne plus y porter attention. Or, une nouvelle étude suggère plutôt l'inverse : pour oublier quelque chose, il faudrait y repenser. L'oubli serait un processus actif qui demanderait un plus grand effort mental que la création du souvenir lui-même.

La mémoire peut être quelque chose de très difficile à contrôler. Parfois, une information importante ou un souvenir restera hors d’atteinte, peu importe à quel point on tente de se le rappeler. Dans d’autres cas, certains événements qu’on préférerait oublier restent gravés dans notre esprit.

Si la recherche sur la mémoire a permis de comprendre les bases de sa formation, on en sait moins sur les mécanismes qui gèrent l’oubli. On le perçoit souvent comme une faiblesse, ou une conséquence tragique de maladies neurodégénératives, mais de plus en plus, l’oubli est considéré comme un élément essentiel du bon fonctionnement du cerveau.

Bien que l’on puisse croire que l’oubli est un processus plus simple que la formation de la mémoire, des chercheurs américains voulant mieux comprendre son fonctionnement ont découvert que ce processus est plus complexe qu’il n’y paraît (Nouvelle fenêtre) et qu'il demanderait même plus d’activité cérébrale que la formation de souvenirs.

Cette observation permettrait de mieux comprendre les mécanismes de l’oubli et, éventuellement, d’aider des personnes souffrant de stress post-traumatique.

La mémoire, cette faculté qui oublie

Pour plusieurs chercheurs, la faculté d’oublier est nécessaire, et permet à notre cerveau de conserver uniquement les informations essentielles et de les utiliser de façon plus flexible dans différents contextes. Plusieurs des mécanismes impliqués dans le renforcement ou la dégradation de la mémoire sont actifs lors des phases de sommeil.

Or, si certains souvenirs s’estompent de façon passive, c’est-à-dire que les neurones impliqués se dégraderont ou perdront certaines connexions les uns avec les autres, d’autres procédés plus actifs sont aussi présents dans le cerveau.

Certains peuvent même être utilisés de façon consciente. Par exemple, plusieurs études ont montré qu’il était possible d'interférer avec la création d’un souvenir en portant rapidement son attention sur quelque chose d’autre après l’événement.

La création d’un souvenir active et réorganise des neurones au niveau de l’hippocampe, une zone du cerveau qui gère beaucoup de nos nouvelles expériences. Il y aura ensuite une réorganisation progressive de neurones à plusieurs niveaux dans le cortex cérébral.

Toutefois, pendant les premières heures après son acquisition, un souvenir peut être très fragile. Si on concentre son attention sur une tâche exigeante, on peut interférer avec le processus et empêcher ainsi la mémoire à court terme de se transformer en un souvenir à long terme.

Se rappeler avec modération

Or, il n’y a pas que l’hippocampe ou le cortex préfrontal qui sont impliqués dans la formation de la mémoire. Ici, les chercheurs se sont intéressés au lobe temporal, une région importante pour l’interprétation d’images et la formation de la mémoire visuelle.

Pour voir si cette région a un rôle dans l’oubli, les chercheurs ont placé 24 volontaires dans une machine d’imagerie par résonance magnétique. Une fois à l’intérieur, les participants ont vu défiler une série d’images représentant des objets, des paysages ou des visages et, chaque fois, se faisaient donner l’instruction de se souvenir de l’image ou de l’oublier rapidement.

Étonnamment, les chercheurs ont remarqué que le lobe temporal avait une activité d’ensemble plus importante lorsque le participant recevait l’instruction de ne pas se souvenir de l’image. De plus, les meilleurs « oublis » survenaient lors d’une activation modérée des neurones du lobe temporal, alors que des activations plus fortes contribuaient plutôt à son renforcement. Pour les chercheurs, ces signaux moins intenses rendaient le processus de mémorisation sensible aux interférences, et ils pourraient contribuer à la fragilisation du souvenir, puis à son oubli.

Les chercheurs ont aussi remarqué que certaines images neutres, comme des paysages, sont plus faciles à oublier que des images associées aux émotions, comme des visages.

Les chercheurs eux-mêmes affirment que l’oubli d’images en laboratoire est très différent de l’oubli d’événements réels vécus par une personne. Les mécanismes en jeu pourraient toutefois être similaires, ouvrant la voie à une meilleure compréhension des régions du cerveau et des mécanismes impliqués dans l’oubli ainsi qu’à la possibilité d’estomper des souvenirs traumatisants.

Recherche médicale

Science