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Les plaies du Bloody Sunday refusent de se refermer au Royaume-Uni

Un soldat empoigne un manifestant par les cheveux et le pousse vers l'avant.
Un soldat britannique arrêtant un manifestant irlandais lors du Bloody Sunday. (archives) Photo: AFP / Thopson
Agence France-Presse

Quarante-sept ans après le Bloody Sunday, la justice nord-irlandaise a annoncé jeudi des poursuites pour meurtres contre un vétéran britannique. La décision est toutefois jugée insuffisante par les familles de victimes de ce sombre épisode des violences entre républicains et unionistes.

C'est la première fois que des poursuites sont engagées concernant ce drame survenu le 30 janvier 1972, pendant les « Troubles » qui ont déchiré la province britannique pendant trois décennies, entre républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l'Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique.

Treize militants catholiques avaient été tués à Derry par un régiment de parachutistes britanniques, ce jour-là, à l'occasion d'une manifestation pacifique organisée pour protester contre les internements de militants de la communauté catholique hors de tout contrôle judiciaire.

Une 14e personne était décédée cinq mois plus tard. Un traumatisme immortalisé par le succès du groupe de rock irlandais U2 Sunday Bloody Sunday, sorti en 1983.

Dix-sept anciens soldats britanniques attendaient la décision des services d'accusation nord-irlandais, qui ont conclu qu'il existait « suffisamment de preuves disponibles pour poursuivre un ancien combattant », présenté comme le « soldat F », pour le meurtre de deux hommes et les tentatives de meurtre de quatre autres.

Concernant les 16 autres soldats britanniques et deux anciens membres présumés de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), les preuves disponibles ont été jugées « insuffisantes » pour envisager des poursuites.

Avant l'annonce, des proches des victimes avaient défilé dans la matinée sous la pluie à Derry, tenant des portraits en noir et blanc des personnes décédées, avec leurs noms et le message « Justice ».

Des soldats conduisent des manifestants inculpés en détention.Des soldats britanniques conduisent des manifestants qu'ils viennent d'arrêter en détention lors du «Bloody Sunday» du 30 janvier 1972 en Irlande du Nord. Photo : Getty Images

Des parents de victimes déçus

Lors d'une conférence de presse, John Kelly, dont le frère de 17 ans figurait parmi les victimes, s'est dit « terriblement déçu » que les poursuites se limitent au « soldat F », évoquant de possibles recours.

« Nous avons parcouru un long chemin depuis que nos pères et nos frères ont été brutalement massacrés dans les rues de Derry lors du Bloody Sunday », a-t-il dit, le visage grave, au bord des larmes. « Au fil du temps, tous les parents des défunts sont morts, mais nous sommes ici pour prendre leur place. »

Il s'est également réjoui pour les proches des victimes présumées du « soldat F » : « Leur victoire est notre victoire ».

Une organisation de défense de vétérans, Justice for Northern Ireland Veterans, a en revanche dénoncé la décision judiciaire. « Aucun soldat ne devrait être inculpé. C'est arrivé il y a 47 ans, il faut savoir tirer un trait et aller de l'avant », a estimé son fondateur, Alan Barry.

Le « soldat F » bénéficiera du soutien du gouvernement britannique, qui prendra en charge ses frais de justice, a assuré le ministre de la Défense, Gavin Williamson. « Nous sommes redevables aux soldats qui ont servi avec courage et distinction pour ramener la paix en Irlande du Nord », a-t-il dit.

Des parents des 14 victimes du Bloody Sunday participent à une marche commémorative à Derry, le 30 janvier 2000.Des parents des 14 victimes du Bloody Sunday participent à une marche commémorative à Derry, le 30 janvier 2000. Photo : Reuters

Des tentatives de réconciliation

Une enquête publique avait révélé en 2010 que les troupes britanniques avaient tiré en premier et avaient fait un compte rendu trompeur des faits.

Le premier ministre britannique, David Cameron, avait alors présenté des excuses officielles pour ces faits, les qualifiant d'« injustifiés et injustifiables ».

Londres avait annoncé mercredi que les anciens soldats coupables de crimes commis lors des « Troubles » pourraient bénéficier d'une libération anticipée, dans le cadre de l'accord du Vendredi saint de 1998. Cet accord de paix a permis à quelque 500 paramilitaires républicains et loyalistes de sortir de prison après avoir purgé de courtes peines.

À l'heure actuelle, le régime de libération ne couvre que les infractions commises de 1973 à 1998, mais le gouvernement a proposé un projet de loi visant à l'élargir aux infractions commises à partir de 1968.

Si l'IRA a annoncé en 2005 avoir définitivement déposé les armes, des groupes républicains dissidents sont toujours suspectés d'agir et des tensions demeurent.

En janvier dernier, une voiture piégée avait explosé à Derry, la police soupçonnant le groupe dissident « Nouvelle IRA ».

Un groupe se présentant comme l'Armée républicaine irlandaise (IRA) a en outre revendiqué la responsabilité de colis suspects retrouvés à Londres et en Écosse la semaine dernière.

Procès et poursuites

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