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Les femmes itinérantes invisibles du Nouveau-Brunswick

Claudette Allain à l'extérieur, dans le noir.
Claudette Allain a trouvé un domicile fixe grâce à l'organisme Harvest House. Photo: Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes
Jean-Philippe Hughes

Le gouvernement fédéral s'apprête à verser près de 300 millions de dollars au Nouveau-Brunswick pour la lutte à l'itinérance et le logement abordable. La province ne compte aucun refuge réservé aux femmes et les loyers ne cessent d'augmenter.

Le refuge temporaire de Moncton pour la saison hivernale s’apprête à fermer, mais le nombre de sans-abri ne diminuera pas pour autant.

Le Nouveau-Brunswick recevra près de 300 millions de dollars en avril dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement du Canada, mais Fredericton n’a toujours pas dévoilé de plan en matière de logement abordable et d’itinérance.

Peu visibles, des femmes n’arrivent pas à joindre les deux bouts, mais on les voit moins que les hommes dans les rues de la province de telle sorte que leur réalité passe sous silence.

Elles vont commencer à faire du couchsurfing pour ne pas se retrouver dans la rue, mais elles sont quand même dans une situation de "sans-abrisme", relate la directrice générale du Carrefour pour femmes, Geneviève Louise Latour. Elle observe une corrélation entre les relations violentes et la difficulté des femmes à se loger à faible coût.

Quand on parle de la situation des personnes sans-abri à Moncton, la question du logement en est une qui est vraiment importante.

Geneviève Louise Latour

Sans-abri invisibles

Même si on les voit moins sur le trottoir, elles sont nombreuses à changer de toit tous les jours pour dormir en sécurité.

L’année 2015, j’ai eu un divorce et j’ai perdu ma maison, se souvient Claudette Allain. Après ça, j’ai été sur la rue pour huit mois, de maison en maison. Je suis restée avec ma mère, ma soeur, des amis.

Faute de refuge réservé aux femmes, elle a tout fait pour éviter de passer ses nuits dans les établissements aussi fréquentés par des hommes. Je savais que certaines places ne sont pas bonnes.

Je n’avais pas de ressources. Qu’est-ce que je peux faire demain pour manger? Qu’est-ce que je peux faire pour avoir de l’argent?

Claudette Allain
Photo de profil de Claudette Allain.Après son divorce, Claudette Allain a passé huit mois d'un sofa à l'autre, pour éviter de dormir dans les refuges mixtes pour sans-abri. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Sans adresse, elle ne parvenait pas à obtenir de l'aide du ministère du Développement social. Sa bouée de sauvetage est venue de l’organisme Harvest House, qui vient en aide aux personnes sans-abri. L’organisme lui a offert un lit gratuit dans une maison de chambres pour un mois.

Ça a tout changé, dit-elle. Grâce à l’adresse, elle est devenue admissible, au ministère du Développement social, à une subvention au logement qui couvre 70 % du loyer.

J’étais capable d’avancer et de me relever et de réaliser qu’il y a de l’espoir.

Claudette Allain

Sa santé devenue fragile après huit mois de nomadisme, Claudette Allain a maintenant recouvré une santé de fer.

L’attente interminable

Le secteur du logement locatif est très peu réglementé au Nouveau-Brunswick. Mardi, lors d’un forum public sur l’itinérance et le logement abordable organisé par CBC à Moncton, l’agent de développement en inclusion sociale à la Ville de Moncton, Vincent Merola, a appelé à la création d’un organe pour contrôler le prix des logements dans la province.

Le logement est un enjeu de santé publique, a-t-il déclaré aux centaines de personnes rassemblées au Dépôt alimentaire Peter McKay. Mais les questions de logement relèvent du gouvernement provincial. La précarité, elle, peut s’étirer pendant des années pour certaines femmes.

C’était difficile, signale Christine Roberts, une mère monoparentale avec un fils souffrant d’un trouble du spectre de l’autisme. Mon combat pour le logement a débuté il y a trois ans. Personne ne m’a accompagné pour obtenir de l’aide.

Christine Roberts assise dans une cage d'escalier.Christine Roberts a dû se battre pendant trois ans avant d'obtenir une aide du ministère du Développement social. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Les emplois en garderie et dans les cafétérias d’école ne suffisaient pas. La diplômée de l’Université Dalhousie ne parvenait pas à occuper un emploi mieux rémunéré à cause des contraintes familiales. Mes revenus sur mon T4 étaient juste au-dessus de 11 000 $.

Je recevais 887 $ de la part de l’assistance sociale, alors que mon loyer était de 825 $, dit-elle.Ça prenait plus de 95 % de mon salaire.

Christine Roberts

Des années de courriels ont finalement donné des résultats et le ministère du Développement social lui a accordé une subvention. Elle juge que la Municipalité et la province n’en font pas assez pour assurer un toit décent aux femmes.

Ils construisent des appartements deux chambres de luxe et ma famille n’y aura jamais accès, déplore-t-elle.

Logement abordable et sécurité

Au Carrefour pour femmes, les intervenantes accueillent les femmes dans le besoin temporairement, mais les séjours finissent par s’allonger. Les options abordables se font trop rares pour la clientèle, souvent victime de violence.

Ce serait quoi la solution pour enrayer la violence? Je ne pense pas que c’est une solution unique, mais le logement abordable, pour moi, c’est important, souligne Geneviève Louise Latour.

Photo de profil de Geneviève Louise Latour.La directrice du Carrefour pour femmes, Geneviève Louise Latour, demande un refuge pour femmes sans-abri depuis des années. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

La corrélation entre violence familiale et logement abordable ne fait plus de doute, selon Mme Latour. Incapables d’assurer leur autonomie financière, des femmes endurent trop longtemps une relation abusive.

Après un divorce, les revenus des femmes canadiennes diminuent en moyenne de 40 % et leur taux de pauvreté tend à tripler, selon des statistiques de Carrefour pour Femmes.

Quand on parle de logement abordable, il faut aussi penser aux familles avec plusieurs enfants, croit-elle.

Une attention particulière devra être portée aux femmes, espère Mme Latour, à quelques semaines de la mise en branle de la Stratégie nationale sur le logement du Canada, soit 40 milliards de dollars sur 10 ans.

Près de 300 millions de dollars seront disponibles pour la province, mais sur le terrain, les intervenants attendent impatiemment la réponse de Fredericton.

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