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L'un des derniers vétérans de la 2e Guerre mondiale, Roland Fortier, n'est plus

Un vétéran  sourit derrière un gâteau où est inscrit «merci».
Roland Fortier a été décoré Chevalier de la Légion d'honneur par le consul de France à Val-d'Or en 2016. Photo: gracieuseté Famille Fortier
Thomas Deshaies

L'un des derniers vétérans québécois de la Seconde Guerre mondiale, le Valdorien Roland Fortier, est décédé à l'âge de 95 ans le 20 février dernier. M. Fortier s'était enrôlé dans l'armée à l'âge de 19 ans pour combattre pendant des années en Europe. Selon sa famille, il chérissait le devoir de mémoire, pour éviter que les erreurs du passé ne se reproduisent.

Roland Fortier avait été décoré des insignes de Chevalier de la Légion d'honneur par le consul de France à Val-d'Or en 2016, pour avoir pris part au débarquement de Normandie. Deux autres Abitibiens avaient reçu une telle distinction dans les dernières années, soit Normand Caron et Gilles Leclrec. Ils sont décédés depuis.

Deux vétérans et Pierre Corbeil sont penchés sur un livre d'or, que l'un d'eux est en train de signer.Roland Fortier a signé le Livre d'or de la Ville de Val-d'Or en compagnie d'un autre vétéran, Normand Caron. Photo : gracieuseté Famille Fortier

Roland Fortier est débarqué en Europe en 1944, où il a combattu, en tant qu'éclaireur, jusqu'au siège de Berlin. À son retour au pays, il a travaillé pendant des années dans les mines, dont la mine Manitou.

Il s'est toujours considéré comme un miraculé pour avoir survécu à cette guerre, nous confie son petit-fils, Joseph El Khoury. Mon grand-père avait des jambes très très fines, se souvient-il. Il aimait bien rigoler de cela, que ses jambes de gazelles ont fait en sorte qu'il courait assez vite pour pouvoir s'en sortir indemne.

Une photo d'archives en noir et blanc montre des mineurs sous terre.Après avoir survécu à la guerre, Roland Fortier a travaillé dans les mines, dont la mine Manitou. Photo : gracieuseté Famille Fortier

Chérir la vie

Roland Fortier a constaté de ses propres yeux les horreurs des camps de concentration et vu de nombreux camarades tombés au combat.

Il n'a toutefois jamais perdu son sens de l'humour, comme en témoignent certains enregistrements vidéo pris par la famille où il raconte son histoire. Dans l'un de ces extraits, il critique, tout en humour, la cuisine d'Angleterre. Du mouton, maudit que j'en ai mangé, s'était-il exclamé lorsque questionné par sa famille. C'est rendu qu'on beuglait comme des moutons!

C'était comme s'il avait compris, à travers ces expériences de la guerre, que c'était important dans la vie de pouvoir créer des espaces de paix et de bien-être autour de soi.

Joseph El Khoury, petit-fils de Roland Fortier

Selon son petit-fils, M. Fortier comprenait plus que quiconque l'importance de préserver la paix. Il était vraiment tolérant, puis il dégageait une énergie apaisante de paix, témoigne-t-il.

Une photo d'archives en noir et blanc montre trois soldats bras dessus, bras dessous.Roland Fortier et ses camarades d'armes lors d'un entraînement en Angleterre. Photo : gracieuseté Famille Fortier

L'importance de se souvenir

Joseph El Khoury estime qu'il faut redoubler d'efforts, car l'essor des discours extrémistes, notamment en lien avec les réfugiés climatiques, fait craindre le pire. Pour certaines personnes, réagir à ces phénomènes, c'est se braquer et retourner à un genre de nationalisme un peu extrême de vouloir bâtir des murs pour se protéger contre l'autre, déplore-t-il.

Il estime que dans les circonstances, se souvenir des atrocités du passé est primordial pour prévenir des dérives potentielles. Il faut faire en sorte que leur héritage, aux vétérans, puisse contribuer à créer un monde de paix. Encore aujourd'hui, souligne-t-il.

Une photo d'archives en noir et blanc montre un jeune soldat.Roland Fortier s'est enrôlé dans l'armée dès l'âge de 19 ans. Photo : gracieuseté Famille Fortier

Il y a beaucoup de polarisation et il faut faire attention.

Joseph El Khoury, petit-fils de Roland Fortier

Pour le commandant adjoint du 34e Régiment de génie de combat à Rouyn-Noranda, Charles Demers-Martel, il est important que la communauté témoigne de sa reconnaissance envers les vétérans. Quand c'était le temps de répondre à l'appel pour servir leur pays, ils se sont levés. C'est grâce à eux qu'on jouit de la liberté que l'on connaît, les Canadiens et Canadiennes, souligne-t-il.

Roland Fortier sera enterré en juin dans sa communauté, à Val-d'Or.

Abitibi–Témiscamingue

Histoire