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Taille des classes : quel est le nombre d'élèves idéal?

Des élèves lèvent la main dans une classe.

À l'heure actuelle, le nombre d'élèves par classe est limité à 23 au primaire en Ontario; 90 % des classes comptent vingt élèves ou moins.

Photo : iStock

Michel Bolduc

Alors que le premier ministre Doug Ford ouvre la porte à l'augmentation du nombre d'élèves par classe en Ontario, les experts sont partagés quant aux effets qu'aurait une telle mesure sur l'apprentissage des enfants. Une chose est sûre : le gouvernement pourrait vraisemblablement faire des économies de dizaines de millions de dollars.

M. Ford n'a donné aucun détail sur ses intentions, mercredi, mais une annonce est prévue vendredi, à la suite des consultations menées par le ministère de l'Éducation. La province a recommandé un gel d'embauche aux conseils scolaires.

Déjà, la question suscite un tollé chez les enseignants et les conseils scolaires.

À l'heure actuelle, l'Ontario se situe dans le peloton de tête au pays, en matière d'élèves par classe de la 1re à la 6e année.

Vous avez l'un des meilleurs systèmes éducatifs au monde présentement [en Ontario]. De jouer sur vos ratios au niveau de la petite enfance risque de diminuer vos taux de réussite scolaire.

Égide Royer, professeur en éducation à l'Université Laval

La taille idéale

Si le gouvernement Ford ajoute seulement un élève par classe, l'impact sur l'apprentissage sera négligeable, selon le professeur Royer. Toutefois, si le seuil augmente de 4 ou 5 élèves, c'est une autre paire de manches, dit-il.

Il explique qu'un enseignant peut généralement consacrer plus de temps à chaque élève dans une petite classe.

La professeure en sciences économiques Marie Connolly de l'UQAM est d'accord, mais selon l'étude qu'elle a menée sur le développement cognitif des enfants de la maternelle au Québec, il faut vraiment que la classe soit très petite pour voir des effets significatifs.

Il semble que le chiffre magique se situe autour de 14-15 [élèves par classe].

Marie Connolly, directrice du Groupe de recherche sur le capital humain à l'UQAM

Au-delà de ce nombre, les résultats scolaires ne changent pas beaucoup entre un groupe de 15 ou 20, affirme la professeure Connolly. La raison, estime-t-elle : une classe de 15 élèves contient probablement déjà un élève qui dérange, qui est tout le temps en train de parler et qui demande plus d'attention de l'enseignant que 4-5 élèves studieux additionnels.

Cela dit, Mme Connelly soutient que si elle devait procéder à des compressions, elle épargnerait le plus possible les écoles en milieu défavorisé où les effets des petites classes sont le plus importants. Pour elle, il faut aussi éviter de sabrer les ressources d'appui aux élèves qui ont des difficultés d'apprentissage, que ce soit en psychoéducation ou en orthopédagogie.

Un homme aux cheveux et à la barbe grise regarde droit dans la caméra. Il porte un veston-cravate et des lunettes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Égide Royer, psychologue et professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval.

Photo : Radio-Canada

Même son de cloche de la part du professeur Royer. Selon lui, la réussite scolaire dépend en premier lieu de la qualité de l'enseignement du professeur, le deuxième facteur en importance étant les services offerts aux élèves en difficulté.

Pour lui, le nombre idéal d'élèves par classe est furtif. Il ajoute toutefois que si l'Ontario doit changer ses seuils pour des raisons de restrictions budgétaires, il vaudrait mieux augmenter le nombre d'élèves au secondaire, où les effets des petites classes sont moins significatifs, selon lui.

À l'heure actuelle, les classes dans une même école secondaire en Ontario ne doivent pas dépasser 22 à 24,5 élèves en moyenne.

De grosses économies

Le ministère ontarien de l'Éducation n'a pas voulu chiffrer les économies potentielles liées à l'embauche de moins d'enseignants, si le gouvernement augmente d'un, de deux ou de cinq élèves, par exemple, la taille des classes.

L'ancien premier ministre libéral Dalton McGuinty s'était fait élire en 2003 en promettant de réduire la taille des classes, une mesure populaire auprès des parents et des enseignants, notamment.

Depuis 2008-2009, toutes les classes du primaire doivent avoir 23 élèves ou moins, alors que c'était le cas de seulement 64 % des groupes en 2003-2004. Par ailleurs, seulement 31 % des classes à l'élémentaire comptaient 20 élèves ou moins en 2003-2004, alors que depuis 2008-2009, 90 % des groupes d'un même conseil scolaire doivent respecter ce seuil.

Une photo de l'économiste et ancien sous-ministre adjoint au ministère fédéral des Finances, Don DrummondAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'économiste et ancien sous-ministre adjoint au ministère fédéral des Finances, Don Drummond

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Selon le rapport de la Commission de réforme des services publics de l'Ontario (rapport Drummond) produit en 2012 pour l'ancien gouvernement McGuinty, cette réduction de la taille des classes au primaire avait coûté 430 millions de dollars à la province en 2009-2010.

Citant les résultats mixtes des petites classes au niveau international, le rapport recommandait d'ailleurs au gouvernement à l'époque de :

  • Fixer à 23 élèves l’effectif maximal des classes au primaire
  • Éliminer l’exigence que l’effectif de 90 % des classes soit de 20 élèves ou moins
  • Porter de 24,5 à 26 élèves l’effectif moyen des classes aux cycles moyen et intermédiaire et de 22 à 24 élèves l’effectif des classes au secondaire.

Selon le rapport Drummond, un tel changement de politiques aurait permis de supprimer 5900 postes d'enseignants, ce que le gouvernement McGuinty avait refusé de faire.

De son côté, le gouvernement Ford dit qu'il doit faire des choix difficiles pour éliminer le déficit provincial que les conservateurs évaluent à 13,5 milliards. Le budget 2019 sera déposé le 11 avril.

Toronto

Politique provinciale